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Les Anges aux Figures Sales

Publié le 25 juillet 2011 par Berthner

Les Anges aux Figures Sales

L’histoire de la musique a vu choir un nouvel ange. Dans une explosion d’alcool et de came, Amy Winehouse a rejoint ceux qui depuis l’histoire du Rock, de la Soul, du Blues, ont marqué l’histoire de la musique d’une stèle blanche.

De la seringue de Billie Holiday aux médicaments d’Elvis, des mélanges détonants de Janis à ceux d’Hendrix ; de Brian Jones à Jim Morrison qui claqua la porte des Doors du fond d’une baignoire ; du fusil de Kurt Cobain aux cinq balles qui firent entrer John Lennon à jamais dans la légende; de la lente agonie pleine de dignité de Freddie Mercury en passant par les volutes bleues des gitanes de Serge qui nous rappelait avec Deneuve « Que la fumée envoie au paradis », ils sont nombreux ces anges de la musique à qui les blessures de l’âme ont ouvert toutes grandes les portes de l’enfer.
Anges de la création, Archanges sur scène lorsqu’ils n’étaient pas défoncés, leurs traits reflétaient leurs démons qui ne les ont pas empêchés de nous transporter dans leur univers, de nous faire vibrer, avec leur voix, leur musique, la qualité des lyriques et l’émotion qui se retrouvaient au détour d’un solo, d’un arpège ou d’une rime.
La chanson n’est pas un art mineur, contrairement à ce que disait Serge en énonçant le contraire de ce qu’il a prouvé. Les paroles accompagnent la musique autant que la musique accompagne les paroles, et c’est sur cette double croche que se suspendent l’âme et le cœur.
Et même s’ils sont nombreux à avoir eu cette « kind of magic », à lier à tout jamais des moments de notre existence à un morceau de musique, on ne peut que s’interroger, se demander pourquoi ces anges aux figures sales occupent une place à part dans l’histoire. Car inconsciemment, et à quoi bon le nier, nous les plaçons un peu plus haut, les rendant un peu plus inaccessibles que les légendes vivantes du rock. Du statut de légende, ils sont passés à celui de mythe
Est-ce la force tragique du romantisme qui n’est pas mort avec le 19ème?
Je n’ai pas de réponses ! Humblement, je ne me borderai donc qu’à échafauder des hypothèses.
Visiblement, il existe des rock-stars maudites !
Les damnés des arts se retrouvent dans toutes les disciplines. De Modigliani à Baudelaire, de la palette de couleurs à celle de la plume.
Cela suffit-il à expliquer cette formidable force suicidaire qui les anime, cet instinct de mort où Thanatos s’oppose à Éros dans un combat où les jeux sont déjà faits.
En essayant de comprendre, je suis tombé sur cet extrait de «la Peau de chagrin» de Balzac, où le héros au bord du suicide discute avec le vieil antiquaire qui finira par lui céder la peau de chagrin:
«  Il existe je ne sais quoi de grand et d’épouvantable dans le suicide. Les chutes d’une multitude de gens sont sans danger, comme celles des enfants qui tombent de trop bas pour se blesser ; mais quand un grand homme se brise, il doit venir de bien haut, s’être élevé jusqu’aux cieux, avoir entrevu quelque paradis inaccessible. Implacables doivent être les ouragans qui le forcent de demander la paix de l’âme à la bouche d’un pistolet….. »
Mais après tout la seule explication ne peut être donnée que par l’un de ces artistes maudits, et une fois de plus je suis obligé d’appeler à mon secours le vieux Baudelaire et la dernière strophe de l’Albatros :
« Le Poète est semblable au prince des nuéesQui hante la tempête et se rit de l'archer ;Exilé sur le sol au milieu des huées,Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »


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