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16 août 1860 | Naissance de Jules Laforgue

Publié le 16 août 2011 par Angèle Paoli
Éphéméride culturelle à rebours

   Le 16 août 1860 naît à Montevideo, en Uruguay, Jules Laforgue.

  Arrivé en France en 1866, Laforgue fait ses études à Tarbes, ville d’origine de Charles Laforgue, père de Jules. Puis à Paris, au lycée Condorcet. Sa fréquentation, au quartier Latin, des soirées des Hydropathes, lui permet de se lier avec un groupe de poètes, des chansonniers et des musiciens. Parmi eux, Paul Bourget, qui l’encourage à poursuivre ses compositions poétiques. Jules Laforgue commence à publier dans La Vie moderne. En 1881, Paul Bourget obtient pour son protégé désargenté le poste de lecteur auprès de l’impératrice d’Allemagne Augusta qu’il accompagne dans ses déplacements. Le jeune poète occupe ce poste de 1881 à 1885.
  Athée et fortement influencé dans sa culture philosophique par Schopenhauer, Jules Laforgue nourrit pour l’amour physique un sentiment d’horreur encore accentué par la fragilité de sa santé. À sa mort prématurée à l’âge de vingt-sept ans, le 20 août 1887, Laforgue laisse une œuvre originale qui se démarque des courants de son temps.
  En 1885 paraissent les Complaintes, dédiées à Paul Bourget. Viennent ensuite, en 1886, Le Sanglot de la terre et L’Imitation de Notre-Dame la Lune. En 1887 sont publiés à titre posthume les contes philosophiques des Moralités légendaires.
   Le poème « Crépuscule de dimanche d’été » a été publié pour la première fois en 1903, dans le tome II des Œuvres complètes de Laforgue, au Mercure de France.



CRÉPUSCULE DE DIMANCHE D’ÉTÉ

Une belle journée. Un calme crépuscule
.................................................................
Rentrent, sans se douter que tout est ridicule,
Et frottant du mouchoir leurs beaux souliers poudreux.

Ô banale rancœur de notre farce humaine !
Aujourd’hui, jour de fête et gaieté des faubourgs,
Demain le dur travail, pour toute la semaine.
Puis fête, puis travail, fête... travail... toujours.

Par l’azur tendre et fin tournoient les hirondelles
Dont je traduis pour moi les mille petits cris.
Et peu à peu je songe aux choses éternelles,
Au-dessus des rumeurs qui montent de Paris.

Oh ! tout là-bas, là-bas... par la nuit du mystère,
Où donc es-tu, depuis tant d’astres, à présent...
Ô fleuve chaotique, ô Nébuleuse-mère,
Dont sortit le Soleil, notre père puissant ?

Où sont tous les soleils qui sur ta longue route
Bondirent, radieux, de tes flancs jamais las ?
Ah ! ces frères du nôtre, ils sont heureux sans doute
Et nous ont oubliés, ou ne nous savent pas.

Comme nous sommes seuls, pourtant, sur notre terre,
Avec notre infini, nos misères, nos dieux,
Abandonnés de tout, sans amour et sans père,
Seuls dans l’affolement universel des Cieux !

Jules Laforgue, Premiers Poèmes in Les Complaintes et les premiers poèmes, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 1979, pp. 306-307. Édition établie par Pascal Pia.


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