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Werner herzog / la grotte des rêves perdus

Publié le 31 août 2011 par Membrane

Aujourd’hui sort La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog, documentaire en 3D qui permettra de se faire une idée du sanctuaire éblouissant que représente la Grotte Chauvet, fermée aux visiteurs depuis sa découverte. “Une pacifique et symbolique vengeance sur l’interdit catégorique qui nous est fait de contempler en tout égoïsme notre héritage magnifique”. Le 2 août 2005, suite à la parution de mes Premiers dons de la pierre, j’avais l’immense privilège, en compagnie de deux agents de l’état, de m’enfoncer sous terre pour quelques heures et d’accéder au mystère Chauvet, cheminant par une étroite passerelle entre fresques et ossements d’ours.

Durant ces quelques jours passés en Ardèche, je rédigeais ce texte, puis faisais paraître en plaquette Sol pour l’enfoncement, un poème dont on pourra voir ma vidéo-lecture ici. Et puis cette petite vidéo prise depuis la passerelle de bois qui mène à la porte blindée qui protège la grotte. Impossible de filmer au-delà. On trouvera également sur mon site ces quelques traces, réparties sur le plan qu’on m’avait remis le jour de la visite. Et cette photo où l’on me voit avec ma frontale (le deuxième en partant de la droite), juste avant d’entrer dans la grotte.

Avec Herzog, je ne crains nullement d’être déçu. C’est autre chose qui m’embarrasse et m’interdit pour l’heure de courir dans une salle obscure. En effet, cette visite de la Grotte Chauvet compte parmi les événements les plus marquants de mon existence. Depuis 2005, son souvenir a travaillé en moi. Il y a eu Grande Ourse, des rêves, des écrits, et d’autres formes de repossessions dont il m’était nécessaire de rendre compte, pour autrui, et d’abord pour moi-même. Depuis, j’évite de trop regarder les reproductions photographiques de la grotte, de crainte de parasiter les images et sensations personnelles que j’en ai gardées et qui se sont sédimentées en moi. Elles sont constitutives d’une expérience inaliénable et infiniment précieuse.

“Pour donner l’illusion du mouvement, tu as tiré neuf pattes à cette masse mentale, neuf pattes qui battent la pierre sur l’estompe noire.

Elle boite dans l’immensité porteuse.

Que sait sa bouche
que dit son œil de l’amitié
de l’os pour le sol.”

Romain Verger / Extrait de Premiers dons de la pierre, L’improviste, 2003.

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