Magazine Journal intime

# 73 — quiquilibré tétête modem

Publié le 07 octobre 2011 par Didier T.
# 73 — QUIQUILIBRÉ TÉTÊTE MODEM
Y'a kékun?Mais qu'est-ce qu'il se passe, ici?Plus personne dit rien...Z'êtes tous dède?Hé ho, du bateau...C'est étrange.C'est pourtant pas les sujets d'indignation ou de moquerie qui manquent.Ça reviendra?Bon ben je vous mets une petite histoire (une tous les trois mois, on peut pas dire que je monopolise le temps de cerveau disponible, après tout, je n'ai pas à me sentir embêté).******************************************************************************

Ce n’est pas si vieux et j’ai pourtant l’habitude de regarder le ciel quand je prends mon premier café de la matinée à l’écart des pénibles et des soucis, mais... beau me creuser le rassoudok, je ne me souviens plus de quel temps il faisait à ce moment-là —faudrait que je demande à Laurent Romejko de chercher dans ses archives de brave homme, à qui je présente mes excuses en préventif (rien de personnel contre toi, Lolo... c’est juste le job, moi non plus je n’aime pas ça, tu sais bien, le prends pas mal, ça compliquerait les choses pour rien, alors reste calme, Lolo, sois digne, ça va être bref... et si ça peut te soulager, dis-toi que mon tour viendra). Pas de souvenir météo donc mais par contre je me rappelle que ce jour-là, je ne sais ni pourquoi ni comment (un urgent besoin de pisser, je suppose, en remerciant le signal organique qui jusqu’ici me permet de ne pas remplir mes draps), je m’étais levé de trop bon matin, genre huit heures et demi —pas aussi tôt que la Patronne, certes, mais pas loin, pour une fois. Pourtant depuis toutes ces années je le sais: rarement bon de changer ses habitudes intimes de couple moderne, pour l’honnête homme qui aspire à poursuivre une vie comme qui dirait ‘saine’, sans trop de heurts domestiques superflus... chacun(e) connaît la musique, hein?

Sortant comateux de la chambre nuptiale, cheveux en vrac, œil plié, bouche ouverte, vessie en alarme, poirel en berne & grelots pendouillants de moiteur ensommeillée, à la ‘gros dégueulasse’ mais sans le kangourou maculé, quand même, je n’en suis pas encore rendu là, je l’avais trouvée assise à sa table dans son Birou à elle, contigu à notre piaule. Elle était occupée à travailler sur son ordinateur, avec la radio allumée sur ‘pitite pohoste Frahace Atère ting taing tong, ci n’ahaporte quoi’, comme elle procède toujours —un vrai mystère pour moi, comment elle arrive à avancer dans son activité avec ces gens qui bavardent dans son dos, ces analystes stratosphériques et autres spécialistes des décryptages ni faits ni à faire chez le gros rouge qui tache en arrosant direct l’autre côté du fantôme du Mur de Berlin, et les comiques pas drôles (à part les excellents Mauduit & Colin, c’est des bons ces deux-là)... mais comment fait-elle pour parvenir à travailler dans un tel souk sonore de soupe sonique plus ou moins épaisse?... enfin bon, pas mon problème tant qu’elle ne me plombe pas mon Bernard Guetta les rares fois où je suis debout à c’t’heure-là.

M’arraisonnant dès la sortie du pageot alors que ma pudeur laissait tant à désirer dans le flappi sans la moindre chance de susciter le plus petit désir féminin de la part de madame, et même chez une affamée de longue date, soyons lucide, un vrai curé de Camaret, moi qui pourtant à ce qu’elle dit gourdine dans mon sommeil comme un marsouin posant pied à l’Île Longue après six mois passés à se les tripoter en solitaire dans un sous-marin nucléaire, snobant mes mols attributs à l’arrêt elle m’avait alors raconté je ne sais plus quoi —chaque matin, elle oublie qu’au réveil je n’entends rien sinon un bruit de diesel en interne... inutile de tenter de me faire réfléchir à quoi que ce soit de plus ou moins géopolitique avant que mes deux premiers mégacafés aient atterri dans la soute alimentaire, mais non, faut toujours qu’elle me bavarde dans les pavillons quand je m’éjecte du dodo, tous les jours où elle est là, faut qu’elle cause à ma tronche de zombie, qu’elle rajoute du larsen à mon larsen... et ça va durer comme ça jusqu’à ma fin statistiquement programmée avant la sienne, je suis baisé à vie... à certains moments on préfèrerait être sourd, hein. Ah oui, rien à y faire, beau lui dire... “j’entends rien au réveil”, elle persévère à papoter matinal systématique à mes esgourdes anesthésiées, à tel point que c’en est à se demander si des fois y’aurait pas malice de femelle là-dessous. Ah là là. C’est mon dôôôôôôôôstin, quôa —comme disent les crameurs d’abribus, dans leur quête du rôôôôssspect, quôa, bôtard. Mon dôôôôstin, voui. Pareil que les fois où je suis occupé à une action qui exige de la concentration horlogière, quand j’entends crier:

— “Tu peux v’nir? J’ai un truc à te d’mander...”

Gnnnnn, “j’arrive...”. Gnnnn. Et je grimpe un étage en laissant en plan ma dentelle qui se détricote, essayant de paraître détaché, “non non, j’faisais rien d’spécial... tu me connais assez”. Et elle me pose une question du style: “flottaison, ça prend un ou deux ‘t’?”. Gnnnnn, ma pauvre dentelle désormais en lambeaux... “flottaison, si t’as la flemme d’ouvrir le dico, tu tapes sur Gougueule et tu te fies à l’avis de la majorité, comme les burnes de démocrates qu’on est”. Ô ma regrettée dentelle désormais toute pourrite, perdu les fils, misère, jamais je les rechoperai... une demi-heure foutue en l’air et un mimi paragraphe en moins. Mais je l’aime, ma femme, que voulez-vous... elle me vaut plus cher qu’un paragraphe.

— “Flottaison c’est pas compliqué, comme la flotte, donc deux ‘t’...”

— “T’es sûr?”

— “Oui.”

— “Certain?”

— “Oui...”

— “Bon ben, j’vais quand même vérifier dans le dictionnaire. On sait jamais.”

Gnnnnnn, feu ma dentelle, perdue pour des nèfles... mais restons courtois.

— “Toi y’en a vouloi’ aut’chose pou’ ton sèheuvice, Patouhonne?”, en roulant des yeux et dressant les babines.

— “Nan nan, merci. Mais m’appelle pas Patouhonne, c’est ridicule. Et injurieux pour plein de gens.”

— “D’acco’, Patouhonne.”

— “Pfff... j’ai du boulot, moi.”

— “D’acco’... moi y’en a houheutou’ner houpiller dans ma case, Patouhonne.”

— “Pauv’naze, t’es même pas drôle...”

— “Mmmhhh. Ben alors pourquoi tu ris? Patouhonne. Aïe!!! pas taper le nègue... Aïe, Patouhonne l’a tapé son nègue, oh là là ma douleuheuhou. Ça y’en a êt’ colonihalisssss.”

Ah, ma pauvre dentelle ruinée.

Donc ce jour-là elle me parlait pendant que de trop bon matin j’enfilais mes fringues de la veille que j’allais garder jusque la douche, habits posés en tas sur le garde-fou de l’escalier (ce qui fait que des fois je retrouve mon calfouète sur le carrelage deux étages plus bas avec la fenêtre qui donne sur la rue où marchent les enfants pour aller à l’école, c’est gênant, déjà que ma répute dans le bled est moyenne, à ce que j’ai cru ouï-dire, “qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a... qui c’est celui-là?” alors que pourtant “je ne demande rien à personne, en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome” —va comprendre quand les braves gens n’aiment pas queue).

Retrouvant au fil de mes enfilages textile une allure de genteulmane presque présentable pour une recherche active à Pôle-pote, à ses remarques de mon aube j’ai dû répondre de vagues “oui, oui”, ou “non, non”, ou “p’t’être bien”, ou “on verra”, je ne sais plus. Et me libérant de la pieuvre verbale je suis descendu de deux étages, à la cuisine, m’occuper des affaires sérieuses du matin, à base de torréfaction ‘marque repère’ (héééé... “crise mondiale”), en disant à Tatouze qui couinait en tournant autour de moi:

— “Oui oui, petite pissouze, je vais te donner du RonRon frais mais ça va être du ‘marque repère’, pour toi aussi c’est la crise mondiale à domicile, même si ça te passe au-dessus des moustaches, ma bienheureuse innocente de tout ça. Mais laisse-moi d’abord prendre mon premier kawa, s’teupe. Sois indulgente avec ma loque, ô Tatou qui s’en bat les coussinets. Mal à ma tête, hier soir j’ai encore bien trop tété. L’ouzo c’est infernal, ça se descend comme du Sirop Sport, mais... au réveil mes deux hémisphères sonnent limite-spongiforme bovin, meuh... “qu’est-ce qu’il vous arrive encore, la Noiraude?”. Pédés de grecs, va, allez vous faire enculer chez les turcs, ou l’inverse, puisque tout ce qui peut exister sur Terre existe... et à chacun ses goûts, dans le respect des instinuations avec la présomption de nocence, à ce qu’il paraît. Oh oui Tatouze, dès aujourd’hui j’arrête l’ouzo et je retourne à la tequila, au moins avec le tord-boyaux mariachi on a conscience de ce qu’on s’avale, ¡ayaya!... oui, la tequila c’est plus raisonnable d’un point de vue médical, señor. Dix minutes et tu te bâffres ton RonRon ‘éco +’, Tatouze. Pitié, regarde-moi pas comme ça, j’suis pas un bourreau de chat, j’suis un honnête homme républicain encarté comme un veau, juste j’ai besoin d’un café avant toute chose, je sens plus mes neurones et ça me vibrionne dans tous les membres sauf le principal... et avec tout ça j’ai encore loupé Bernard Guetta, tant pis pour l’avenir de la Transnistrie, ou je ne sais où. Meuh, ma pauv’tête...”

C’était l’époque encore très proche où malgré les bonnes résolutions, chaque fin de soirée je replongeais comme un nigaud dans l’arsouillerie en solo une fois madame endormie, sauf que... je tenais de moins en moins la marée... sur la fin, au bout de cinq godets de tèque, évaporé le bonhomme, du genre à avouer l’assassinat du p’tit Grégory au bout d’une heure de garde à vue chez Longtarin. Mon organisme disait ‘stop’ à l’outrance du levage de coude, les “transaminases” l’ont confirmé scientifiquement, quelques semaines plus tard, à la ‘prise de sang’, quand je me suis bien marré à dire au brave homme qui venait de m’enfoncer son aiguille après m’avoir posé un garrot: “hé, ça me rappelle ma jeunesse en fuite... je plaisante”. Le gong biologique se rapprochait, hé oui, j’en étais là. Quelques verres cul-sec et des fourmis partout dans le corps, des épingles dans la tête, la tremblante du mouton, la poitrine qui se serre, les joints du carrelage qui se croisent bizarrement sur le sol, les charentaises comme poisseuses au contact des dalles toutes propres, l’agrippage à la rampe d’escalier pour aller se vautrer au paddock en me disant “y’a vingt ans, à c’theure j’entamais à peine l’apéro, va falloir que j’fasse kek’chose...”. Alors j’ai réagi. Depuis c’est fini, la liche exponentielle n’importe comment, j’ai à peu près retrouvé les idées claires, presque une carcasse solide comme dans ma trentaine... terminé la bière dès quasi le réveil, et il vaudrait mieux pour ma ligne de vie que ce soit pour toujours. Des semaines que je suis désormais calé sur un rail bibinique ‘développement durable’ qui sauve mon foie, ou du moins retarde un peu sa décrépitude, et je vais devoir m’y tiendre, ouais, une bonne fois pour toutes, si je ne veux pas me retrouver à l’hosto, pensionnaire au pavillon des viandes qui ont trop macéré dans le calva, à me faire traiter comme un gamin de huit ans par des buveurs d’eau qui finiront centenaires dans un état lamentable de sénilité absurde. Lever le pied sur le levage de coude, pas le choix, vu les résultats hépatiques de ma prise de sang, sauf à me faire à l’idée de partir un peu prématurément jouer aux échecs avec Amy Winehouse. Pas que la perspective de lâcher la rampe m’embête plus que ça en soi, tout ce qui naît doit mourir et ma mort j’ai bon espoir de ne pas la rater, l’abandon organique est un moment important de la vie, aussi important que la naissance mais plus intéressant parce qu’on est conscient, sauf déconvenue le ‘tombé de rideau’ m’appartiendra et ne sera pas édulcoré par des anesthésiants, je veux vivre ça à fond, bien conscient qu’il est ridicule de s’économiser quand on commence à partir en sucette, autant tout flamber en une fois, c’est moins sordide et bien plus réjouissant... quand la fin s’approchera, dans deux mois ou dans quarante ans, il faut que je m’organise pour alors être encore en état de recevoir ma mort telle l’Abeille-Bourbon des vagues de six mètres en mer d’iroise, me vivre un final de Saturn V au décollage, un ‘star spangled banner’ de Jimi Hendrix à foncer dans la gueule des loups comme un kamikaze de 14 ans sous amphètes en plein cœur de Fukushima, saignée en ligne droite, sabre au clair et adios amigos, un morceau d’été en fin d’hiver, ‘presto’, avec un zeste de chevauchée des Walkyries, quand on n’a plus à tenir compte de rien sauf des crépitages du crépuscule, adieu le centrisme et retour à l’omnipotence de l’enfance en y injectant l’intégralité de son expérience de vie, une ultime flambée hors-barème, dernière équipée avant clôture des comptes en cramant d’un coup tout ce qu’il reste de la machinerie, feu d’artifice auto-combustible, chargez!... bon sang, qu’est-ce que ce sera chouette le bouquet final, pas question de rater ça en préférant finir comme une pauvre chose dépossédée qui se traîne quelques mois de trop dans des conditions de plus en plus abominables, je veux un final en forme de coup de fouet sur les fesses de la première dame de France, qui qu’elle soit... sauf que je ne suis pas pressé de quitter ma femme et il me reste encore deux-trois entreprises à mener à terme, en ce bas-monde, donc consommation bourgeoise: une Leffe vers 11h, un ballon de rouge en mangeant, une Leffe vers 18h, un ballon de rouge en dînant, et un petit 4cl de puissant avant coucouche panier, et termino la conso quotidieno... point finaud, le reste du temps je tourne à la bière sans alcool (c’est pas terrible au goût mais... z’ont accompli des progrès ces dernières années à la maison Kronenbourg, dans le “pur malt sans alcool”... concerto pour arsouille déclinante et foie esquinté, t’as récolté ce que tu méritais, dugenou, viens pas pleurnicher sur l’épaule des addictologues et autres catéchistes du zéro degré à se pendre d’ennui jusqu’à ce que décès en bonne santé s’en suive, “du lit à la fenêtre... et du lit à l’armoire... et puis du lit au lit”). Voui môssieur, voui môdame... après moult tentatives infructeuses, terminé pour moi l’ivrognerie sans avoir eu besoin d’arrêter toute picole comme un pauvre malheureux obligé de siffler des litres de ‘coca light’ en regardant son bide sortir de plus en plus du froc, quelle désolation. Mais chuis un vrai centriste, ouame. Fier je suis du juste milieu viticole enfin retrouvé, je. Aristote über alles. Et désormais j’aurai droit à deux grosses bitures par an, pas une de plus, sinon ça va trop vite mal se terminer. Reste à appliquer la même logique au tabac et sauf accident, je suis reparti pour trente ans de voilier avec mon petit gilet de sauvetage dans la baie de Douarnenez. Oui, ça y’en a êt’ bon centouhisme, Patouhonne.

Une autre fois je vous raconterai comment, sur le registre addictif, je m’y suis pris pour réussir à quitter l’enivrant ‘tout’ sans plonger dans le désolant ‘rien’, ça pourra peut-être servir d’exemple à quelques poivrots circonspects qui passeraient par là... l’histoire est sur mon établi, en cours de polissage, ça s’appelle ‘microdéchéance’. Mettons, pour votre petit noël, si tout va bien pour mon espérance de vie et mon espérance tout court, sans compter les vôtres, d’espérances —car on est tous rendus à espérer on ne sait plus trop quoi dans ce joli monde inique, pas vrai? Quelle bouzerie...

# 73 — QUIQUILIBRÉ TÉTÊTE MODEM

Ordoncques, ce matin-là au ciel incertain dans ma mémoire qui planche, tandis que je suçais mon deuxième noir à cul, bwana, à un moment j’entendis un être humain qui se marrait en descendant les escaliers. Ah... Comme on n’est que deux adultes à la maison et que, dieu soit loué, Jean-Sébastien Bach ne peut tout de même pas passer l’intégralité de sa mort à me coller le derche à mon domicile en gueulant “au boulot, feignasse!”, j’ai vite compris qui c’était, l’hilare des gradins... elle a beau prétendre que je deviens sourd à cause de Deep Purple au casque je reconnais encore son rire, c’est normal, quand même, au bout de treize ans de vie commune assez peu commune, quand on y pense —mais c’est ma vie privée, qui ne vous regarde pas plus que ce que j’accepte d’en raconter pour des raisons qui m’excèdent et vous concernent, alors souffrez que je conserve quelques zones d’ombre dans mon contre-jour de tous les jours, le cyclimpudique a ses limites. Rigolade dans les escaliers, ça ne pouvait être que la Patronne —Bach, c’est pas le genre à se fendre la pipe en descendant les marches, pour sûr. Je le connais bien, maintenant, le “bourreau de Leipzig”. Il est très sévère et pas du tout commode, le Jean-Séb’ à perruque, rien d’un mariole, ah ça, limite-méchant, un vrai protestant du XVIIIè siècle, il fout la trouille, j’en sais quelque chose, mon oreille s’en souvient encore. T’façons Bach même sans l’avoir pratiqué ‘en vrai’ il suffit de regarder sa tronche sur les portraits de l’époque, on a compris, face à lui on n’a pas envie d’aller lui tirer sur les poils des mollets, ni de lui entrechoquer les amandes en variationnant du Goldberg à la Glenn Gould, ou de faire mumuse avec sa moumoute en lui collant un doigt dans le fion, ça, je vous l’assure, il est affreux dans son genre, Bach, et il m’insulte, “lamentable petit fumier décomposé”, “sale petite vermine ironique”, “épouvantable petit épouvantail”, et en plus il est armé. N’oublions pas que dans sa jeunesse ce mec a fait de la taule pour avoir cassé la gueule d’un musicien qu’il jugeait faiblard, et à 14 ans il a marché 4oo kilomètres à pieds pour aller rencontrer un compositeur. Ça situe le bonhomme. Ça fait peur. Quand il te tient dans son viseur, tu te tasses petit et tu réponds “oui, m’sieur”. Et tu fais ce qu’il te demande, sans finasser. Mais c’est fini, il ne reviendra plus me tourmenter pour mon bien, ouf. Enfin, j’espère. Hein?... comment ça, si j’ai “songé à consulter”? Rôôôôô...

À propos de Bach, j’ai trouvé un truc intéressant sur Youtoube, si vous avez huit minutes. Stephen Malinowsli il s’appelle, le gars à l’origine de ça. Ce serait sûrement parlant de pouvoir afficher l’intégrale de la représentation graphique sur un mur, comme une frise, pour voir quel motif ça rend. J’ai ma petite idée... une trajectoire. Allez voir... vous verrez.

http://www.youtube.com/watch?v=ipzR9bhei_o

Stephen Malinowki vaut vraiment le coup d’œil, même si pour le coup d’oreille je vous conseille l’interprétation de Jean Guillou, pour le relief, là:

http://www.deezer.com/fr/search/toccata%20et%20fugue%20en%20ré%20mineur%20jean%20guillou

Rendue au rez-de-chaussée, ma dulcinée rigolarde s’est plantée devant moi et s’est calmée... mains sur les hanches, bien cambrée, avec son regard malicieux-impitoyable et son petit sourire enfantin des jours où je vais m’en ramasser plein la tirelire pour pas un rond. Je suppose que j’ai levé un sourcil à la Droopy en avalant une gorgée... et elle a dit:

— “Je viens d’entendre ton Bayrou à la radio. Tu sais ce qu’il racontait?”

— “Ben... il devait dire que la solution est à trouver au niveau européen.”

— “Nan. Cherche mieux.”

— “Heu... il devait dire que l’extrême gauche vaut pas mieux que l’extrême droite.”

— “Nan. Rejoue encore.”

— “Ah. Hé bé... il disait que Sarkozy est un sale gosse qui s’est fait remettre les clefs du magasin de jouets.”

— “Zéro pointé, Petit Gibus.”

— “Ben, heu... il devait dire qu’au XXIè siècle, le-dit clivage droite/gauche est aussi pertinent que de savoir si Jésus s’est ou non tapé Marie-Madeleine en plein milieu de la synagogue.”

— “Nan nan, tu es tout froid.”

— “Comme Jean Ferrat?”

— “Pffff, c’est nul... tu te ruquiérise à vue d’œil, mon pauvre garçon. Quelle déchéance...”

— “Merci. Bon ben, pfff... je donne ma langue à Tatouze, et au GhostPisseur, à titre posthume. Alors il disait quoi, mon François MacLeod?”

— “Hin hin hin... il parlait de toi. Il a dit: ‘les déséquilibrés n’ont pas leur place au MoDem’, hin hin hin...”

— “Je suis d’accord. Mais je vois pas en quoi ça me concerne. Adhérent MoDem, quiquilibré tétête... sûssûr et certaintain, oh! oh!”, en me polyfrappant le front du plat de la main, langue plaquée sur la babine inférieure.

— “Arf! Pas de déséquilibrés au MoDem! Elle est bonne, hein? Si il savait, le pauvre vieux, que l’été dernier t’es passé à deux doigts du pyjama et des molécules!... “monsieur mapple, voulez-vous prendre vos médicaments?”. Sans compter que personne sur Terre sait ce que tu penses exactement, même pas toi j’suis sûre... hi hi, ‘pas de déséquilibrés au MoDem’, on aura tout entendu. Si il savait, le Bayrou, à quoi ça ressemble un centriste dans cette maison... avec tes korrigans en embuscade, et un type enterré depuis 25o ans qui vient te tirer l’oreille, consensusssss et fugue, et le fantôme de ton grand’père dans le jardin, l’année dernière les heures que tu passais immobile avec quinze ans de plus sur la tronche, l’Été Indien que tu écoutais dix fois de suite en enquillant le pastis et clope sur clope en chialant comme un môme, sans compter toutes les horreurs que tu racontes toute la journée, sur ce pauvre Romejko et tout ça, tes pitoyables imitations de Michel Leeb, “oh oui Patouhonne, moi y’en a pauv’nègue, pouhèzentement... pas taper le nègue”. L’alcool n’explique pas tout, arsouille. Pas de déséquilibrés au MoDem, pffff...”, en pouffant comme une gamine de dix ans qui viendrait de choper le ver de terre dans le slip de son petit cousin.

Bon... question ‘quiquilibre tétête’, je dois admettre que l’année dernière, des fois, vu de l’extérieur les apparences purent paraître un tantinet contre moi quand on ne me connaît pas, c’est vrai, il faut savoir se mettre à la place d’autrui. Romejko par contre, c’est de la déconne, de la pure provoc’ gratuite... elle sait bien —oui parce qu’à chaque fois que je vois cet homme présenter la météo, je m’approche du poste, je le regarde en face et je lui dis des paroles genre: “Romejko, Romejkooooo... et il y en a encore qui osent parler de génocide...” ou je lui demande: “dis, Romejko, il fait beau dans les camping vert-de-gris, en Pologne?”. C’est de très mauvais goût, d’accord, mais... si on ne peut plus rigoler du pire dans sa propre baraque, ce n’est plus une vie libérale-libertaire.

— “À force de raconter des conneries sur un ton sérieux, un jour tu vas avoir des problèmes. On va croire que tu es antisémite.”

— “Portenahouaque, j’ai jamais rien eu contre ces mites. Attends, faut être responsable, des fois. Dès que je l’ouvre sérieusement pour causer de l’avenir du proche-orient les rares fois où je m’aventure dans ce merdier sans fin, je me fais traiter de suppôt du sionisme par tous les braves gens qui voient le monde en noir et blanc, alors pour équilibrer j’ai bien le droit de me foutre de la tronche à Romejko. Et puis faut savoir: antisémite ou sioniste, il faut choisir. Ou alors je serais le seul sioniste antisémite sur Terre... ça tient pas debout. Et puis si ça se trouve il n’est même pas juif, Romejko, faudrait vérifier de manière médicale, ou demander à maman Romejko. Bah, je ne suis pas plus juif qu’antisémite. T’es bien placée pour savoir que j’ai toujours mon prépuce, ça va m’aider quand les islamistes auront pris le pouvoir et qu’il faudra crier ‘mort aux juifs’ pour ne pas se faire égorger par nos libérateurs de l’impérialisme américain et autres dégénérescences occidentales de l’Europe hitléro-trotskiste de Bruxelles, mon chou.”

— “Arrête... les gens savent jamais si tu déconnes ou pas. Même moi, j’ai des doutes, parfois, quand tu fais le facho, c’est ignoble.”

— “Ça te gêne moins quand je fais le gaucho, pourtant pas moins ignoble dans un autre registre cousin. Hé ben ça prouve que j’utilise un ton crédible quand je raconte n’importe quoi. Tout le monde ne peut pas en dire autant, loin de là, y compris les concernés. Pas vrai?”

— “Mais tu vas trop loin. Un jour, tu te feras casser la gueule par des bas-du-front.”

— “National ou de Gauche?”

— “Arrête, je suis sérieuse.”

— “Moi aussi, hélàs...”

— “Des fois j’ai peur pour toi. T’as beau rester planqué c’est déjà passé pas loin plusieurs fois, tu sais bien. Tiens, le coup où en pleine rue tu avais traité un noir de ‘gesticulant des races inférieures’...”

— “Ouais, grand moment de poésie urbaine. Sur le coup il avait le regard un peu courroucé, Mamadou, c’est juste. Mais ensuite on est allés boire un coup au PMU, le gesticulant et moi, c’était pas un bas-du-front de gauche nationale, et on a bien rigolé au comptoir, quand je parlais en petit nègre et lui comme un mec de la Sorbonne, la tronche des habitués, tétanisés... trop marrant, le blondinet qui cause comme un banlieusard de Bamako, “oh oui mon fouééééé, ma douleuheuhou”, le guerrier Masaï qui cause comme Pujadas dans le poste, “cher ami, veuillez nous resservir de cet excellent nectar”, ils z’ont rien compris les soiffards, de quoi leur perturber le prochain tiercé sur fond de demi ordinaire, hé hé. Tu sais bien que le racisme m’est étranger, les hommes sont les hommes, c’est sur le comportement des gens que je me base. Mais j’y pense... à ton avis, Romejko, avec un nom pareil, tu crois qu’il bouffe du pâté Hénaff en cachette?”

— “Pffff, foutu gamin... oui, un jour tu te feras casser la gueule et compte pas sur moi pour te plaindre.”

— “Les gens sont pas idiots. Faut faire confiance à l’intelligence des gens.”

— “Mais des fois on tombe sur des graves, qui prennent tout au premier degré, et qui connaissent que la castagne. T’as vu ta carrure de catcheur?”

Que répondre? Elle a raison, chuis “épais comme un sandouiche SNCF”... et pas à l’abri d’un jour tomber sur une brute militante qui traîne sa Vérité Absolue avec la réponse à chaque question inscrite dans son petit catéchisme révolutionnaire... et le reste de l’humanité c’est l’ennemi, n’est-ce pas? Mais... à chaque fois que je me lance dans une déconne ou une provoc’ en public, ce serait plombant de commencer par un grand discours de politique générale, genre:

“Messieurs-dames, oui, parfois je fais le couillon à raconter des saletés sur mes semblables, oui, mais ce n’est pas mon avis personnel que j’exprime, vous voyez bien, je prends les gens tels qu’ils sont, et pour la plupart je les aime, malgré tout. Si des fois je crache des trucs qui sonnent cyniques, ou injustes, ou méchants, en essayant de les enrober de rigolade, c’est parce que je suis comme tout le monde ou presque... écœuré par la manière dont trop de choses se passent sur Terre, les gamins des pays pauvres qui servent de jouets aux touristes contre 5 $, les gens qui survivent dans des régimes médiévaux où on traite les gonzesses comme du bétail à inséminer, les potentats bananiers qui laissent délibérément crever de faim la population pour toucher la thune de l’ONU, les gamines qui se font enfiler par dix lascars à suivre, les romanos qui sont traités comme des sous-hommes par les fachos hongrois, les communistes vietnamiens qui collent en prison leurs concitoyens qui demandent juste à pouvoir parler librement, les pauvres types qui coulent au milieu de la Méditerranée sur des rafiots pourris en ayant lâché tout leur fric à des négriers du XXIè siècle, toute cette répugnance qui grouille partout et j’y peux rien à part me raccrocher à l’espérance qu’un jour on vivra dans les États-Unis du Monde, et plus personne sur Terre ne comprendra ‘Bidonville’ de Nougaro... c’est comme dans la chanson de Charlebois: “autour de moi il y a la guerre, la peur, la faim, puis la misère... j’voudrais qu’on soit tous des frères, c’est pour ça qu’on est sur la Terre”. Voilà, la manière dont beaucoup de gens se comportent est décevante, et ce que subissent trop d’êtres humains sur Terre est insupportable, c’est pas compliqué à comprendre, y’a pas besoin de s’être fait limer l’entendement par quinze ans de sociologie engagée, ou je ne sais quoi. Alors moi, m’sieurs-dames, pour pas tourner dingo ni perdre ma joie de vivre dans ce binezzz, des fois je raconte des saloperies, c’est comme une soupape, Pierre Bellemoule, des histoires de biques et de niaquoués, mes frères, pour distraire Romejko parti en vacances avec un aller-simple pour la Pologne sans payer son billet de train du Service Public, et pour le reste j’essaye de déambuler proprement dans la vie de tous les jours, malgré la désolation ambiante... quand pour ne pas se pendre on peut raconter des hénaurmeries sur les jaunes, les noirs, les gris, les blancs... les juifs, les arabes, les arméniens, les bourguignons, les béarnais, les termaji, les inadaptés, les bancals, les individus à compréhension réduite, les bretons. Y’en a qui le prennent mal, c’est vrai, ça les met à cran, si j’ose dire. Des mecs de gauche qui me traitent de connard de droite, des mecs de droite qui me traitent de connard de gauche. Un jour j’ai même été traité d’antibreton par des bretons, voui m’sieurs-dames, ‘antibreton’, vous vous rendez compte jusqu’où ça peut descendre la bêtise ordinaire?... antibreton, moi, dont chaque chromosome sent le goémon, le granit et le beurre salé depuis quinze siècles minimum, gast ha gurn! Antibreton, pfff... quelle comédie, autant traiter Sarkozy d’antisarkozien ou Mitterrand de socialiste. Alors si quelqu’un veut me casser la gueule pour ça, ce serait mieux pour ses dents qu’il réussisse à m’étaler au premier coup de latte. Voilà. On fait ce qu’on peut pour surnager dans cette mélasse, sans vomir son quatre-heures en permanence. C’est pas quiquilibré tétête, ça? Malechtou...”

Par contre, vrai qu’il y a un an, alors que j’étais bien perturbé en ré mineur, une nuit la Patronne a envisagé d’appeler les pompiers pour me choper dans mon lit, ce qui aurait été une très mauvaise initiative, rien qu’à entendre les bruits de bottes dans l’escalier j’aurais sauté par la fenêtre du deuxième étage pour finir comme un œuf qu’on laisse tomber dans la poêle. Mais tout ça est derrière moi, maintenant, reparti à Leipzig. Pareil que la picole à outrance, c’est derrière. Redevenu tout mimi tout relax, je, heureux du bonheur. N’empêche qu’à cette période elle a dégusté alors qu’elle ne demandait rien. En retour c’est légitime qu’elle se paye ma fiole avec les déséquilibrés du MoDem, hein, après tout, c’est compréhensible. Alors n’aggravons pas notre cas, on ferme sa gueule. Restons stoïque à boire le café du matin en grillant peinard sa clope, genre Socrate à l’heure de la cigüe. Chienne de vie en rose, des fois.

Je suis un adhérent historique du MoDem, môa, voui. Printemps 2oo7 j’ai pris ma carte. Pour le fédéralisme girondin qui va dans le sens des États-Unis d’Europe. J’suis pas détraqué, môa, j’suis centriste, pile au milieu, comme François. Mais faut que je me mette à jour de cotisation, ça fait gros radin. Et on va gagner en 2o12, au second tour contre Marine Le Pen. Même les nostalgiques du KGB vont voter pour nous, et Mélenchon tirera une fois de plus sa célèbre tronche de mec qui depuis quinze jours n’a pas fait popo. On va gagner, tutafé, on y croit... pour l’avenir de l’Union. Et François va me nommer minissss des anciens taulards buveurs d’ouzo et des chômeurs en fin de droits échoués comme de vieilles barcasses au bout du bout qu’après c’est l’Amérique, je connais le dossier par cœur, le poste est pour moi, sûr. J’aurai mon pin-pon sur la plus grosse Peugeot et des tas de mecs qu’ont perdu leur jeunesse à Science-Po l’ENA me donneront du “m’sieur le minissss”. Obligé, non? Ou alors ça voudrait dire qu’il y a des déséquilibrés au MoDem —impossible, François l’a dit.

Elle est remontée à son Birou en se marrant à mort, me laissant avec ma tasse et mes interrogations... “déséquilibré... elle est sérieuse ou quoi?”.

“Pas de déséquilibrés au MoDem”, même mes korrigans se bidonnaient en me montrant du doigt, tous les trois alignés comme les Dalton moins Averell, petits salopards sans respect pour l’Ancien. C’est rude. Manquerait plus que Bach se repointe, tiens, “on va lui faire passer l’envie de se fendre la pipe, à notre amuseur public... j’adore les petits comiques irrésistibles, surtout les pénibles qui ne renoncent jamais”. Misère...

Morne plaine, j’ai versé ma tasse de café tièdasse dans l’évier. Puis décapsulé une Leffe, troqué mes charentaises contre mes boutou coat, posé mon chapeau de paille sur tétête quiquilibrée MoDem... et je suis sorti dans le jardin, drapé dans l’idée que je me faisais de ma dignité malmenée à domicile par celle-là même qui pourtant est censée me soutenir dans l’adversité quotidienne de tous les jours, comme je fais pour elle quand elle gîte un peu trop.

J’ai séché ma mousse devant la tombe du GhostPisseur, ruminant contre l’injustice des apparences et autres moqueries conjugales, regrettant, comme à chaque fois qu’elle me torpille, de ne pas vivre avec une cruche qui se contente d’écarter les cuisses pendant que son verni sèche sur les ongles. À peine neuf heures du matin et déjà à la Leffe, ô mon foie... avec la mer presque aussi embrumée que mon esprit. Charmante journée en perspective... manquerait plus que ça sonne à la porte, les témoins de jéhovah ou...

— “Bonjour monsieur. Gendarmerie Nationale. Alors comme ça, vous êtes adhérent au MoDem? Veuillez nous suivre, simple vérification de routine. N’ayez pas peur, tout ira bien. Prenez quand même votre brosse à dents...”

***


Publié par les diablotintines - Une Fille - Mika - Zal - uusulu

Retour à La Une de Logo Paperblog

Magazine