Indignation : n. f. Sentiment de colère qui peut être mêlé de mépris qu'excite une injustice criante, une action mauvaise ou honteuse. (Dictionnaire de l’Académie)
Nous y sommes. Nous y sommes parce que quoiqu’on soit fondé à renvoyer les peuples à leurs bulletins de votes ces bulletins ne sont pas pour autant des blancs-seings. Et que, quelques soit le serrement des liens qui les tiennent ligotés à la « doctrine » et au « dogme », qu’il s’y soient rendus tout heureux d’en partager entre eux les fruits enflés de corruption ou qu’il s’y soient soumis, honteux et empruntés, les politiques, individus et leurs programmes, qui n’ont pas voulu ou pas su empêcher l’horreur économique qui se déploie actuellement, et qui était depuis si longtemps prévisible, sont les plus hauts responsables, les premiers, les plus fautifs, ceux qui doivent rendre des comptes. Et leurs aréopages d’experts, de commentateurs et d’intellectuels ont beau faire assauts de prudence et de modération, d’appels à on ne sait quel bon sens, tout en expliquant que tout ça est très compliqué et qu’il faut faire confiance à ceux qui savent et le prouveraient par le seul sabir abscons qu’il utilise pour multiplier de vaines explications, ça ne suffit plus. Et il y fort à parier que cela va, si on ose dire, suffire de moins en moins. Parce que là où les intrigants de la crise actuelle se sont crus en devenir d’être les maîtres absolus, là où on s’est pris à rêver que les états ne demeureraient, à leur service, que des chefs de police ou des expéditeurs de justice, il est bien possible que les peuples, en nombres grandissants, nouvellement instruits, même si ce n’est que partiellement, du détail de la tromperie inédite qui les a menés là où ils en sont, se mettent en disposition de revendiquer réparation et bien plus encore, de l’injustice criante qui leur est faite. Certes les experts, les intellectuels et les commentateurs, ainsi évidemment que leurs commanditaires, gardent pour quelques temps encore le recours d’agiter la menace démagogue, le danger populiste, pour tenter de freiner l’avance en politique des voix, taxées de trop de véhémence, accusées d’en appeler directement, trop directement, au corps électoral. Comme si ce corps n’était pas prioritairement le bien inaliénable de ceux qui ont fait de chaque électrice et de chaque électeur un agent de consommation uniquement dépendant de ses désirs de supermarché. Mais là aussi, on aura beau faire, il est à craindre que l’astuce se soit effilochée. La sottise qui anime fréquemment cet aréopages est d’autant plus confondante que s’y découvre régulièrement leur méconnaissance de ce que pensent les gens. Et finalement de ce qu’ils sont. Les femmes et les hommes dans leur diversité et néanmoins cette indignation. Nul ne songe aujourd’hui à inscrire la pureté morale dans la constitution. Pas plus qu’à instaurer des tribunaux d’exception. Ni a demander des comptes privés pour avoir accès à une situation publique. En revanche, et c’est bien là un héritage mûri de la démocratie, quoique tout n’y soit pas forcément d’une honnêteté limpide, quoiqu’il faille parfois y négocier dans des conditions particulières, qu’un certain degré d’arrangement y soit nécessaire, indispensable, les institutions et ceux qui en ont la charge et l’usage doivent en observer les limites, et ne pas les franchir. C’est ce qu’on peut appeler un modus vivendi. Les conditions de ce modus ayant été saccagées les citoyennes et les citoyens en demandent raison à ceux qui n’ont su ni le conserver ni le développer. Et au gré des terribles conséquences de ce manquement grave à la préservation des conditions dans lesquelles une société doit être garantie de pouvoir se maintenir et progresser, demander raison revient aujourd’hui à chercher les moyens d’exprimer la légitime colère qu’on ressent. L’indignation est en l’occurrence une forme pacifiquement, et même sagement exprimée de la colère.On peut sentir comme une insulte que d’aucuns en dévoient le contenu et en méprise la forme.





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