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Hier soir, comme pour faire diversion entre deux séries d’éternuements et de mouchages pénibles à l’oreille, j’ai demandé à Anne-qui-ne-tombe-jamais-malade s’il lui était arrivé d’avoir manqué une journée de cours pour des raisons de santé, depuis plus de 16 ans qu’elle enseigne. « — Non, jamais, m’a-t-elle répondu avec la cruauté des innocents, sauf la fois où tu t’es retrouvé à l’hôpital. — Ah oui ?... Et manquer un cours le matin parce que tu n’as pas réussi à te réveiller : ça, ça a bien dû t’arriver, non ? — Non, jamais. Je me suis souvent réveillée en retard, mais j’ai toujours couru et fait en sorte d’arriver à l’heure au début du cours. — Non mais c’est incroyable ! Même au début lorsque tu enseignais à Metz ? — Là c’était facile : je dormais sur place. — Ah oui mais quand même… Et à Dreux, ensuite ? Quand il te fallait faire tous les jours cet interminable trajet en bus ? Non ? Et pendant toutes ces années à Issoudun ? Pas un seul relâchement ? — Non, non, je te dis, jamais. Mais tu sais je crois que c’est assez rare que des profs manquent leur cours parce qu’ils ne se sont pas réveillés. Pour dépression, oui, pour panne de réveil je pense vraiment que c’est très rare. » Eberlué, je ne trouve rien à répondre et lance une nouvelle salve de tonitruants éternuements pour bien affirmer ma différence. Là-dessus, je dessers la table, je fais la vaisselle, nous nous lavons les dents, bon, ces choses que vous devinez, j’accélère. C’est le lendemain matin. Comme je me suis couché très tard, j’ai dormi à côté. Il est 8 heures, mon réveil fait bip-bip. Je bâille, m’étire, suis surpris d’apercevoir de la lumière sous la porte. Je me lève pour l’ouvrir, vaguement inquiet. Ah ! Anne ne s’est pas réveillé et a manqué le premier cours de sa vie.
Je refuse d’interpréter, je livre les faits dont je vous prie de ne pas douter, c’est tout. |
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