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De la joie de n'être rien

Publié le 27 octobre 2011 par Fmat

De la joie de n'être rien

 

 

 Hier j'ai été à l’hôpital Saint-Louis pour me faire enlever deux grains de beauté suspects : un sur le ventre, près du nombril, l'autre dans le dos, près de l'omoplate droit.  

Deux, c'est au moins un de trop. Ça tiraille, j'ai peur de faire un mauvais geste qui vienne faire sauter les sutures, je n'ose plus me redresser, je n'ose plus m'étirer, c'est à peine si j'ose respirer. Et il m'est interdit de faire le moindre sport pendant 20 jours.

Je n'avais pas du tout prévu ça quand la dermato m'a dit il y a un mois qu'il faudrait faire enlever ces deux petits nævi. Sur le coup, naïf, j'étais plutôt content — une intervention chirurgicale, même infime, c'est toujours un peu d'aventure dans une existence aussi plate que le dos de la main d'une pucelle... 

En revenant de l'hôpital, je suis allé me balader dans le bois de Vincennes. Il ne fait que 995 hectares mais j'arrive encore à m'y perdre. Alors que j'avais l'impression de m'être égaré depuis un moment, j'ai senti que j'étais sur le point d'éternuer. Pour ne pas faire un geste trop brusque, j'ai essayé de "retenir" cet éternuement, ce qui a donné naissance à un petit bruit mesquin passablement grotesque sous la majestueuse frondaison des arbres. Le comique de la situation m'a sauté à l'esprit. J'ai été pris d'un fou-rire d'autant plus terrible que je m’efforçais de le réprimer pour ne pas arracher les sutures. Fou-rire nerveux et libérateur comme je n'en ai pas connu depuis longtemps.  

Rire de soi, seule issue. 

On est peu de chose. Enfin surtout moi, qui ne suis rien. C'est un bonheur immense de le réaliser vraiment et de l'accepter.

Je ne suis rien mais le monde est beau, il est rond.

 


 

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