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Un ami m'écrit qu'il joue (sans joie) avec l'idée de supprimer son blog.
Fervent partisan de la tabula rasa et de la vie d’ermite, je lui réponds aussitôt : "Ouiii ! La libération !
La paix retrouvée !", en lui précisant qu'il y a de fortes chances alors pour que je le suive de peu dans cette bonne voie.
Quand il me demande si je suis sérieux, je lui réponds très sérieusement ceci :
Bien sûr que je suis sérieux ! L'intérêt pour les blogs est complètement retombé depuis pas mal d'années
déjà. Ça ne draine plus le moindre enthousiasme. C'est devenu une pauvre activité pathétique qui sent la compensation à plein nez. Plus personne ne navigue de blog en blog. On se contente
tous aujourd'hui d'aller sur celui de deux ou trois amis, et encore, principalement pour leur faire plaisir.
Par exemple, quand je me dis que Didier Goux fait encore un billet chaque matin sans exception, ça n'éveille
aucune espèce de respect en moi, je trouve ça même assez triste, ça me fiche le bourdon (indépendamment de son militantisme réac super lourdingue (euphémisme pour ne pas utiliser les
adjectifs auxquels sont habitués ces messieurs (suivez mon regard) partis en croisade pour sauver l'Occident). Pourtant, hors l'iconographie hideuse, il le fait très bien. Il sait écrire.
Il sait relancer l'intérêt. Il est très cultivé derrière ses airs de gros plouc terrassé par l'alcool. Il parvient même à être sympathique de temps en temps.
Dans le fond c'est comme à la télé : ça fait longtemps que je ne la regarde plus, mais je me souviens par
exemple que les apparitions de Christian Clavier pour la promotion de ses films exaspéraient tout le monde (lui ou BHL ou Houellebecq ou Christine Angot) Les blogs créent cette même
fatigue. Or il faut se faire oublier. C'est le secret de tous les gens un peu malins. Sinon le désir meurt pour céder la place, dans le meilleur des cas, à une familiarité molle qui n'a
plus rien de sexy.
Et quand tu vois à quelle bande de mufles tu vas donner ton miel chaque matin, ça fait mal aux gencives : pas
un pour acheter les livres, pas un pour se déplacer à une lecture. (Bon d'accord, je ne le fais pas non plus, mais il est entendu que je ne suis pas un joyeux consommateur culturel (et
que je suis sur la paille comme le petit Jésus)).
Les blogs discréditent l'activité littéraire, ils la galvaudent, la banalisent, la diluent entre le
journalisme amateur, l'almanach Vermot et la pitoyable vitrine pour montrer à ses amis (qui s'en foutent) qu'on est encore dans le coup, qu'on sort, qu'on a de l'esprit, qu'on ne se
laisse pas écraser par la déprime et le stress. Même s'il y a de notables exceptions, il n'empêche que
le paysage n'est guère ragoûtant et que l'entreprise bloguesque en son ensemble me semble des plus polluantes.
Par contre je ne sais pas si j'aurais grand intérêt à arrêter. Ça me permet quand même de tester des choses.
Mais il faudrait être beaucoup plus conceptuel et froid. Montrer qu'on en a rien à faire, que l'essentiel se joue ailleurs.
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