Magazine Nouvelles

Rings in the water

Publié le 06 novembre 2011 par Ann F Border

Photo 084Wyatt MacLeen jette l’arme dans la rivière juste au moment où la femme qui promène le chien passe. Elle n’a pas vu l’objet tomber. Elle ignore ce que c‘est. Mais Wyatt pense autrement. A cause de ses joues pas rasés, de ses cheveux gras et du col de son trench relevé.

Mary Cappecci ne possède pas de chien. Celui-ci, un chien-chrysanthème aussi con qu’on peut l’être, appartient à un avocat d’affaires qui atteint la 42e West au moment où l’arme de Wyatt touche l’eau. Deux heures de marche mécanique et hasardeuse l’ont conduit de Police Plaza jusqu’ici. Il ne dénoue pas sa cravate, bien qu’il étouffe, mais d’une manière qu’aucun geste ne peut apaiser.

Wyatt frissonne un peu. La faute au vent qui frôle l’eau avant de remonter vers son visage emprunt d’humidité. Alors que Mary le croise, le chien se retourne vers lui et le regarde. Une bénédiction qu’il ignore ce que les hommes ont fait de lui, pense Wyatt. L’animal veut aboyer mais quelque chose l’en empêche. L’énorme nœud rouge qui sépare en deux la touffe de son crâne. Un aboiement n’est guère adapté à sa situation. Il se frotte la tête contre sa patte gauche, comme pour se débarrasser de l’attribut de décoration avant de s’exprimer dans sa langue. Mais il abandonne et geint comme une vieille femme avant de reprendre une attitude apprise au chenil.

L’arme atteint le fond de l’eau quand l’avocat passe devant la boutique d’un antiquaire. Il s’arrête pour observer un lion en bronze. Bronze ou plâtre ? Il est déjà passé par là. Il s’est déjà posé la question. Et selon son humeur, la réponse varie. Il suffirait de toucher l’objet pour savoir. Mais il ne le fera pas. Pas plus aujourd’hui que les autres fois. Le lion déteste les hommes, ça se voit dans son regard. L’avocat jurerait qu’il en a changé depuis la dernière fois. Presque vide.

Il sent soudain le poids de son cartable au bout de son bras. C’est le temps passé à le porter qui le rend lourd. Sa main fermée sur la poignée depuis longtemps est engourdie. Il caresse le crâne du lion.  Mais rapidement, pour ne pas savoir de quoi il est fait.

Wyatt est soulagé. La surface de l’eau ne garde pas de trace de l’impact avec l’arme. Presqu’immédiatement, elle s’est refermée. On peut croire que ça suffit, que la vie reprend comme avant. Mary s’est assise sur un banc et le regarde ou le pont derrière lui. Le chien dort à ses pieds. Le chien-chrysanthème. Les hommes et les femmes-chrysanthème.

Elle ne se demande pas ce qu’il a jeté dans l’eau, elle se demande pourquoi. Et pourquoi il reste là à scruter la rivière, comme s’il regrettait son geste. Elle pense que tous les hommes regrettent de perdre l’objet de leur culpabilité et l’idée d’une arme lui vient à l’esprit. Elle s’attriste de ne pas être plus que ça troublée par cette pensée. Wyatt s’assoit près d’elle. Elle lui sourit. Elle ne se sent pas en danger, car elle est à présent l’objet de sa culpabilité. Il ne fera pas deux fois la même erreur.

Dans le centre, l’avocat sent dans sa paume la matière dont est fait le lion. Il tente de l’ignorer mais c’est trop tard.

Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire