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De belles lisses poires

Publié le 11 novembre 2011 par Cccil

De belles lisses poiresConséquence indirecte de la grève des scénaristes de 2008 ?  
Ces derniers temps il semblerait en tout cas que les cinéastes aient découvert avec bonheur le plaisir de s’adonner aux joies de l’exercice de style. J’entends par là qu’on voit fleurir dans les salles de bons films, bien faits, bien pensés, plaisant en sommes, mais pas très originaux quant à leur propos ou à l’histoire racontée, quand cela ne vire tout simplement pas au pitch de 5 lignes délié (avec art ceci dit) sur 90 minutes.
Il faut dire que je suis allé voir coup sur coup The Artist et Drive, qui m’ont rassuré quant à l’avenir de « l’artisanat » cinématographique, mais m’ont laissé un peu sur ma faim en terme de « substance ».
Been there, done that.
Et l’impression étrange qu’on crie au génie plus pour l’effet de surprise occasionné par ces petits objets de curiosité, inclassables, que pour l’intérêt véritable des films en eux-mêmes.
Pourquoi faire un film muet en noir et blanc, avec une histoire digne d’un Chantons sous la pluie, la comédie musicale en moins, si c’est pour réaliser une simple et jolie réplique de vieux film ? Pour prouver ce qu’on savait déjà : la narration d’une histoire (au cinéma ou au théâtre) se passe volontiers de dialogue quand la mise en scène, le jeu des acteurs et la bande sonore sont pointues ? Amis, allez voir un bon ballet vous ressortirez tout autant convaincu.
Pourquoi se donner autant de peine à lécher la signature photographique, la bande son et la mise en scène d’un film qui se résume à une demi page de scénario si ce n’est pour le plaisir de dire au monde : vous voyez comment je filme bien les amis, et comment tous les nanars du genre se sont fourvoyés avant moi à faire dans le spectaculaire alors que c’est si simple et puissant quand on a du géni comme moi.
Certes.
Mais ?
Et après ?
Un propos, un vrai ? Une histoire une vraie ? Est-ce possible/utile ?
La forme est-elle plus importante que le fond ? Tout objet artistique/culturel se doit-il d’innover par rapport à ses prédécesseurs ?
On discutera sans fin (on en discute déjà assez sur la toile) pour savoir si ces films sont des films de genre, d’auteur, indépendants, produits de la vilaine et grosse machine cinématographique à faire du fric ou pas, révélateur d’une crise, de l’état d’esprit d’une génération etc…
Je laisse ces débats à d’autres bien plus calés que moi en la matière.
J’aimerai juste lancer un appel tout simple à ces merveilleux artisans de l’industrie cinématographique, qui produisent du rêve.
Mesdames, messieurs, je vous en prie, faites travaillez les auteurs !!!
J’aime tellement quand on me raconte de belles lisses poires.
PS : Ceci étant dit, courrez voir ces deux films (The artist & Drive) qui font passer un bon moment : le premier pour la poésie et la grâce qui s’en échappe, ainsi que pour les inconditionnels de Jean Dujardin ; le second pour la réalisation impeccable de Nicolas Winding Refn, le magnétisme de Ryan Gosling, la sensualité de Carey Mulligan, la BO complètement envoutante (elle tourne en boucle sur mon baladeur depuis une semaine maintenant) le généric très année 90 et le plaisir de voir un film américain où le spectateur n’est pas pris pour un débile, comprenez où on ne passe pas 3h à vous expliquer chaque action et intention des personnages mais où les actions et intentions se comprennent d’elles-mêmes, sans aucun dialogue superflu.
De belles lisses poires


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