A chaque Noël, je songe surtout à Bethléem, en Judée, en Palestine, ce bled considéré encore maintenant comme minable par les juifs, d’où rien de bon ne pouvait sortir selon les pharisiens, je me souviens des gosses courant dans la rue, aux chats parias farfouillant un peu partout, quémandeurs, aux touristes le nez en l’air, à Luna Park, un Luna Park biblique, ne sachant pas trop quoi faire durant les trois heures d’attente avant la célébration de Noël à Sainte Catherine, tuant le temps en se faisant arnaquer dans les boutiques de souvenirs, comme il se doit pour un touriste normal et bien élevé, avec .
Et bien sûr je dédie ce petit texte à la douanière zélée de l’aéroport Ben Gourion qui me demanda si j’étais un agent provocateur car j’avais été filmé durant toute la première célébration de Noël et l’inauguration d’un centre, auxquelles j’assistai, juste derrière Yasser Arafat et son épouse ainsi qu’un infortuné comparse, nous étions tels le bœuf et l’âne gris dans cette version peu orthodoxe de la Crèche.
Je me rappelle aussi de la messe à la Basilique de la Nativité, à laquelle cette année encore les chrétiens de Gaza n’auront pu assister, de la nuit toute étoilée et bleue marine, des chants en arabe, des illuminés au regard exalté traversant ces régions comme les yeux couverts d’œillères.
Noël m’évoque aussi le lever du soleil sur le Dôme du Rocher vu depuis le toit de Sainte Anne, près de la Porte des Lions à Jérusalem, au retour de la messe de Minuit, avec un ami qui en avait tout aussi ras le bol que moi des exaltations mystiques parfois à la petite semaine des pèlerins aveugles à la beauté de ce qui les entourait.
Nous n’en tenons pas rigueur aux exaltés, car grâce à eux, nous traversâmes aussi les paysages du désert du Jourdain sous un ciel de petit matin parfait, et que nous avions pu assister à une autre célébration, moins mondaine, de la Nativité, un peu plus tard dans la nuit, au véritable endroit où celle-ci s’est déroulée soit dans la crypte de Saint Jérôme.
De Bethléem à Jérusalem, il faisait un de ces ciels qu’il fait quand nous quittons la personne aimée, quand le jour se lève à peine, et que le bonheur semble être au coin de la rue.
Et nous étions, nous le sommes toujours de cette terre dite sainte, violente, torturée et mystique du Proche Orient. C’est à cette occasion que nous nous sommes dit que les fanatiques religieux et politiques partagent le même mépris des beautés qu’ils ont sous les yeux, aveuglés sont-ils par la haine et la sottise, surtout la sottise.
Nous aimions bien les nourritures spirituelles mais il y a un temps pour les terrestres qui font aussi du bien au cœur. En France, par contre, dans notre société consumériste, sur-libérale et sur-matérialiste, il n’y a plus qu’elles, ou plutôt les ersatz que l’on prétend nous vendre comme indispensables pour se réjouir en famille ou entre amis dont les gadgets électroniques et jouets permettant une consommation accrue de piles et dont le petit dernier ou la petite dernière ne saurait se passer, étant aussi esclaves que leurs géniteurs de machines à brasser de l’air comme le dernier Smartphone ou ordinateur super portable que l’on se doit d’avoir pour être bien considéré dans ce monde en crise de sens.
C’est un dégueulis absolument odieux de gentillesse formatée et de bons sentiments faisandés, alors que visiblement le reste de l’année on n’en a rien à foutre dans un système où seul compte l’intérêt personnel et la satisfaction immédiate et brutale des plaisirs, fût-ce au prix de celui d’autres moins chanceux.
C’est un peu comme le « baiser de paix » si mal compris que les chrétiens sont censés s’échanger pendant la messe dominicale, salut ou poignée de main qu’ils ne referaient, n’oseraient jamais une fois sortis, une fois le porche de l’église franchi, et dont ils profitent aussi pour claquer la bise avec forces bruitages mouillés aux copines et aux copains non loin, et seulement.
Comme toute chose que le consumérisme touche, Noël sous nos cieux est devenu bien autre chose que la naissance d’un « enfant-dieu » selon les croyances des chrétiens. On revient finalement aux célébrations des Saturnales que Noël a remplacées à la même date. En moins drôle, cependant. Pour les romains antiques, s’ils voyageaient dans le temps jusqu’à nous, notre société de zélés consommateurs célèbreraient les fêtes, car il ne faut plus dire Noël mais « les fêtes », en esclaves dociles et soumis au commerce et non en êtres humains libres.





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