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Bonne année, commissaire

Publié le 02 janvier 2012 par Mazet

Bonne année, Commissaire

-   Arrêtez !

Le cri claqua comme un coup de 6,35. Cet ordre impérieux s’adressait à un homme qui soulageait sa vessie dans la Moselle à quelques mètres du Moyen-Pont. Il avait été proféré par le chef des toutes nouvelles  brigades de répression des incivilités qui traquait, sans relâche, les contrevenants à la dernière  loi de sécurité intérieure. Elle interdisait notamment de fumer sur les bancs publics, aux amoureux de s’y embrasser et interdisait la marche aux piétons dont le taux d’alcoolémie dépassait 0,05 g/l. Soucieux de ne pas aggraver son cas, l’homme prit le temps de ranger ses outils et leva les bras. Deux redoutables brigadiers, gantés et masqués pour éviter toute contamination, vinrent menotter le délinquant. L’un d’eux s’écria.

-   Chef ! Chef ! Il y a un sac suspect à ses pieds.

Un nouvel ordre cingla.

-   Reculez jusqu’au mur. Maintenant cette affaire nous dépasse. Nous devons alerter le SRPJ et les spécialistes de l’anti-terrorisme. Ce sac est sûrement piégé.

Ainsi fut fait. Les anti-terroristes arrivèrent avec le matériel adéquat et le commissaire Jung du SRPJ avec une monumentale gueule de bois, résidu de sa dernière cuite de l’année. Le contenu du sac fut identifié lorsque l’aube du 1er janvier 2012 pointait à l’horizon. Il contenait le portrait du Président de la République dérobé quelques heures plus tôt dans la salle des mariages de la mairie de Metz. Jung n’en revenait pas. L’homme, qui depuis deux ans défiait les polices de France, de Navarre et de l’Union Européenne, venait de se faire  gauler en pissant dans la Moselle. L’affaire avait commencé deux ans auparavant, lorsque le maire de Grosbliederstroff, qui voulait célébrer le mariage de la fille de son premier adjoint, avait dû le faire sans l’ombre tutélaire de notre bien aimé Président. La même mésaventure était arrivée à une trentaine d’autres maires du département et même à quelques-uns de la France de l’intérieur. De gigantesques recherches avaient été déclenchées. Des dizaines de suspects avaient été interrogés et placés en garde à vue. Des centaines de policiers avaient fouillé le moindre bagage lorsque les trains n’étaient pas en grève. Jusqu’à maintenant ces efforts surhumains étaient restés sans résultat. Il faut dire que l’homme s’y entendait pour brouiller les pistes. N’avait-il pas eu l’audace de dérober le portrait de la Grande Duchesse dans les salons du ministère de la culture luxembourgeois. Jung s’approcha de lui.

   - Il va falloir que vous m’expliquiez. Dans ma carrière, j’ai rencontré des fétichistes de toute sorte. J’avais traqué des collectionneurs de photos, mais jamais de la même photo !

   - Je vais vous étonner, Commissaire. Je ne collectionne pas, je revends !

Jung croyait rêver !

   - Et ça se revend cher ?

   - Plus que vous ne pouvez imaginer, Commissaire. Surtout les miens, ils sont hors de prix ! Puisque vous allez devoir perquisitionner, autant y aller tout de suite !

L’homme les conduisit dans un vieil appartement à deux pas de la place de la République dans lequel régnait un invraisemblable bric-à-brac. Posés sur des chevalets, trônaient trois portraits dérobés. Seule différence visible, le visage du Président avait été découpé.

   - Vous avez compris, commissaire ?

Jung secoua la tête.

   - C’est simple. Le monde est plein de mabouls qui rêvent de se voir en Président de la République. Grâce à une petite manipulation, je peux glisser leur visage sur une photo authentique et ainsi donner corps à leur rêve.

   - Mais, pourquoi utiliser impérativement des photos officielles ?

   - Un peu de respect, commissaire. Je ne suis pas un escroc. Au prix, où je vends mes œuvres, mes clients ont droit à de l’authentique.

   - Et ça rapporte ?

   - C’est une affaire qui marche fort. Je commence à avoir des commandes du Japon. Malheureusement pour moi, il n’y a que 36 000 communes en France.

   - Et vous mettez n’importe qui à la place du Président ?

   - Ah non, je respecte la fonction. Tenez, j’ai récemment reçu une commande d’un certain J.C de Sarran en Corrèze. Je l’ai refusée. Il voulait que je place une tête de veau avec du persil dans les oreilles à la place du visage de notre bien-aimé leader.

   - Bon, vous allez devoir me suivre.

Comme ils arrivaient à la porte du commissariat, le trombiniculteur demanda.

   - Je peux vous poser une question, Commissaire ?

   - Allez-y !

   - Vous croyez que le « Hollande » se vendra bien en 2012 ?

Pour toute réponse, il recueillit un cinglant.

   - Casse-toi, pov’con !

Il fila à toutes jambes, non sans ajouter.

   - Bonne année, commissaire


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