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Une belle année

Publié le 08 janvier 2012 par Ann F Border

The christmas Cottage

Wyatt Dumond s’attarde devant la vitrine de The Christmas Cottage. Une femme s’en approche et la regarde à son tour. 

-Je déteste les fêtes de Noël lui dit-il, regrettant aussitôt de l'aborder avec une envolée si peu appropriée au lieu et à la saison.

- Moi aussi lui répond-elle contre toute attente. C’est tout les ans la même chose…

- Les Boules géantes sur la Cinquième…

- Sur la Sixième.

- Quoi la Sixième ?

- Les boules, c’est sur la Sixième.

- Ouais. Et Le sapin du Rockefeller… je n’en peux plus du sapin du Rockefeller.

- A chaque fois que je passe devant, j’imagine le trou béant qu’il a laissé dans les forêts du Vermont.

- Du Connecticut. Le trou béant dans Les forêts du Connecticut.

- Oui… Ou du Canada, non ?

Wyatt hausse les épaules.

- Et Prométhée à l’air d’un nain qui cherche à s’enfuir, poursuit-il.

- Elle n’est pas cohérente cette situation.

- Pour un Titan.

- Pour un Titan…

- C’est humiliant.

- Je le pense aussi.

- Et les soldats de l’Armée du Salut qui vous poursuivent partout en agitant leur cloche diabolique.

- Les soldats de l’Armée du Salut ne portent rien de diabolique.

- Oui enfin…

- J’en suis presque sûre.

- Si vous le dites. Leur grelot, quoi.

- Leur grelot divin. Rajoutez divin, s’il vous plait. Ou un mot du même genre.

- Leur grelot… angélique !  Ça vous convient ?

- Merci.

- Vous êtes croyante ?

- Superstitieuse. 

- Moi aussi je suis superstitieux. Superstitieux et croyant. Wyatt appuie sur le et.

- Désolée.

- Non ça va. Je m’en sors plutôt bien. Il me reste dans la journée quelques moments de libre.

Ils marquent un silence, puis la femme reprend :

- Le père Noël de chez Macy m’a dit de très belles choses cette année.

- Vous avez été voir le Père Noël de chez Macy ? S’étonne Wyatt.

- J’y vais tous les ans. Enfin, j’y emmène mes neveux de l’Ohio. Ils y croient dur comme fer.

- Moi aussi… Enfin, moi aussi, j’y emmène mes neveux de l’Ohio…  Rien à voir avec ces conneries d’esprit de Noël qui me rongerait le cerveau. Ou la vague impression d’être enfermé dans le décor magique d’une… d’une boule de neige géante !

- Bien sûr que non…  Ce n’est même pas le vrai Père Noël.

- Exact ! Il a cette année un accent sud-américain très marqué.

- Je l’ai remarqué aussi.

Un nouveau silence.

- La dernière fois que je me suis assis sur les genoux du Père Noël, j’avais huit ans, dit Wyatt. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais confortablement calé contre sa poitrine à lui énoncer ma liste de cadeaux, quand j’ai croisé le regard de mon père.  Un terrible regard désapprobateur.  Alors l’année d’après, je lui ai dit que je ne croyais plus à toutes ces légendes enfantines. Au fond, ça l’a soulagé.

- C’est triste de devoir mentir.

- Oui dit Wyatt.

Après quoi, la femme relève le col de son manteau, lui sourit légèrement et reprend sa route.

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