Où sont-elles ces paroles de
Voltaire qui disaient que l’on pouvait avoir des opinions contraires sans
jamais imposer le silence à autrui, que l’on pouvait débattre de tout dans le
respect de l’avis de chacun aussi détestable qu’il soit, qu’il faudrait lutter
pour offrir à l’autre le moyen de conserver sa liberté de penser et surtout de
s’exprimer ? Où sont-elles ces grandes idées d’une Lumière dont tout un
pays se glorifie lorsque la cléricalisation de la pensée, la dictature de la
bien-pensance, la stigmatisation collective asphyxie toute opinion marginale
catégorisée aussitôt de « raciste »,
d’ « antisémite », de « sexiste » et j’en passe.. Au
nom d’une certaine « vérité universelle » on a caporalisé et annihilé
des réflexions non-conformes.. L’establishment intellectuel décide de ce qui est
« vrai » et « bon », et de ce qui est
« monstrueux » et « scandaleux ».. Toute insurrection face
à cette fascisation de l’esprit est désignée par les nouveaux tribunaux de
l’Inquisition comme un « dérapage » -- condamnation suprême –
appellant à un lynchage de la « meute », une exclusion violente et
durable.. Il n’est plus permis de remettre en cause ce que l’on tiendrait pour
acquis, ni de nager à contre-courant des idées reçues et largement répandues,
ni égratigner les icônes et autres idolâtries au risque de devenir l’ennemi de
ces hommes dont l’infini sagesse dicte les limites de l’acceptable.. Qui ose
encore secouer l’arbre colossal des convenances ? Qui ose encore descendre
dans les profondeurs de la confortable clarté des informations diffusées pour
remuer ce fond boueux où sont enterrés les cadavres qui dérangent ? Ils ne
sont pas si nombreux, ces kamikazes s’aventurant hors des voies balisées.. La
puissance de l’intimidation est un feu rancunier et obsessionnel, son ombre
plane sur toutes les consciences poussées à l’autocensure permanente.. Et au
final on en arrive à dire et à penser tous la même chose, la différence quand
elle existe, ne se trouvant que dans les choix de vocabulaire..
Il faudrait libérer la parole même
si elle est impropre à la consommation intellectuelle, même si elle est
honteuse, outrancière et répugnante.. Qu’elle puisse s’exprimer dans sa
totalité afin que dans les règles du débat une autre puisse la contredire.. Car
seule la raison arrête la raison.. Pénaliser certaines expressions, certaines réflexions,
au nom de la sacralisation d’une vérité imposée que l’on voudrait immuable est
une dérive dangereuse qui tend à offrir plus de crédibilité à ce que l’on
souhaiterait faire passé pour insensé.. A l’instar des interrogations sur les
attentats du 11 septembre 2001, des lois mémorielles qui sont une stupidité,
une aberration injustifiable dans une république d’idées donc de pluralité.. La
différence de penser est un droit inaliénable à la nature humaine.. On devrait
pouvoir analyser de manière critique l’Holocauste, l’esclavage, la colonisation
ou la guerre froide sans que des parlementaires ne dressent
des barrières pénales autour des tragédies qui jalonnent l’Histoire des
hommes.. De même que ceux qui pensent que les noirs et les arabes dans leur
ensemble ne soient que des voyous et des dealers puissent contribuer au débat public
librement en posant sur la table leurs arguments que d’autres se chargeront de démonter..




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