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De Narcisse à Facebook

Publié le 10 février 2012 par Amaurywat

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 Quand on parle de l’ultra-narcissisme moderne et l’invasion du virtuel qui fait que beaucoup confonde leur vie sur le réseau et la vie, on oublie de dire que cela a commencé il y a fort longtemps bien avant Internet, aux temps antiques et mythologiques et dans les contes. Et pour être bien clairs, et répondre à des commentaires courroucés prévisibles, Internet est un moyen de communication formidable, un outil qui apporte beaucoup de choses, mais c'est seulement un outil et non une fin en soi.

Le "Narcisse" du Caravage est pris ici

Narcisse_Caravage.jpgLe narcissique avait pour habitude déjà de prétendre que le narcissique c’est l’autre pas lui, le mégalo, le vaniteux tandis que lui avait su conserver toute sa simplicité, son honnêteté. Pour lui c'est sûr il fait partie des « vraigens »...

Parfois il y a des narcissiques des plus talentueux, qui aiment bien se regarder mais étant donné leur génie par ailleurs, on leur pardonne sans aucune difficulté, comme François-René de Chateaubriand, et Victor Hugo voir Proust plus tard qui écrit la Recherche en se mirant lui aussi dans le miroir, de ses souvenirs d'enfance.

Mais eux c’était deux géants…

Narcisse était un jeune grec qui adorait se regarder le nombril, le visage, les mains, le bras, les cheveux, dès qu’il croisait un miroir ou un plan d’eau. Progressivement, il finit par confondre sa personnalité avec ce qu’il voyait dans le reflet.

C’était de plus en plus important, le reste devenait franchement accessoire, c’était du superflu. Il ne voyait plus personne y compris les jeunes athéniennes qui l’idolâtraient et portaient sa beauté aux nues. Elles l’agaçaient parfois un peu car cela lui faisait perdre du temps pour s’admirer et puis elles s’assortissaient mal avec lui.

Ce qui devait arriver, il prit racine en se regardant dans une rivière, et se transforma donc en cette fleur jolie mais un peu indolente et molle à laquelle il donna son nom, le genre de fleur qu’offre les radins au premier rendez-vous.

Dans « Blanche Neige », la méchante belle-mère adore se mirer dans son miroir qui a l’avantage d’être interactif avant l’heure et de lui faire des compliments à toute heure du jour et de la nuit.

A force de se regarder, elle ne vit pas sa maturité arriver à grands pas avec la quarantaine et la ménopause, et son cortège de petits tracas, elle en conçut une névrose qui la poussa à tenter d’assassiner sa belle-fille, en l’occurrence celle de son troisième mari, un roi d’une principauté germanique un peu rude, mais c’était tout ce qu’elle avait pu trouver.

Elle finit très mal elle aussi, en tombant dans les abîmes.

image ci-dessous prise ici

mar%E2tre%20de%20blanche-neige.jpgCes deux histoires, pourtant, tout le monde les connait, mais cela ne change rien, l’homme moderne a pris et Narcisse et la belle-mère de Blanche-Neige comme maître et maîtresse à penser, et il dispose des avantages de la technique moderne, dont son téléphone portable qui ne quitte jamais ou presque la paume de sa main, ça le rassure et le conforte, en plus, même lorsque l'appareil est éteint, il peut voir son reflet dedans. Il a plus de moyens pour mieux s’en sortir que le premier qui s’est transformé en plante verte et la deuxième qui a voulu supprimer la pauvre petite princesse romantique et brune que tous les princes lorgnaient du coin de l’œil espérant lui faire subir quelques premiers et derniers outrages

Le Narcisse moderne ne voit déjà pas qu'il a d'ores et déjà de toutes manières la cervelle d'une plante verte...

Le Narcisse ou la belle-mère de Blanche-Neige moderne se construisent tous deux un personnage, le premier se rêve génie injustement méconnu, rebelle ou Robin des bois, révolutionnaire ou chevalier défendant la civilisation, il s’invente un personnage et adopte souvent un comportement qu’il s’imagine convenir à son personnage. Ce personnage complètement fantasmé devient pour eux leur « vraie » personnalité, ce qui crée une aliénation car dans la vie, ils sont souvent tout aussi effacés et dociles que les autres.

La deuxième invente de nouvelles formules pour compenser ce qu’elle estime être une dégénérescence insupportable pour elle, elle se dit active, dynamique, elle c’est l’inverse du Narcisse, elle ne supporte plus son reflet, elle ne veut pas le voir, elle veut que le miroir lui en renvoie un autre beaucoup plus flatteur

La télévision aime bien flatter les narcisses jeunes et moins jeunes et faire mine de parler d'eux et rien qu'eux dans des émissions où elle feint de leur donner la parole et d'aborder leurs -petits- problèmes, qui sont surtout des problèmes de nombril, en jouant sur l'identification à des archétypes souvent un peu trop caricaturaux pour être honnêtes.

Là, le Narcisse moderne pleure un peu sur ce qu'il voit et sur lui-même, surtout sur lui-même. Il aime bien rêver sur la banalité, et c'est paradoxal, mais même dans le virtuel il est incapable de s'abstraire du trivial et de lui-même, de s'ouvrir à autre chose que lui. Toute contradiction lui devient insupportable. Car le contredire c'est remettre en question le personnage flatteur qu'il s'est construit.

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