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La provocation de Guéant et le relativisme culturel

Publié le 06 février 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

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 Claude Guéant a dit que « Toutes les civilisation ne se valent pas Â». Il l'a dit dans un discours prononcé devant les jeunes de l'U.N.I, c'est le genre de phrases qui d'habitude ne sortaient pas du premier cercle des militants, avec les blagues de fin de banquet sur les auvergnats.

 Maintenant, malheureusement pour les politiques, il n'y a plus grand-chose qui reste « off Â».

photo empruntée ici

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On parlera plus bas de la phrase en elle-même et des réactions qu'elles suscitent, mais déjà le fait que n'importe quel individu se sente obligé actuellement de se comporter en « cyber-indic Â», ou en « techno-délateur Â», même et surtout quand il s'agit de s'opposer au retour des « z-heures les plus sombres de notre histoire Â» (TM°) et de combattre le « fâchiiisme Â», le tout de manière modeste, à savoir anonymement bien sûr, cela en dit long sur l'état de délabrement de notre société où tout le monde trouve normal l'abandon de tout ou partie de notre intimité.

J'ai d'ailleurs toujours trouvé ironique que ces « cyber-indics Â» antifascistes se comportent toujours au bout du compte comme les miliciens des « ordres noirs Â» qu'ils prétendent dénoncer pourtant par ailleurs à grands cris.

La moindre contradiction est assimilé au nazisme, à Vichy, à Poujade, ou à l'OAS car ces commissaires politiques électroniques ne vivent pas en 2012 mais sont toujours dans l'immédiat après-guerre de 39-45, l'Occupation, la Résistance, la Collaboration sont ressassés à satiété encore et encore.

A force de crier « au loup Â», quand celui-ci viendra pour de bon, ils ne le verront pas pointer le bout de son museau...

Plus de blagues gauloises, on t'accusera de sexisme, plus de second degré possible, la transparence sur tout, et bien sûr, de l'« extimité Â» à haute dose.

Évidemment que cette phrase est là pour plaire aux électeurs UMP les plus à droite, et à ceux qui sont tentés par le vote Marine le Pen, si elle arrive à recueillir ses cinq-cent signatures.

Donc Guéant a dit que « toutes les civilisations ne se valent pas Â».

Ce qui est vrai dans l'absolu.

Est-ce à dire pour autant que notre société est meilleure que les autres ?

C'est toute la question. Même si celle-ci, où la seule vraie valeur, sans que ce ne soit vraiment dit, c'est l'argent, vit une crise de sens sans précédent, même si le consumérisme domine et si la précarité menace, nous disposons au moins de plus de libertés que dans la plupart des autres pays.

La plupart des gens n'en ont aucunement conscience il est vrai, chipotant sur la démocratie et sur leurs droits, râlant sur les décisions des responsables politiques mais ne se déplaçant pas pour voter ou ne s'engageant pas d'un iota pour que les choses changent.

Il y a d'ailleurs un paradoxe, car on ne comprend pas pourquoi les « indignators Â» du web mais pas seulement se réjouissent alors des « printemps arabes Â» (qui ont débouché sur une mainmise islamiste ou salafiste sur tout le Proche et Moyen Orient), des mouvements des « indignés Â» ? Car si toutes les civilisations se valent, on ne voit pas pourquoi l'on se choquerait de celles où les droits de l'homme ne sont qu'une chimère.

Si ce n'est pas dans leurs traditions, en quoi cela serait-il négatif ?

Se réjouir des « printemps arabes Â», n'est-ce pas finalement une forme de néo-colonialisme si on suit le raisonnement de ceux qui pensent que toutes les civilisations se valent, car au nom de quoi se réjouit-on que ces populations adoptent des valeurs qui ne sont pas traditionnellement et ontologiquement les leurs ?

En parlant de « néo-colonialisme Â», je me souviens de ce volontaire faisant partie d'une O.N.G témoignant de son travail en Afrique qui racontait sa participation à la construction d'un puits au centre d'un village. Cela partait d'une bonne intention bien sûr, mais il n'avait pas tenu compte, raisonnant en bon occidental au fond, du fait que cela ne gênait pas les femmes de faire quelques centaines de mètres pour aller puiser de l'eau car c'était pour elles le seul moment où elles échappaient à la tutelle des hommes, très forte dans leur village.

Allons plus loin, autorisons certaines cultures à revenir aux pratiques anthropophages voire et pourquoi pas au retour des sacrifices humains ? Si tout se vaut, en quoi serait-ce mal de les interdire ?

Si les personnes suivant ce raisonnement qui veut que toutes les sociétés se valent allaient jusqu'au bout de leurs opinions, elles seraient toutes finalement dans un parti protégeant mieux les spécificités culturelles françaises. Au fond leur « anti-fââchiisme Â» n'est pas logique...

Bien sûr, la provocation du ministre de l'intérieur, qui est une sorte de réincarnation de Fouché, a provoqué les réactions indignées et courroucées habituelles des « indignators Â» professionnels dans l'esprit desquels un « tag Â» vaut un Matisse, Proust, Christine Angot ; un « Marc Dorcel Â», Georges Bataille ; et un « slam Â» de « Grand Corps malade Â» un poème de Rimbaud et Alexandre Dumas, Marc Lévy, et le moindre « nanar Â», maintenant le « nanar Â» est à la mode, est autant porté aux nues qu'un Kubrick.

Ce relativisme absolu et bien ancré dans la hiérarchisation des créations artistiques, cinématographiques ou littéraires, il provient directement du consumérisme, et des rayons des grandes surfaces de la culture.

Bien sûr, ceux qui le pratiquent n'ont généralement pas lu Proust, Rimbaud, ni Bataille ou Alexandre Dumas, n'ont jamais vu une toile de Matisse. Le relativisme dans la hiérarchisation des œuvres d'art leur permet surtout de camoufler leur inculture.


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