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Province et Paris, pourquoi tant de haine ?

Publié le 15 février 2012 par Amaurywat

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Il y a quelques jours, un couple mûr de ma connaissance m'a raconté l'anecdote suivante que je certifie authentique.

toile de Gustave Caillebotte prise ici

Rue-de-Paris--Gustave-Caillebotte.jpgComme ils sont originaires de Paris, il avaient mis sur leur plaque d'immatriculation le blason du 75.

Grossière erreur dans le département où ils vivent !

Sur une route prêt d'un centre commercial non loin de Rouen, leur voiture s'est déportée juste un peu sur la gauche, ce qui a fait que l'automobiliste derrière qui voulait doubler (sur une ligne continue) s'est mis à les klaxonner à qui mieux mieux tout en ouvrant sa fenêtre et en les accablant d'injures qui dénotait chez lui une haine de Paris et des parisiens.

Il ne s'est pas arrêté là, il les a poursuivi sur plusieurs kilomètres, en les « collant », jusqu'au parking du centre commercial où heureusement ils ne les a pas retrouvés.

Ce couple a eu peur, pourtant ils roulent plus à un « train de sénateur » que comme Fangio.

Et pourtant, bien sûr, de peur de tomber sur un autre dingue parisianophobe ils ont retiré le blason parisien.

Pourquoi tant de haine ?

Les parisiens ont-ils donc tous les défauts qu'on leur prête et plus encore ?

Alors certes, à lire « Dessine moi un parisien » d'Olivier Magny, d'après son blog, paru chez 10:18, ils en ont beaucoup mais ils sont aussi capables d'une chose qui compense, à savoir d'auto-dérision, car Olivier Magny est parisien, et moi qui le suis également en lisant son livre j'ai souvent ri aux éclats.

Et pourtant j'aime Paris et j'aime être parisien, le moment le plus dur quand j'y suis c'est quand je reprend le train.

Beaucoup de provinciaux qui liront ce livre, par contre, je ne suis pas sûr que tous le prennent au second degré comme il convient. Pour eux, ce ne sera que le juste reflet de la réalité, de ces méchants parisiens tellement sûrs d'eux qui viennent de la Grande ville toujours perçue comme une Babylone corruptrice, car au fond, l'anonymat, qui protège des ragots de province, permet une liberté de mouvements qui encore maintenant fait très peur à certains.

Se conduire librement ou selon son cœur, entraine un certain inconfort social dans les endroits où le commérage est roi. Dans beaucoup d'endroits où il règne en maître on préfère faire semblant et hurler avec les loups, ne surtout pas parler de l'ostracisation qu'y subit celui qui est étranger ou simplement différent des autres.

Il y a provincial et provincial de toutes façons, la province est multiple, et très différente que l'on soit à Lille et dans sa banlieue ou à Nice, ou dans le centre. Il y a des provinces très ouvertes, généralement quand ce sont des régions brassant des populations, et d'autres beaucoup moins accueillantes, où Paris ça commence à la sortie du village.

Mais partout revient le même refrain, la même détestation et l'activité principale semble être la « chasse aux parisiens », ceux qui « sont pas du coin », qui « se cachent », mais auxquels on vendra quand même sa camelote au marché.

Et l'on peut dire que finalement le « bobo » qui envahit Paris et le colonise, ce qui entraine, comme le souligne Olivier Magny la provincialisation lente de la capitale, est aussi un provincial.

image ci-dessous prise ici

15TrocaderoDscn3476.jpgLe « bobo » n'aime pas que l'on se fasse remarquer, il aime bien que l'on se fonde chacun dans sa communauté et ainsi « les vaches seront bien gardées », finalement il a encore collé au cerveau la boue que ses ancêtres avaient à leurs sabots. Il a encore l'esprit de clocher, toute personne qui n'est pas de son clocher est à bannir.

C'en est un monté en graine, petit bourgeois qui vient souvent de banlieues aisées ou de provinces, ayant les moyens de vivre à Paris, et qui du coup croit avoir surmonté ses complexes concernant les parisiens.

En revêtant la panoplie du « bobo » : mèche, chaussures bateau, barbe de trois jours, il s'imagine être devenu un vrai parisien, modèle déposé, alors qu'il n'a sur Paris qu'un point de vue stéréotypé : deux doigts de Doisneau, un peu d'Amélie Poulain en nappage, un zeste d'Audiard (il ne connait qu'Audiard, il ignore généralement Antoine Blondin, Albert Simonin, Marcel Aymé ou Boudard) dans le meilleur des cas, un « poulbot » de Montmartre dans ses toilettes, ça lui suffit.

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