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La mort de Félicien Marceau

Publié le 07 mars 2012 par Lauravanelcoytte

 

Par La mort de Félicien MarceauNicolas d'Estienne d'Orves Mis à jour le 07/03/2012 à 14:26 | publié le 07/03/2012 à 14:19 L'académicien Félicien Marceau, photographié à l'institut de France à Paris en 2003.
L'académicien Félicien Marceau, photographié à l'institut de France à Paris en 2003. Crédits photo : JEAN-PIERRE MULLER/AFP   Le romancier et ancien doyen de l'Académie française, s'est éteint le 7 mars à l'âge de 98 ans. Retour sur l'histoire d'un homme de lettres passionné par Balzac et Dostoïevski.

Né à Cortenberg en 1913, c'est sous la nationalité belge que Louis Carette passe les 40 premières années de sa vie. Après une jeunesse heureuse entre un collège religieux et la faculté de droit de Louvain, il entre en 1937 à la Radiodiffusion belge. Il conservera ce poste jusqu'en 1942, pour y finir directeur des actualités. À la Libération, les reproches fuseront de toutes parts et le jeune journaliste se verra contraint de s'exiler. C'est pourtant en Belgique qu'il fait ses premières armes littéraires. Après y avoir fondé une maison d'édition, il publie successivement deux romans Le Péché de complication (1942) et Cadavre exquis (1943) ainsi qu'un essai sur la littérature de l'entre-deux-guerres, Naissance de Minerve.

Il gagne ensuite l'Italie, où il devient bibliothécaire du Vatican ; puis il rejoint enfin la France. Commence alors sa véritable carrière. Celui qui se nomme désormais Félicien Marceau se lie bien vite d'amitié avec les futurs Hussards et collabore aux journaux Arts et La Parisienne. En 1948 paraît le roman Chasseneuil suivi d'un volume de nouvelles En de secrètes noces (1953). Mais c'est avec Les Élans du cœur qu'il obtient en 1955 le prix Interallié et les faveurs du grand public. Il s'inscrit d'emblée dans la noble tradition romanesque. Son souci du détail, de la vérité, mais aussi sa profonde liberté de ton, d'imagination et d'esprit en font un digne successeur des grandes plumes du siècle précédent. Pol Vandromme dira de lui: «À l'entrée de son œuvre, Félicien Marceau a placé un écriteau: ici l'on prescrit le romantisme.»

Car romantique, Marceau le fut. Mais pas à la manière de Walter Scott. Il préférait le cynisme social aux épopées gothiques. Il préférait Balzac. Il publie en 1955 l'une de ses œuvres majeures, celle qui lui a sans doute coûté le plus de temps et d'ardeur, celle où il a dû faire abstraction de son écriture sarcastique pour servir la prose d'un maître: Balzac et son monde. Il trouve dans La Comédie humaine les principales trajectoires du monde contemporain. Le monument balzacien devient un miroir des âmes de tout temps. «Balzac et Dostoïevski peuvent nous apprendre plus que des articles de journaux ou un débat à la télévision», car «le roman est fait pour apporter une lumière qui éclaire le monde et qui reste lumineuse pour toute actualité».

Dénoncer le «système»

L'année 1956 est celle qui va marquer l'incursion de Félicien Marceau dans un univers qui aiguise sa virulence: le théâtre. Le succès de L'Œuf à l'Atelier est retentissant. La Bonne Soupe suivra de peu et toutes deux seront l'objet d'une adaptation cinématographique.

Il devient ainsi l'un des plus illustres auteurs de «boulevard» (mais du meilleur) avec des pièces aux «mécanismes dramatiques astucieux et féroces» (François Nourissie»). Il y décrit généralement l'existence d'un individu en but à la société, peu à peu enferré, coincé, cloîtré, comme en un «œuf», qui devient victime d'un monde dont il profitait. «Tous mes livres», explique Félicien Marceau, «sont la longue offensive contre ce que j'ai appelé dans L'Œuf “le système”. C'est-à-dire le signalement qu'on nous donne de la vie et des hommes. Ces lieux communs sont plus dangereux que le mensonge, parce qu'ils ont un fond de vérité, mais qu'ils deviennent mensonge lorsqu'on en fait une vérité absolue.»

L'individu en proie au terrorisme intellectuel d'un monde sans âme, voilà son credo. L'homme doit être un franc-tireur, prendre le maquis de la pensée courante et bâtir sa propre vérité. C'est pourquoi Marceau aime les personnages interlopes, mystérieux. Il aime les contrebandiers, les voleurs, les prostituées ; ceux qui vivent une vie de roman dans un monde qui ne l'est pourtant guère. D'où sa fascination pour Casanova à qui il consacrera deux ouvrages: Casanova ou l'anti-Don Juan en 1949 puis Une insolente liberté en 1983.

Fidèle à ses principes

Son roman Creezylui vaut le Goncourt en 1969 ; en 1974, il reçoit le prix Prince Pierre de Monaco et sa course aux honneurs s'achève l'année suivante, dans un fauteuil laissé vacant par Marcel Achard, sous la plus illustre des coupoles. Cette élection n'est pas sans remuer des souvenirs. Pierre Emmanuel démissionne de l'Académie et Marceau le renvoie à son livre de souvenirs. Les Années courtes (1968), dans lequel il a fait le jour sur les engagements de sa jeunesse. Le scandale est bien vite émoussé et l'écrivain peut continuer sa vie de romancier, tenant de temps à autre une chronique au Figaro, offrant régulièrement un nouveau texte, abordant tous les genres et tous les styles, en restant cependant fidèle à ses principes: «Pour le romancier, la réalité n'est qu'un point de départ à partir de quoi il nous propose (…) une autre vie.»

Cet amoureux du mot et de ses sortilèges laisse planer sur son absence l'ombre d'une œuvre riche et sarcastique, qui sut unir les fastes d'un Balzac aux irrévérences d'un La Bruyère.

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La mort de Félicien Marceau
Nicolas d'Estienne d'Orves http://www.lefigaro.fr/culture/2012/03/07/03004-20120307A...

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