Magazine Humeur

Les « gens simples » et le vote FN

Publié le 01 mai 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

Aussi sur Agoravox

 C'est aussi une réponse à cet article de Galaad Wilgos sur Antidoxe

Depuis le premier tour, au sujet des électeurs ayant voté Marine Le Pen, il est de bon ton d'évoquer le vote des « gens simples », parfois le « vote prolo », ou d'autres vocables, après avoir parlé des « français qui souffrent » le soir des résultats.

image tirée d'un film de Renoir (Toni) prise ici

Toni_Jean+Renoir.jpg
C'est un fait entendu, le vote FN est et demeure un vote protestataire aux yeux de la plupart des commentateurs distingués qui n'ont rien compris, un vote pour râler, un vote irresponsable.

On parle aussi d'« électorat rural » mécontent, la plupart du temps il est souligné qu'ils n'ont aucune raison d'avoir peur de l'immigration, de l'Islam ou des incivilités. En gros, on ne le dit pas trop, mais cela revient au même, ce sont d'affreux « péquenots » arriérés qui ne savent pas ce qu'ils font, qui sont incultes et irréfléchis, des brebis perdues, égarées sous des cieux mauvais.

C'est quand même un vote « protestataire » qui dure depuis déjà quelques décennies le vote FN, mais rien n'y fait.

Au départ c'était simple, le chef de ce parti et ses séides avaient les têtes de l'emploi, Mégret aurait aisément pu jouer les ministres de la propagande de sinistre mémoire et on se rappelle de Carl Lang, grand, blond, et le passé qui va avec, pour faire peur, et servir efficacement d'« épouvantail utile ». Cela fonctionnait encore plus ou moins, les électeurs FN ayant encore un peu honte de dire leur véritable intention avant le premier tour aux sondeurs.

De plus, c'était un argument pour ne pas entendre la colère des électeurs votant pour le Pen, ne pas voir les problèmes posés par une immigration massive, et l'Islam, abandonné pour le financement des lieux de cultes à des financiers saoudiens, marocains ou algériens issus des milieux fondamentalistes, et qui ne sont pas vraiment prêts à partager les valeurs de la République.

Il aurait fallu que ce soit les dirigeants des quarante dernières années qui aident au développement d'un Islam de France, réellement plus inséré dans la cité. Maintenant, il est un peu tard et le CFCM, créé de manière surtout opportuniste arrive trop tard car le mal est fait, les radicaux dominent.

Une initiative sympathique a attiré pour toutes ces raison très peu de monde et a très vite été parasitée par des musulmans fondamentalistes.

Les mécontents étaient regroupés dans leur vote désigné comme émotif et irréfléchi, et ainsi ils laissaient le champ libre sur tout le reste. Maintenant, derrière la fille du vieux chef, « soldat perdu » d'Algérie, une femme divorcée, indifférente face aux questions morales traditionnelles, il y a d'anciens chevènementistes, au fond logiques, (ce que font les autres), quelques personnalités situées auparavant à gauche, et même un énarque ou deux.

Ce qui brouille sacrément la grille d'analyse.

Enfin, j'ai pour ma part horreur de ces appellations, « gens simples », « vote prolo », car elles témoignent le plus souvent, pas toujours, d'un souverain mépris de petits bourgeois des classes intermédiaires ou supérieures pour ceux qui n'ont pas bénéficié de ce qu'ils s'imaginent être une formation intellectuelle et culturelle beaucoup plus conséquente.

Ce n'est rien d'autre que du mépris de classe plus ou moins déguisé.

Qualifier ces électeurs de « gens simples », donc sous-entendu simplets, vient principalement d'une seule considération.

Depuis « Mai 68 » et dans une moindre mesure, après le CNR en 45 en France la gauche, en particulier cette « gauche morale », qui va de Mélenchon à Julien Dray, s'estime la seule dépositaire en politique de la morale politique française, et donc du Bien politique avec un grand « B », les autres partis étant considérés comme immoraux ou héritiers déguisés de Pétain voire pire, nostalgiques des z-heures les plus sombres de notre histoire (TM°) si jamais il osent ne serait-ce qu'élever un tout petit peu la voix face à la doxa imposée par ce « Bien ». Les tenants de ce « Bien » en sont intimement persuadés, ils ont un « destin », qui implique qu'ils sont là pour guider le peuple vers le bonheur universel.

C'est d'ailleurs cette conviction qui leur permet de justifier les privilèges petits ou grands dont ils disposent parfois ou leurs copinages divers et variés.

Les politiques de la droite représentée au parlement, les commentateurs ou auteurs qui en font partie, en sont également persuadés et ont encore mauvaise conscience et quelques complexes d'infériorité morale à affirmer courageusement leurs idées, même sur ce site pourtant très à droite. Pour eux seule la gauche est plus morale qu'eux, d'où « l'ouverture » de Sarkozy à des personnalités de la société civile, de gauche, en somme par complexe d'infériorité.

Complexe qui l'a empêché d'appliquer réellement la politique pour laquelle ces électeurs avaient voté pour lui en 2007.

D'ailleurs cela n'a pas loupé, après les résultats du premier tour, la « gauche morale », considérant la « droitisation » de la campagne a tout de suite évoqué Pétain, Vichy et tout le saint frusquin.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Amaury Watremez 23220 partages Voir son blog

Magazine