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L’ennemi intime de Sonia Rykiel

Publié le 04 mai 2012 par Lauravanelcoytte

Elle ne l’appelle plus que « P de P » (Putain de Parkinson) et doit vivre avec depuis quinze ans, en observer les atteintes progressives, s’y résigner. Et se cacher. Cette icône de la mode, reconnaissable à sa chevelure rousse et flamboyante, ne veut plus apparaître en public.


Une vieille connaissance, ce Parkinson. Cet hypnotiseur imprévisible a défait sa mère et s’attaque à elle, maintenant. « Corps à corps d’une femme avec elle-même », écrit Judith Perrignon, au terme de longs entretiens, intermittents, avec cette créatrice de mode dont les fils se défont peu à peu. En silence et loin du regard des autres.

Judith Perrignon et Sonia Rykiel n’ont rien en commun. Elles n’arrivent pas du même monde. Mais la journaliste a déjà signé un livre magnifique et intimiste avec Gérard Garouste, L’Intranquille, où le peintre révélait les affres et les ravages de sa psychose maniaco-dépressive.

Dans son récit en pointillés, sobre et respectueux, Judith Perrignon raconte, par petites touches, l’histoire de cette femme qui a inversé le cours de son destin, en s’émancipant d’un mariage qui la confinait dans une vie de femme au foyer. Avec une énergie intérieure, longtemps inexploitée, qui remontait à l’enfance et à sa singularité de rousse.

Un livre « pour vivre » et « accepter »

Sonia Rykiel a commencé par dessiner des robes pour elle, avant d’inventer le fameux petit pull qui fera sa gloire et sa fortune. Son nom brillera depuis Saint-Germain des Prés qui fait les modes et les réputations. Adulée, enviée, cette insomniaque en quête de perfection qui se définit comme « un travailleur de force, une personne fragile qui ne supporte pas les critiques, qui joue tout le temps, qui veut la première place » et jouit intensément de la vie, va être torpillée par un ennemi intime, sournois, tapi dans son corps. Parkinson dont elle aimerait presque la sonorité poétique : « Parkinson… c’est un mot très noble, c’est comme un château, un grand vin, une fleur rare… »

Discrète et sensible, avec intelligence, à la bonne distance, Judith Perrignon s’immisce entre cette femme, aux vérités aléatoires, aux confidences incomplètes, arrangées, et le personnage dont le nom est accroché au firmament de la réussite. « Le P de P a chassé l’idée qu’elle se faisait d’elle-même. Il a détruit un par un ses mensonges, ses ruses, ses rôles. » Dans ce combat, Sonia Rykiel ne manque pas de dignité : « Pourquoi ce livre ? Pour vivre. Accepter. Faire accepter. Comprendre. »

N’oubliez pas que je joue, de Sonia Rykiel – Judith Perrignon, Éditions de L’Iconoclaste, 146 p., 14,80 €.

 

Jean-Claude Raspiengeas

http://www.la-croix.com/Debats/Opinions/Chroniques/L-enne...

Je précise que cette article n'est pas de moi (lien vers la page citée et si possible son auteur)mais que je suis auteure et que vous pouvez commander mes livres en cliquant sur les 11 bannières de ce blog


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