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Le Podcast Edito - L’attentat meurtrier de Beyrouth signe un triple échec

Publié le 21 octobre 2012 par Podcastjournal @Podcast_Journal
Le premier échec vise tout d’abord les autorités libanaises: la politique de "distanciation du Liban vis-à-vis du conflit syrien", carte de visite internationale du premier Ministre Najib Mikati, est d’autant moins crédible que la coalition gouvernementale repose sur une alliance explicite avec le Hezbollah, un indéfectible allié de Damas. Wissam El-Hassan, rappelons-le, fut cet été le principal artisan de l’arrestation spectaculaire et de l’inculpation avec des preuves accablantes, de l’ancien ministre libanais de l’information Michel Samaha. Disposant d’un bureau au sein même du palais présidentiel syrien, Michel Samaha, estime-t-on à Beyrouth, fut lâché par Paris après avoir joué les émissaires entre le premier cercle de Nicolas Sarkozy et Bachar El-Assad permettant la réception du président syrien le 14 juillet 2008 sur les Champs-Élysées. Depuis l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005, l’officier se savait déjà menacé et multipliait les déplacements à l’étranger (voir notre édito à ce sujet). La fulgurance dans l’organisation de cet attentat, moins de 24 heures après son retour de Paris et son passage par l’aéroport de Beyrouth contrôlé par le Hezbollah, trahit une intense mobilisation de certains des services libanais de sécurité acquis à la cause syrienne et tenus par surcroît par la milice chiite.

Outre l’urgence d’un second aéroport échappant à la mainmise du Parti de Dieu, le gouvernement libanais devrait démissionner afin, osera-t-on dire dans des circonstances aussi tragiques, de laisser le crime entièrement s’accomplir : au nom d’une apparente stabilité du pays, le premier ministre du Liban ne peut plus, d’un côté, servir unilatéralement les intérêts du Hezbollah en laissant celui-ci agir en toute impunité, et, d’un autre, ignorer les revendications légitimes de l’opposition du 14 mars souhaitant rompre avec Damas. Les missiles du Hezbollah sont dans la Bekaa et les victimes sont du quartier chrétien, pour plagier une célèbre formule mitterrandienne prononcée devant le Bundestag. Le second échec concerne la responsabilité de la communauté internationale en Syrie: favorisé par Moscou et Pékin, le maintien de Bachar El-Assad a simultanément permis cet assassinat, assuré une vengeance syrienne de l’affaire Samaha et relancé le funeste espoir syrien d’un chaos libanais destiné à faire diversion (voir notre édito à ce sujet). A ce titre, la rencontre samedi à Damas, entre l'émissaire international de l’ONU Lakhdar Brahimi et le chef de la diplomatie syrienne avec l'objectif d'obtenir un cessez-le-feu pour la fête musulmane de l'Adha, a quelque chose de pitoyable. Il faut pourtant en finir avec ce déni : les risques d’une implantation jihadiste en Syrie sont la conséquence même des tergiversations occidentales qui autorisent la poursuite de la répression par le régime et non sa cause. A force d’aveuglement sur la véritable nature du pouvoir politique au Liban depuis la chute de Saad Hariri -réfugié en France pour sa sécurité faut-il le rappeler-, le vacuum sécuritaire où se trouve désormais la communauté sunnite va certainement susciter des vocations en provenance de "généreux pays donateurs". Et il ne s’agira pas seulement d’une manne financière pour les banlieues.

Cet attentat signe enfin un échec français et européen. La France ne doit plus se laisser abuser par le vernis des visiteurs libanais venus assurer l’Élysée et le Quai d’Orsay qu’ils sont les meilleurs garants contre la déstabilisation. Après les exactions qui discréditent l’armée libanaise et malgré les gages donnés par Beyrouth sur le financement du Tribunal Spécial pour le Liban, toujours à la recherche de plusieurs suspects, membres de la milice pro-iranienne mais protégés par celle-ci, l’attentat de la Place Sassine emporte la conviction d’une incurie de l’État libanais devenu à la fois l’otage et le paravent du Hezbollah. Aux diplomaties européennes d’en tirer toutes les leçons.

A entendre les déclarations lénifiantes de François Hollande appelant "le Liban à se protéger", on finira par regretter l’activisme d’un Jacques Chirac obtenant à force d’obstination et de courage, l’expulsion des forces syriennes du Liban après le meurtre de Rafic Hariri en 2005. Souvent trop soucieuse d’éviter quelques manifestations bruyantes devant la Chancellerie ou aux alentours de la résidence des Pins de Beyrouth, la politique étrangère française doit elle aussi forcer le destin du Liban.

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