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Renaissances

Publié le 12 janvier 2014 par Perce-Neige

RenaissancesLe fait est qu’au volant Violaine Parmentier se comportait souvent de manière tout à fait extravagante, au point, même, parfois, de superbement ignorer la présence d’un simple panneau de signalisation et tout en refusant, évidemment, bravache, à l’adresse de Julien, d’admettre, une seule seconde, qu’elle conduisait régulièrement un tantinet trop vite. Un tantinet trop vite ? Particulièrement, oui, quand son téléphone portable se mettait à sonner, à toute volée, dissimulé quelque part dans son sac à main, sans doute largué une bonne demi heure plus tôt, en sortant du parking, bon Dieu, noyé dans tout ce bazar à moitié en vrac sur la banquette arrière... B’jamin, t’peux m’aider, s’te plait ? Et aussi, précisément ce jour là, juste au moment  où, à l’autre extrémité du réseau ou, du moins, brièvement en symbiose avec une palanquée d’ondes électromagnétiques qui convergeaient à toutes pompes vers le bitume de la bretelle autoroutière où la Toyota, quasi flambant neuve, semblait soudain se précipiter, l’adjudant chef Paul Duchemin lui-même s’apprêtait déjà à cracher le morceau, trop heureux de pouvoir enfin se soulager la bile sur l’un, ou l’autre, des deux parents du jeune connard de fils de pute, que la brigade venait à point nommé de coincer dans un couloir de métro, et ce n’était pas trop tôt, en compagnie d’une dizaine de lascars du même acabit, manifestement occupés à s’échanger diverses doses de camelote et, ce, sans le moindre complexe. Le fait est que Violaine Parmentier, naturellement, comme la plupart de ses contemporains, ne croyait, alors, pas une seconde pouvoir, par la seule puissance des forces de l’esprit, parvenir à se transporter instantanément dans le bureau blafard d’un commissariat de quartier, histoire de salement sermonner son insupportable dadais qu’il convenait toutefois de rassurer encore une fois, en le serrant plaisamment contre sa poitrine, mais avant de le courroucer et de l’asticoter comme il se doit, sous l’œil narquois et pépère de plusieurs représentants de la force publique, pas mécontents dans le fond de profiter d’un tel divertissement. Et le fait est que Violaine Parmentier, la même, quelles qu’en soient, hélas, les lamentables conséquences, ne s’attendait nullement à ce qu’un trente cinq tonnes carburant au diesel et propulsant sa cargaison pleurnichante de future cochonnaille à près de quatre vingt dix kilomètres à l’heure au compteur, réussisse, sans trop de difficulté, à notablement s’amplifier la mécanique quitte à soudain terroriser les cylindres surchauffés en affolant, au passage, la résistance incroyable des essieux, pour obliquer brusquement vers la gauche, sans même songer le moins du monde à clignoter, juste histoire de rejoindre au plus vite la nationale que l’on apercevait, à peine, émergeant fugitivement d’un rideau de pluie cataclysmique et agrémentée d’improbables bourrasques dans le feuillage ridicule des arbres, semant même la zizanie jusque dans les troupeaux de ruminants errants au gré de prairies détrempées, et au plus profond des chemins boueux dissimulés dans le paysage. Sans compter que, de l’autre côté, aux abords du carrefour tétanisé de véhicules, tous plus ou moins immobilisés derrière un tracteur manœuvrant à l’arraché sa remorque pleine de foin, constellé d’une myriade de gigantesques publicités, le paysage annonçait l’inévitable proximité d’obscènes entrepôts regorgeant de marchandises, et bordant l’astucieuse juxtaposition de parkings et de FoireFouilles, attestant aussi, par parenthèse, de l’implantation récente d’un hypermarché savamment orchestré et astucieusement quadrillé de galeries commerciales subtilement sonorisées, et qu’abritaient, à tous les étages, d’interminables étalages de canapés convertibles, et de matelas perpétuellement soldés, et de salons en skaï dernier cri, et de machines à laver en promotion, et turbines à s’offrir des eskimos en plein hiver, et panoplies complètes de VTT, sportwears à l’unisson, et bonnes affaires sur les survets, pizzas surgelées et pop corn pour trois fois rien. Le fait est que Violaine Parmentier s’inquiétait brusquement de l’assombrissement vertigineux du ciel, et du fait qu’on n’y voyait déjà presque plus rien à vingt mètres, j’hallucine, et franchement se désespérait complètement le tempérament de s’être, pour le coup, méchamment emmêlée les pinceaux sur le tuner de l’autoradio, libérant illico soixante dix décibels de vocalises soprano en ut bémol majeur quand elle pensait, pourtant, avoir explicitement opté, Get No, pour une resucée des Stones, et Mick Jagger en boucle, et jusqu’à la fin des temps. Ou presque… Nous en sommes là.

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