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Normand de souche

Publié le 08 février 2014 par Rolandbosquet

normand

   Saint-Exupéry écrivait que chaque homme est du pays de son enfance. C’est pourquoi je me suis toujours senti Normand. Mon père et ma mère étant Normands, mes grands-parents l’étant eux aussi ainsi que leurs parents, j’ai toujours pensé être Normand de souche. Je ne tire aucune gloire de la chose ni, pour tout dire, aucune fierté particulière sinon celle de faire partie d’une communauté hardie et industrieuse. Mais la question se pose aujourd’hui pour tout un chacun. Suis-je, oui ou non, Normand d’origine ? La réponse est évidente : peut-être bien que oui et peut-être bien que non. La Normandie, comme beaucoup de régions françaises, a connu de nombreux métissages de populations et les Normands d’aujourd’hui ne descendent pas tous des fameux Vikings. Lorsqu’ils sautent de leurs drakkars pour s’implanter dans l’actuelle Normandie, ceux-ci s’insèrent tout naturellement au milieu des paysans du lieu et y créent une postérité.  Cent cinquante ans plus tard, Guillaume le Bâtard quitte sa bonne ville de Falaise, abandonne Mathilde à sa tapisserie et part à la conquête du royaume d’Angleterre. Après sa victoire à Hastings, près de quarante mille de ses sujets s’installent peu ou prou de l’autre côté du Channel. Ils y négocient des alliances et contractent des mariages avec les autochtones. Ceux-ci descendent des Danois et des Norvégiens qui  avaient envahi la région au huitième siècle et des Angles et des Saxons quatre siècles avant eux. Les allers et retours entre la Normandie et l’Angleterre se multiplient si bien que mes ancêtres pourraient tout à fait être issus de quelque riche famille saxonne du Kent ou de fermiers Danois du Sussex. Or, cinq cents ans avant les Angles et les Saxons, la peuplade celtique des Belges avait non seulement colonisé les côtes de la mer de la Manche depuis l’estuaire de la Seine jusqu’à celui du Rhin mais également le sud-est de la grande ile des Bretons. Après avoir résisté aux légions de Jules César, ils avaient dû s’incliner comme on l’a vu devant les envahisseurs nordiques. Mais ils surent traiter avec  eux des alliances commerciales et matrimoniales fructueuses. Mes ancêtres pourraient donc aussi être d’origine Belge. Cependant, la moitié des porteurs du même patronyme que le mien vivent encore aujourd’hui dans le Cotentin. Il devient alors beaucoup plus vraisemblable que mes racines puissent remonter aux tribus celtes locales, les Unelles, les Abrincates, les Bajocasses ou autres Viducasses partis du centre de l’Europe huit cents ans plus tôt. Mais en arrivant au milieu des verts pâturages que nous connaissons, ces derniers ont trouvé les descendants de Cro-Magnon déjà bien implantés  depuis le néolithique. Mes lointains parents pouvaient donc également faire partie de ces premiers colons. Ne souffrant pour l’heure ni de diabète ni de la maladie de Crohn, une filiation par une hypothétique lignée issue d’une liaison entre un homo sapiens du paléolithique supérieur et une néandertalienne est peu probable. Ainsi, sauf preuve du contraire que pourrait produire une éventuelle étude de mes chromosomes, il est donc tout à fait possible que je ne sois tout compte fait qu’un Cro-Magnon de souche. Ce qui repousse toute vaine polémique  sur mes origines dans les limbes du dérisoire. Mais n’aide hélas en rien le reste du monde à tourner moins de travers.

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