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La Commune au travail, partie 2 (Commune 18/24)

Publié le 09 février 2014 par Deklo

Ai Weiwei - Straight, 2013

La Commune au travail, partie 2 (Commune 18/24)

Précédemment, on a commencé à voir les mesures prises par la Commune ...

Noter d'abord le décret de la Commune le plus significatif en ce qui concerne les femmes : Les veuves des " citoyens morts pour la défense des droits du peuple ", ainsi que les enfants " reconnus ou non ", reçoivent une pension de la Commune. Plus tard, une note de la mairie du IIIe précisera " les femmes, légitimes ou non ". Arthur Arnould verra ce décret comme une " des plus grandes audaces de la Commune ", un pas déterminé pour " l'affranchissement de la femme ", qui élève celle-ci " au rang de l'homme, en la mettant, aux yeux de la loi et des mœurs, sur un pied d'égalité civile absolue avec l'homme "... En reconnaissant l'Union libre, la Commune, selon lui, portait " un coup mortel à l'institution religioso-monarchique du mariage ", et défendait la vision d'une union où " les droits comme les devoirs doivent être réciproques et égaux ". La femme n'est plus " séduite " par l'homme, " faible " face à lui, mais " libre " et " responsable ". Remarquer qu'il faudra attendre l'an 2000 pour que la France, suite à une condamnation de la Cour européenne des droits de l'homme, modifie sa législation afin que soient accordés " aux enfants adultérins des droits identiques aux enfants légitimes dans le cadre du règlement des successions ". Noter que ces idées circulent à l'époque... On retrouve, dans le compte-rendu d'une réunion publique, la dénonciation des familles " fondée sur la domination d'un chef " et la défense d'une association ou époux et épouse sont égaux.

Si les femmes, exclues du vote, ne seront pas élues à la Commune, certaines participent à ce que Jaurès appellera, à raison, des " sous-commissions ", notamment sur la question de l'enseignement. André Léo, par exemple, sera nommée à la commission qui organise et surveille l'enseignement dans les écoles de filles...

le Comité central de l'Union des femmes pour la Défense de Paris et les soins aux blessés est constitué, qui s'occupe des ambulances, de l'action sur les barricades..., mais aussi de l'organisation du travail : " l'Union propose une organisation du travail à caractère socialiste par la création d'associations productives libres censées ainsi créer des nouveaux rapports sociaux "... Noter que cette union lancera un manifeste qui appelle les femmes à lutter en donnant " comme leurs frères leur sang et leur vie pour la défense et le triomphe de la Commune, c'est-à-dire du Peuple ! "...

Sur la barricade de la place Blanche, par exemple, " plus de cent femmes " , cent vingt précisent certains, tiendront les Versaillais " en respect pendant quatre heures "... Sur la barricade de la rue du Château d'eau, des bataillons de femmes viendront remplacer les gardes nationaux et se " battre admirablement "...

En ce qui concerne l'enseignement, le comité " surveille l'enseignement du dessin et du modelage dans les écoles primaires et professionnelles communales ". Les études des sujets " chez lesquels se révèle un génie supérieur " seront complétées " aux frais de la Commune ".

Paris-Journal On a vu les nombreuses déclarations en faveur de la liberté absolue de la presse qu'ont faites les Communeux et la dénonciation indignée de la censure de titres par le gouvernement. La Commune a plusieurs fois déploré les attaques des journaux d'opposition. Noter dès le 22 mars, le Comité central menaçait la " presse réactionnaire " qui, selon lui, a " recours au mensonge et à la calomnie ". Le 24 mars, les membres du Comité insistent et déplorent " les calomnies les plus absurdes " d'une " partie de la presse ", " les épithètes de communistes, de partageux, de pillards, de buveurs de sang, etc. ", mais décident de laisser " passer l'orage ". Le 4 avril, les membres de la Commune adresse une note au directeur de qui affirme : " la liberté de la presse n'est pas le droit de s'embusquer derrière un journal pour redoubler les horreurs d'une lutte... "... Le 19 avril Cluseret écrit à la Commune pour réclamer l'interdiction aux crieurs d'annoncer le contenu des journaux " qui jettent l'erreur par de fausses nouvelles " et réclame des mesures contre ces journaux.

le Temps, journal supprimé le 5 mai, pour trouver ce qui peut justifier sa suppression, on remarque la description de l'avancée des troupes versaillaises et les préparatifs militaires de la Commune ; la contestation de la légitimité de la Commune, qui n'a pas " de point d'appui dans la population qu'elle prétend gouverner " ; la dénonciation de dérives que les rédacteurs du journal croient observer de la part d'une Commune " vouée à la violence, pour avoir méconnu la liberté ", dont les membres sont qualifiés de " néo-terroristes "... Bref une critique sûre et pleine d'esprit d'un journal d'opposition qui loue " la modération et le bon sens " de Thiers, qui appelle à la conciliation, c'est-à-dire à la démission de la Commune, et renvoie dos à dos " les prétoriens de l'émeute, comme les prétoriens du despotisme ".

Dans une relation à charge et pleine de mauvaise foi, un témoin épingle l'embarras de la Commune quant à la description des combats : " Tous les soirs, je me rendais dans les bureaux du Petit Moniteur [...]. Nous montions sur le toit en terrasse de l'hôtel et nous voyions les forts d'Issy, de Vanves, de Montrouge s'enflammer. Le canon tonnait avec rage, les mitrailleuses crépitaient [...]. Le lendemain, l'Officiel de la Commune annonçait une grande victoire. ".

Le Rappel Enfin, noter que le journal fait observer que tandis que les journaux parisiens dénoncent les arrestations de journalistes par la Commune, les journaux versaillais " battent des mains " quand le gouvernement de Versailles ordonne l'arrestation de journalistes communeux.

Il y a quelque chose de malhonnête à confondre la logique militaire avec l'ambition politique et sociale d'une entreprise révolutionnaire, pour autant il y a quelque chose d'artificiel à les distinguer tant elles se longent et s'enchevêtrent... C'est sans doute le point sur lequel achoppent forcément les révolutions... L'exemple sur la presse le démontre... Noter qu'on étudiera d'autres mesures, le rapport aux finances, le décret sur les otages... quand on s'attachera aux choses de la guerre...]

Dimanche prochain, on verra les tensions monter à Paris...


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