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La nostalgie provoquée par cette vidéo se résume dans le regret des chantiers inaccomplis dont nous avions rêvés.

Publié le 17 février 2014 par Donquichotte

J'écrivais récemment à un ami québécois et lui envoyais l'adresse du site U Tube d'un discours d'un de nos héros de la lutte pour l'Indépendance du Québec, Pierre Bourgault, question de nous remémorer un souvenir. Ce discours a été prononcé lors du premier référendum sur l'Indépendance du Québec, en 1980, un référendum que nous avions perdu (60 % contre l'Indépendance, 40 % pour).

Voici ce qu'il m'a répondu...

Robert,

Je voyais pour la première fois cette vidéo du discours de Bourgault. Cette vidéo nous plonge dans un passé récent, mais pourtant bien lointain : caméra fixe, gestuelle de l’auteur, ton exaspéré, couleur blanche de la chemise, des cheveux et de la colère sur fond bleu québécois délavé...

Tel Don Quichotte, Bourgeault invite les auditeurs attentifs à rêver d’une « rupture historique » en invoquant l’obligation de « continuité » par rapport aux combats menés par les générations précédentes.

Pourquoi nous sommes-nous administré cette défaite ? Ayant vécu ces moments, n’ayons pas recours aux historiens. Voici mon opinion:

J’ai longtemps pensé que 1980 était en retard sur le désir d’indépendance de la population. Même si ce désir ne doit jamais s’émousser, la conjoncture des années 1963 (nationalisation de l’électricité) –1967 (Expo universelle) aurait été plus favorable. Ou 1970 au plus tard.

La lenteur de prise de conscience de nos élites, causée probablement par la crainte des nationalismes (deux guerres mondiales) leur peur du communisme, leur peur du peuple (syndicats, étudiants féministes, etc.) nous ont coûté très cher.

Passons sur les moyens utilisés par les adversaires (menaces, promesses, coups d’état constitutionnels en 1970 et, plus tard, en 1982. En conclusion, on peut dire que nos idées de base sur bien des sujets se forment dans notre jeunesse et qu’il est presque impossible de les remettre en question. D’où la persistance de ce débat.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Sans unité, sans continuité dans aucun domaine, une histoire nouvelle ne peut commencer. Petit progrès occasionnel, peut-être. Pas d’événements importants.

Le passé n’existe plus. L’histoire disparaissant, ainsi vont la culture et la notion d’humanisme tel que nous l’entendons.

L’individualisme prend toute la place. Les limites du bonheur sont atteintes et tout changement ne peut apport que le malheur.

Place aux barbares. L’idéal consiste à rester assis devant des machines.

En terme d’organisations sociales nous sommes passés de l’autorité de Dieu (représentée par la royauté) à celle des dictateurs ou des démocraties libérales. Les individus vivant dans ces régimes acceptent majoritairement d’être violés dans leur intimité pour le nouveau concept de « sécurité » : la nouvelle patrie sans citoyen.

La nostalgie provoquée par cette vidéo se résume dans le regret des chantiers inaccomplis dont nous avions rêvés.

C’est une opinion bien tranchée et conservatrice, mais comme on dit : c’est ça qui est ça !

Ci-joints, quelques articles parus ce week-end dans Le Devoir :

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/400042/il-y-a-175-ans-aujourd-hui

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/400041/il-faut-revenir-a-la-convergence-culturelle

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/400043/des-fruits-au-fond

À la prochaine...  Marc

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Je lui ai répondu...

Cher Marc,

Merci pour tes articles. Et je ne crois pas que ton opinion soit, ni tranchée, ni surtout conservatrice.

Pour le premier des articles, j’avais un peu lu là-dessus, mais j’en ai encore appris... toutes ces pendaisons et ces patriotes martyrs...

Pour les deux articles sur la charte des valeurs, je ne suis pas bien sûr de comprendre ; mais je crois y trouver une confirmation de ce que VLB m’avait dit ; ils font ça pour se faire réélire... ( ?)

Ce qui me frappe le plus dans nos élites des années d’avant 1980, je pense...

À des gens, comme nos trois colombes, passés à Ottawa ; à l’époque je ne comprenais pas ; je connaissais plus Pelletier et Marchand, et pas du tout Trudeau. Mais je ne les voyais pas aller au Fédéral, ils étaient pour moi des Québécois, francophones, « près » de l’idée Nationale.

Même chose pour Laurendeau, l’intellectuel, qui était, quoiqu’il ait été pro-Canada, un « fervent » Québécois.

Même chose pour le professeur Dion, le père de l’autre qui a failli à Ottawa.

Même chose pour le frère Untel (Desbiens) et le fondateur de la faculté des sciences sociales à Québec, le père Levesque, qui sont, à la fin de leurs vies, revenus sur leur foi respective (pour une nouvelle école, pour un nouveau social)... et qui regrettaient même le « peu » (entendons quelques déclarations parfois qui avaient un « parfum » d’indépendance) qu’ils avaient fait en regard d’une éventuelle indépendance. On aurait dit que le « mot » leur faisait si peur. Je ne comprenais pas leur crainte.

Aussi les circonstances (tu parles de 1963, 67, 70, 82) : il y eu aussi l’échec du Lac Meech, et les tergiversations folles de Bourassa par la suite. Qu’est-ce qu’on a manqué le bateau cette année-là !

Il y avait comme ça des soubresauts parfois, et je me souviens, je guettais toujours les déclarations de ces gens, et il y en eu tellement, des syndicalistes, des intellectuels, et même des gens du Parti Libéral qu’on croyait qu’ils allaient nous rallier (ainsi Lallier qui est allé à Québec, c'était plus facile) que je sentais « proche » de l’idée nationale ( = le sort du Québec français).

Mais ça ne venait jamais...

Une histoire nouvelle ne peut commencer dis-tu, notre histoire actuelle disparaissant... et cet « individualisme » qui prend toute la place...

C’est sûr, c’est pas beau.

Et quand je m’assois devant la tv, ce qui arrive de moins en moins, je suis toujours si découragé de voir-entendre ce que je vois et j’entends. On n’avance pas vers une civilisation meilleure, on s’encrasse horriblement.

Et depuis que je vais en Finlande, ça fait maintenant 20 ans, je vois ce que ça veut dire être un peuple « indépendant » (merci à Lénine qui en avait trop sur les bras avec sa révolution, et qui les a laissés partir). C’est magnifique, ils pètent le feu dans tout, dans l’école (on dit en Europe qu'ils ont le meilleur système d'éducation), dans le social (c'est fabuleux, des crèches pour tout le monde, gratuité scolaire à tous les niveaux, même un salaire étudiant à ceux qui sont admis à l'université, un système de santé gratuit pour tous et d'une qualité exceptionnelle), dans les ARTS, dans le sport, c’est inimaginable ce que nous perdons, ou avons perdu, en ne faisant pas notre Indépendance. Et ils sont si fiers de ce qu’ils accomplissent ; ils sont pourtant un si petit peuple, à peine 5 millions d’habitants, et perdus, là, au bout du monde nordique.

Mes idées sur l’idée d’indépendance pour le Québec ne varient pas du tout sur le fond ; pour la forme, ou pour y arriver, je suis ouvert, mais je crois que nous sommes tous dans le brouillard.

Robert

P.S. Mais mais mais… Les jeunes aujourd'hui, qu'est-ce qu'ils penseraient de ce que l'on vient de s'écrire? Quels sont leurs chantiers? L'histoire ne s'arrête pas avec nous quand même, ce serait bien triste.


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