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Le cri de la femme amoureuse

Publié le 01 avril 2014 par Rolandbosquet

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   Il y a trois millions d’années, une main australopithèque ramassait sur le sable un galet de jaspe que l’érosion avait curieusement sculpté au fil des années. Un geste déjà magnifiquement humain comme on en pratique encore aujourd’hui sur toutes les plages du monde. Attirée sans doute par la rondeur de la pierre, la douceur de son grain et l’évocation d’un petit visage tout rond que le hasard y avait dessiné, cette main ne pouvait qu’être celle d’une femme. Serrant très fort ce modeste trésor entre ses doigts, elle l’emportait avec elle et le conservait précieusement jusqu’à sa mort au fond de sa grotte. Trois millions d’années plus tard on ne sait rien d’elle, bien sûr, sinon qu’elle avait, ce jour là, montré une ébauche de réel sens artistique. Et apporté aux archéologues une certitude : la Bible avait raison, la femme existe bien depuis aussi longtemps que l’homme. Ce qui n’est pas rien, surtout pour l’homme ! Comment aurait-il pu survivre sans la femme ? Comme un veuf, écrivait Alexandre Vialatte. Il n’avait pas tort. Qui mieux que la femme pourrait décorer les murs d’un salon ou d’une salle à manger avec autre chose que le calendrier des postes et la photo jaunie d’un chien de chasse mort accidentellement quarante ans plutôt au cours d’une battue au sanglier mouvementée ? Qui mieux qu’elle pourrait, grâce à son regard perçant digne des choucas les plus ombrageux, éloigner les voyageurs de commerce, les vendeurs de voitures et les assureurs qui, profitant de l’absence de l’homme accaparé par son intense labeur au bistrot du bout de la rue, insistent pour "placer" leur marchandise ? Qui mieux qu’elle serait capable de retrouver dès le premier coup d’œil le petit pot de beurre dissimulé au fond du réfrigérateur, la pantoufle du grand-père égarée sous le buffet et l’aiguille à tricoter les chaussettes d’hiver de la grand-tante glissée sous le bois destiné à la cheminée ? On voit l’importance de la femme dans la vie de l’homme. Nul doute que l’Australopithèque n’aurait pu, sans elle, transmettre le relais de l’humanité à Homo Habilis et à ses successeurs jusqu’à Homo Sapiens. Toutefois, si les hypothèses des archéologues les plus réputés s’avèrent aujourd’hui confirmées quant à la haute ancienneté de la femme, il n’en reste pas moins que les Australopithèques de Makagansgat ne sont pas en mesure de tout expliquer à son sujet. Pourquoi la voix de la femme est-elle si haut perchée par exemple ? Était-ce déjà le cas lorsque, marchant encore un peu lourdement faute de talons hauts de la grotte de son clan jusqu’à la rivière coulant paisiblement en contrebas, elle hélait de toute la force de ses poumons son mâle dominant faisant la sieste dans l’ombre des roseaux afin qu’il parte à la recherche de ses enfants éparpillés aux alentours au risque de croiser le chemin de quelque lion ou léopard en quête de proie facile ? Les spécialistes ne peuvent se prononcer. Mais le fait est qu’aujourd’hui, à cause d’une légère atrophie de ses cordes vocales, la femme a une voix deux fois plus aigüe que celle de l’homme. L’évolution selon Darwin a-t-elle favorisé cette légère différenciation anatomique pour aider la femme à pousser, par son contre-ut, un mari récalcitrant à descendre la poubelle depuis le quatorzième étage alors que l’ascenseur est en panne ? La nature, elle l’a prouvé, est capable de tout en matière d’adaptation au milieu. C’est pourquoi, comme l’écrit Christophe Ruffin dans son "Collier rouge", « le cri d’une femme amoureuse laisse toujours aux hommes l’impression qu’en cette matière ils sont d’une grande faiblesse ». On voit par là combien l’homme et la femme sont et l’un et l’autre aussi nécessaires qu’indispensables pour faire tourner le monde un peu moins de guingois.

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