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Le troisième Evangile selon Jean-Claude

Publié le 13 avril 2014 par Legraoully @legraoully

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La communauté chrétienne est en émoi. En effet, un papyrus évoquant l’existence d’une femme de Jésus aurait été authentifié par tous les experts qui se sont penchés dessus. Tous, sauf ceux du Vatican bien sûr. J’ai moi-même des doutes sur la théorie de l’évolution quand j’entends Mme Boutin ou les pasteurs qui révèlent le fond de leur pensée sur l’homosexualité, ce n’est pas pour ça que je remets en cause le travail de Darwin.  Et puis se faire traiter de névrosés par des gens qui se réunissent à heure fixe pour prier pour qu’il y ait une vie après la mort et un grand barbu qui t’attend dans les nuages pour te faire des bisous, tu m’excuses mais au niveau névrose, ça se pose là quand même.

Bref, j’étais en train de déplorer le fait que ni la science ni le Vatican ne m’autoriseront à disséquer soeur Boutin de son vivant pour voir si elle a vraiment une âme, quand subitement mon esprit toujours avide de connaissances me commanda d’apprendre le copte sahidique en attendant l’ouverture d’un bistrot. Deux heures après, tu aurais pu me lâcher au bord du Nil, j’aurais taillé le bout de gras avec le premier pékin venu comme si j’étais en plein coeur du quartier Sainte-Croix. Ca tombe bien, c’est précisément dans ce quartier que j’allais  pour m’imbiber le gosier. J’eus à peine le temps de franchir le seuil de ma porte que deux malotrus pesant au bas mot un quintal et demi chacun m’enjoignirent de les suivre et de grimper dans leur bagnole sans mouffeter.

Une somptueuse limousine, pour peu que tu aies le sens de l’esthétique assez rabougri pour trouver quelque chose de beau à une bagnole, m’attendait en bas. A l’intérieur, un vieil homme, lunettes fumées et cigare au bec, m’invita à prendre mes aises. Il me montra le mini-bar et m’avoua être un fervent admirateur de la chronique immondaine, ce qui eut pour effet d’éteindre ma légitime défiance (surtout le mini-bar). Alors que je me confectionnais un cuba libre, il m’annonça avec un fort accent américain qu’il était le propriétaire du papyrus sur la bourgeoise à Jésus. Ne sachant quoi penser des interprétations ésotériques des autorités pontificales et se méfiant des scientifiques, il avait pris le parti de confier le texte à ma sagacité, eu égard aux précédents évangiles que j’avais retrouvés pour le Graoully Déchaîné. Et c’est ainsi que je suis en mesure de vous réveler le contenu de ce texte sacré.

« [...] Joseph était sur le trône, parcourant paisiblement les actualités locales dans le Républicain Palestinien, quand son apprenti vint le chercher.

- Maître, maître, votre femme vous demande d’urgence dans vos foyers!, criait l’arpète.

- Une minute gamin, tu vois pas que je suis en train de scier, grogna Joseph.

- Elle dit que c’est de la plus haute importance!

Nom de Dieu de nom de Dieu de bordel de merde, pensa le charpentier. Il plia son journal, se rhabilla et jeta de la sciure sur le fruit de ses entrailles, comme quoi cette envie de scier n’était pas seulement un jeu de mot de mauvais goût. Puis il prit le chemin de sa maison. Alors qu’il faisait son entrée dans le séjour, il avisa sa chère et tendre attablée avec le Saint Esprit, qui avait mis sa tenue de beau gosse parce que la colombe ça va bien cinq minutes. A peine eut-il le temps de tirer une chaise que la vierge Marie le houspilla:

- Et les patins à l’entrée, c’est pour les chiens?

- Mais merde alors, c’est de la terre battue qu’on a dans le salon! Salut Saint Esprit, comment que c’est? T’as vu le derby entre FC Béthléem et l’AS Nazareth Palestine, hahaha qu’est ce qu’on vous a mis! La sainte trinité du foot était pas avec vous ce soir, hein? Alors, c’est quoi le délire, maman est encore en cloque? Tu viendras en perroquet cette fois pour la conception?

- Tu te méprends, Joseph, répliqua le Saint Esprit. Le patron a des plans pour Jésus, et nous devons en parler. Et il a entendu quand tu as juré dans tes toilettes sèches, il me demande de te faire savoir qu’il faudra pas t’étonner si tu es constipé pendant une semaine. Bref, le Père, dans son infinie bonté, trouve que le Fils fait un petit peu trop la fête pour quelqu’un qui doit racheter les péchés de l’Humanité. Il cherche un moyen efficace de le remettre dans le droit chemin, et il requiert vos opinions.

- Le service militaire, ça lui ferait pas de mal à ce petit con. Et un tour chez le coiffeur, aussi. Et pis qu’il arrête de traîner avec ces douze glandeurs là,…

- Mais arrête un peu de l’embêter, le coupa Marie. Tu vois pas qu’il est sensible, le gamin? C’est un artiste, pas un sale prolo avec les mains caleuses comme toi!

Joseph se leva pour prendre une bière dans la réserve.

- Et tu devrais pas un peu arrêter de picoler? poursuivit-elle.

Joseph décapsula sa bière, alluma une clope et s’adressa au Saint-Esprit:

- Tu sais quoi, gros? Ben si j’étais le patron, moi, j’y foutrais une bonne femme dans les pattes au Jésus. Avec mariage, gamins, boulot fixe et tout le tintouin. Et la bagatelle, que pour procréer! Ton histoire de le clouer à deux planches, ce serait du nanan à côté.

- On fume pas dans le salon! l’invectiva Marie.

- Mais c’est une excellente idée, s’exclama le Saint Esprit. Je vais de ce pas en référer au big boss!

- Dis donc, toi, s’énerva Marie pleine de grâce, tes cinq à sept tu vas te les coller derrière l’oreille si tu répètes ces sornettes!

Et c’est à cette occasion de cette hyménée, célébrée promptement après la conversation qui précède, que Jésus prononça la célèbre sentence « Mon Père, pourquoi m’as tu abandonné? [...]« .

Diantre, fis-je au collectionneur américain, c’est rigolo mais c’est misogyne en diable. Cela dit, je comprends pourquoi l’Eglise ne veut pas que ça s’ébruite, ça ternirait leur image humaniste.

Le collectionneur et moi observâmes une seconde de silence, retenant notre hilarité avant de nous esclaffer bruyamment. Il me tendit un cigare et demanda à l’un de ses molosses de monter chez moi une caisse de cet excellent rhum qui m’avait tant aidé dans mon dur labeur de traduction. Avant de me donner congé, il m’informa qu’il était en possession d’un autre texte de Jean-Claude qui prouvait que Dieu avait tenté de faire passer Jésus pour le premier anarchiste. Re-crise de rire.

Ah purée. Qu’ils sont cons ces Ricains.


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