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RUSSIE & UKRAINE. Moscou – Donetsk : le train pour l’"enfer" ne coûte que moitié prix

Publié le 03 mai 2014 par Menye Alain

Par Alexandre Sivov

Train Moscou-Donetsk/Crédits photo/ Alexandre Sivov

Hier matin, j’étais à la gare du Koursk de Moscou. Je voulais acheter un billet pour prendre le train et me rendre jusqu’à Kharkov puis, de là, prendre ma correspondance pour Odessa. Et, surprise, tout près des caisses, des rabatteurs ou vendeurs à la sauvette. Ces derniers m’apostrophent :

Nos billets sont  moins chers qu’en caisse ! Belgorod, Kharkov, Donetsk ?

J’étais intéressé et m’approche donc d’une femme rabatteuse. Elle me dit:

Je suis une cheffe du wagon du «train de la firme dit Donbass» (il va plus vite, il est plus cher et chic) Moscou-Donetsk. Le départ est dans une heure et demi. Je vais vous notifier un aide-mémoire : numéro du train et du  wagon, l’heure du début de l’embarquement, mon nom et mon téléphone mobile. Dans une heure très exactement, retrouvons-nous là. A tout de suite !

Je pensais qu’il y avait toutes sortes et formes de corruption usuelle à Moscou, mais je me trompais. C’est quelque chose de nouveau ici !

Le train en direction de l’"enfer" ukrainien vers Donetsk est à moitié vide malgré les jours fériés.  De plus, presque tous les passagers russes descendent avant la frontière ukrainienne. Donc, payer au noir son billet de train avec une traversée de la frontière russe jusqu’à Kharkov n’est qu’un jeu d’enfant. D’ailleurs, d’autres petits marchandages sont possibles. A 200 km à peu près de la frontière ukrainienne, on nous a annoncé quelques changements d’itinéraires survenus dans la région de Donetsk. Ainsi, on contourne Kramatorsk et d’autres villes où des combats sont signalés. 

Train Moscou-Donetsk/Crédits photo/ Alexandre Sivov

On est tout de suite interpellé par un tel laxisme, fait inhabituel à la gare du Koursk. Pourquoi une telle désinvolture sur les chemins de fer russes ? On sait qu’il y a une corruption au sommet, certes, mais, habituellement, les autorités sévissent avec virulence quand il s’agit des petits pris en flagrant délit de corruption.

En réalité, il faut avouer qu’on peut nommer ça, la "solidarité russe", mais tacite, pour les Ukrainiens, les chefs de wagons et les passagers qui vont en "enfer". Poutine hésite d’agir sur le dossier ukrainien, mais la solidarité pro-russe, des administrateurs de la gare, des policiers et des contrôleurs s’installe bel et bien. Ceci, pour faire vivre les petits malins ukrainiens de Donetsk. Et ça coupe le financement légal de la junte de Kiev, pour les sommes perçues sur les billets achetés légalement aux caisses de Moscou. D’ailleurs, pour sûr, même si les gardes-frontières russes trouvent des lance-roquettes dans les bagages des passagers de notre train, il est fort probable qu’ils préféreront ne rien remarquer. Peut-être demander de l’argent ? L’avis d’un garde-frontière sur le sujet:

A titre personnel, Je n’ai rien contre ça. Je l’approuve même mais ça risque de me faire perdre mon boulot. C’est le prix à payer en prenant un tel risque. Vous comprenez ?

Alexandre Sivov    


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