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8 mai : fidèles et vigilants

Publié le 09 mai 2014 par Fbaillot

A l’occasion de cette journée du 8 mai 2014, nous avons eu l’occasion d’honorer plusieurs Templemarois : Jean-Marie Leroy, qui a reçu la médaille militaire, Christian Vandenabeele qui a reçu la médaille du Génie saharien, et Yves Meerseman qui a reçu la médaille d’argent du mérite Djebel de l’UNC.

 

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Voici le texte de l’allocution préparée et lue par Michel Carlier au nom de l’UNC

Le dimanche 27 avril, alors que nous rendions hiommage aux déportés et à monsieur Prévost, un combattant s’est éteint. Il s’appelait François Andriot. Il était un des derniers combattants du 6 juin 44.

Pour certains d’entre eux il a fallu attendre les années 90-2000 pour que notre pays les honore à la hauteur de la tâche accomplie il y a 70 ans.

Léon Gautier, son camarade de combat, aujourd’hui âgé de 93 ans, coiffera le 6 juin prochain son béret vert et se rendra sur la plage à l’endroit où en ce jour de juin la barge 527 s’est échouée, libérant ces jeunes hommes venus prendre par la mer possession de leur terre.

Dès 1940, l’état-major de Winston Churchill fait rapidement le constat. Il manque au dispositif militaire des unités légères et mobiles qui ont la connaissance du terrain. C’est ainsi que seront formées les unités « commandos britanniques ».

Philippe Kieffer est impressionné par leurs méthodes lorsqu’il rejoint les forces françaises libres.

En 1942, il constitue la « Troop nr1 » forte de 20 volontaires français. Ils s’entraînent dans la banlieue de Portsmouth. De leur côté les Britanniques sont intéressés par l’apport dans leurs rangs d’hommes susceptibles d’agir en France, connaissant la langue, le pays, les habitants. L’enseigne de vaisseau Kieffer est désigné pour en prendre le commandement. Pour la première fois en 1942, le 19 août, des Français participent à une opération : le raid sur Dieppe, l’opération Jubilé.

En 1943, le 1er BFMC (bataillon fusiliers marins commandos) est constitué. Un tiers de ce bataillon est Breton. Il sont envoyés au raid de Wassenaer, en Hollande. Six d’entre eux ne reviendront pas.

A leur retour, ils reçoivent l’insigne des commandos et porteront le béret vert. En juin 44, à quelques jours du débarquement, les ordres et les photos des objectifs sont distribués. Lorsque l’on est un Marsouin, comprenez un fantassin de marine, la devise de Socrate est familière : La chute n’est pas un échec, l’échec c’est de rester là où on est tombé.

Le premiers commandos de marine ont respecté cette recommandation dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Des centaines de navires de guerre, d’escorte, de ravitaillement font route vers la Normandie. 175 000 hommes déferleront le long des côtes. Dans un de ces bateaux , 176 garçons. A leur tête, le commandant Kieffer. Particularité, ils sont français. Ils sont commandos de marine.

Les barges de débarquement arrivent face à Colleville. Le lieutenant colonel britannique Dawson laisse la primeur au 1er bataillon de fusiliers marins. Ces hommes, volontaires parmi les volontaires sont les premiers à mettre le pied sur la terre de France. Ils traversent la grève et se rassemblent sur le site d’une colonie de vacances désertée et en ruines. Déjà, on compte ses morts : le second maître Raymond Dumanoir, le quartier-maître Joseph Letang, les matelots Raymond Flesh et Jean Rousseau sont morts sur la plage Sword à Colleville.

Il faut avancer. Objectif : neutraliser les batteries côtières. Ils sont dans les rues de Riva-Belle. Ils doivent passer par l’écluse, prendre le casion, détruire les canons de la batterie. Il leur faut ensuite renouveler l’opération à Ouistreham.

A 12h40, ils font la jonction sur le pont du canal de l’Orne avec la 6e para Airborne américaine.

A 16h, ils traversent Colleville sur Ornepuis Saint Aubin d’Arquenay. Le commando atteint Benouville. Ils sont sur la rive droite de l’Orne et le 1er bataillon s’établit pour la nuit sur la commune d’Amfreville.

Deuxième objectif le lendemain : tenir la position, protéger les flancs, empêcher toute offensive afin de permettre aux troupes de débarquer sans trop de dommages. Le 7 au soir, on compte les pertes. Il manque 10 commandos, 36 blessés sont évacués.

C’est le début de la bataille de Normandie. Pendant 80 jours, les commandos français seront sur la brèche. Début août, les contre attaques ont cessé.

Nouvel ordre : faire route en direction de la Seine. Le 1er se remet en marche. Le 23 ils sont dans l’Eure, ils s’arrêtent à Beuzeville. Durant la bataille de Normandie, ils ont enterré 17 des leurs. Lorsque le 1er bataillon regagne Arromanche pour embarquer vers l’Angleterre, sur les 177 hommes, 24 terminent cette campagne sans blessure.

Un mois plus tard, le bataillon est réorganisé, complété, et le 8 octobre, il quitte à nouveau l’Angleterre pour la Belgique afin de tenter un débarquement frontal. L’ennemi tient toujours la rive droite de l’Escaut. Aux premiers jours de novembre a lieu le débarquement. Il faut au bataillon deux jours de combats rue par rue pour reprendre position. Les Alliés peuvent à nouveau utiliser le port d’Anvers.

En décembre, l’état-major renforce la bataillon. Ils sont 210 en partance pour l’île Shouven afin de participer aux raids offensifs. Après la campagne des Pays-Bas, l’aventure du 1er bataillon marin commando de la France libre est définitivement terminée. Mais il en va des époques comme des rêves. Peuvent-ils vraiment mourir ?

Aujourd’hui, la France compte 6 unités de commandos marine. Deux portent le nom de soldats du commando Kieffer. Le dernier, créé en 2008, porte le nom de Philippe Kieffer. Il est basé à Lorient. Ils portent toujours le béret vert. On leur tolère deux écarts au port de l’uniforme : le bord du béret relevé, et l’insigne d’arme porté à gauche et non à droite. Ils sont les seuls parmi les personnels de l’armée française à conserver cette tradition du port du béret à l’anglaise, en mémoire des 177 du commando français.

La France compte aujourd’hui 482 commandos, et 286 à l’école de fusiliers marins. N’oublions jamais qu’en 1944 lorsqu’ils étaient faits prisonniers, qu’ils soient anglais ou français, les ordres étaient clairs : abattre les commandos faits prisonniers, et ils le savaient.

Respects messieurs, hommage leur soit rendu, et avec vous hommage à tous ces jeunes français tombés pendant ce conflit (217 600) sans oublier les souffrances endurées par les familles.

Nous avons également la volonté de rendre hommage à la population civile qui a souffert et dont les pertes sont aujourd’hui estimées à 350 000 personnes décédées epndant la deuxième guerre mondiale dans notre pays.

Hommage leur soit rendu

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Et voici ce que j’ai déclaré à la suite de Michel Carlier

Nous fêterons l’année prochaine le 70e anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale. Mais il y a 70 ans, en 1944, nos aînés vivaient les années les plus meurtrières de ce conflit terrible.

Décembre 43, les Alliés déclenchent l’opération Crossbow, qui vise notamment les installations V1 et V2 installées dans notre région, pointées sur l’Angleterre. En avril 44, la RAF attaque le triage de Lille Délivrance. Près de 230 avions anglais et américains larguent 1000 tonnes de bombes. Les Alliés recommencent ensuite à Fives. Le 10 mai, dans la soirée et la nuit, une escadrille anglaise survole et bombarde Lille, Hellemmes, Ronchin, le champ d’aviation de Lesquin. Ces attaques sont meurtrières, y compris pour les appareils alliés. Ainsi, un avion explose et s’écrase sur Vendeville.

Pendant les cinq premiers mois de 1944, le Nord Pas-de-Calais reçoit la moitié des bombes déversées sur le territoire français. Douai, grand carrefour ferroviaire, est particulièrement visé. Entre avril et août, 17 bombardements atteignent ce secteur. Ces mois qui précèdent la Libération vont mettre notre territoire à rude épreuve. 40% des tués par bombardement l’ont été durant cette période qui va de juin 44 à mai 45.

Ces bombardements désorganisent totalement l’économie régionale déjà pillée par l’occupant. L’administration met en place les tickets de rationnement qui ne suffisent pas à couvrir les besoins de la population.

Parallèlement, la répression s’accentue avec brutalité. La déportation et la peine capitale deviennent monnaie courante à partir de l’automne 43 .

On recense durant cette période 500 fusillés en Nord Pas-de-Calais, dont 69 au fort de Seclin, et 2563 déportés dont la majorité pour « raisons politiques » et actes de résistance. Parmi eux 1500 ne rentrent pas, dont Albert Prévost, résistant et déporté templemarois parti en septembre avec le train de Loos évoqué précédemment.

Se multiplient également les rafles de représailles « dans les localités dans le voisinage immédiat desquelles les actes de terrorisme prennent une ampleur particulière » explique l’occupant. C’est le cas du massacre d’Ascq, en avril 44 (86 victimes civiles) à la suite d’un sabotage.

Les livres nous expliquent, puisque nous n’étions pas là, que les populations gardent espoir et ne cèdent pas à la panique qu’espérait l’occupant. Le 5 avril, il y a 20 000  personnes aux funérailles des 86 victimes du massacre d’Ascq, et dans les jours qui suivent, 60 000 travailleurs lillois cessent le travail à l’appel de la Résistance, ce qui constituera la plus grande manifestation durant l’occupation.

La situation de nos aînés il y a tout juste 70 ans était particulièrement insupportable. Mais l’histoire nous a montré que ces sacrifices n’avaient pas été vains, pas plus celui d’Albert Prévost à Sachsenhausen que celui des fusillés d’Ascq. Et puis, vous le savez, l’action des alliés va allers ‘amplifiant, avec notamment le débarquement de Normandie, la libération de paris en août 44, et l’offensive alliée sur tous les fronts, jusqu’à la capitulation de mai 45.

Retenons les leçons de nos prédécesseurs qui ont su rester dignes dans ce déluge de feu et de mort, et ont à leur façon contribué à la victoire aux côtés des résistants et des forces alliées.

Et comme nous le faisons à chaque commémoration, profitons de ces occasions pour entretenir les consciences et les mémoires, donner de la chair et de la réalité à des événements qui perdent de la substance au fur et à mesure que le temps défile. Nos aînés ont souffert, se sont battus, nous ont demandés de faire en sorte que ces tragédies ne puissent revenir.

Nous sommes là aujourd’hui pour les assurer que nous demeurerons fidèles et vigilants.


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