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Opération Overlord

Publié le 05 juin 2014 par Rolandbosquet

D_Day

     Alexandre Vialatte affectionnait les raccourcis fulgurants.  Ainsi écrivait-il que la Normandie se compose, en gros, de pommiers en fleurs et d’auberges normandes. C’était, en gros, fort bien vu. Les vergers normands étaient hier encore tapissés d’une multitude de fleurs. Elles donneront à l’automne le meilleur cidre du monde. Pour fêter la récolte de leurs pommes, les Normands se retrouveront alors dans leurs fameuses auberges autour d’immenses tablées pour des banquets pantagruéliques dignes des ripailles gauloises de jadis. Il s’agissait alors de communier avec les dieux. Les Normands, qui sont de nos jours totalement acquis au politiquement correct, assurent communier ainsi avec la nature ! Et la nature, ils la connaissent avec leur célèbre cidre, leur lait si goûtu en cette saison printanière, leur crème épaisse et onctueuse, leur beurre fermier et leurs moutons de prés salés.  En un mot, un repas n’est chez eux qu’une longue suite d’offrandes à Gaïa, Déméter et Chloris. Il s’ouvre généralement sur un en-cas modestement composé de langoustes, de homards, de soles noyées dans la crème fraîche et d’escalopes de veau et conclu par un sorbet à la vanille enseveli sous une avalanche de crème chantilly  et accompagné comme il se doit du petit verre de calvados, dit le trou normand, indispensable pour dégraisser l’œsophage et faciliter la future digestion. Peut alors commencer le festin proprement dit. Andouille de Vire, tripes à la mode de Caen, tête du veau dont on a déjà goûté aux escalopes et trou normand pour préparer l’entrée en scène du gigot d’agneau avec son cortège de pommes de reinette, de cèpes rissolés, de pointes d’asperges et de flageolets. Après le fameux camembert, le vrai, bien sûr, celui qui n’a souffert d’aucun régime minceur, une pause est alors recommandée pour permettre au Papy de placer sa chanson grivoise avant que ne se déclinent les desserts. Crumbles aux pommes et au calvados, bourdelot à base de pomme et de gelée de groseille enrobées d’une pâte feuilletée, douillon à base de poire de Domfront et de cannelle enrobées d’une pâte brisée, omelette Vallée d’Auge garnie de pommes dorées au beurre et flambées au calvados et accompagnée de crème fraîche, tarte normande à la crème flambée au calvados. Certaines maisons peu respectueuses des traditions font parfois l’impasse sur la teurgoule. C’est évidemment grand dommage. Constituée de riz, de lait et de cannelle et laissée à cuire dans sa terrine enfournée dans la cuisinière pendant au moins quatre heures, la teurgoule est en effet le point d’orgue de toute cérémonie. Le mets caractéristique qui parachève avec panache tout festin de baptême, première communion, mariage ou enterrement. Les Forces Alliées l’avaient d’ailleurs si bien compris qu’elles choisirent, le 6 juin 1944, les plages du Calvados et du Cotentin pour leur opération de débarquement Overlord. Nul doute que la teurgoule clôturera d’aussi éclatante manière  les agapes de nos sommités internationales réunies pour rendre  hommage à ces milliers de soldats qui, mille ans après Guillaume le Conquérant, traversèrent à leur tour le Channel pour chasser les forces noires qui asservissaient nos bocages. Le monde devait alors commencer de tourner un peu moins de guingois. Ce ne fut, hélas, que de trop courte durée.

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