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La fête des pères !

Publié le 08 juin 2014 par Jacquesmercier @JacquesMercier

En cette fête des pères, voici le début de mon récit "Mon père est mort en riant", qui existe en numérique be.books. Je vous en livre les deux premières pages…

Bonne fête aux papas !

René Mercier est mon père. Écrire ces premiers mots me serre déjà le cœur et je me demande s’il sera possible que je le rejoigne ainsi avec des mots. En cet instant précis, je ne sais pas d’où vient cette envie de le faire revivre. Est-ce utile, utile à qui, n’est-ce pas trop intime, personnel ?

Et pourtant depuis quelques jours cette idée me poursuit, m’obsède et j’avoue qu’elle me pousse à renouer avec le grand plaisir de l’écriture. Je pense n’avoir jamais dit à mon père que je l’aimais et encore moins « combien » je l’aimais. Cela ne se faisait pas trop. Ce n’était pas dans les mœurs de l’époque et ce n’était pas non plus dans notre tradition familiale.

Quand je dis « notre », il faut que je précise « nos », car mes parents n’étaient pas du même milieu. Ils ont accompli une chose plutôt rare en ce temps-là : un mariage d’amour ! Ils furent amoureux toute leur vie. J’en garde un souvenir ébloui et qui eut pour moi valeur d’exemple. Quand papa (bien sûr nous l’appelions ainsi ou « pa », parfois « le paternel » branché, mais c’est « père » qui s’utilisait hors de la maison, à l’école, dans les réunions de famille) rentrait du travail, il enlaçait ma mère qui retirait son tablier de cuisine et l’embrassait longuement, d’un vrai baiser, qui me mettait parfois mal à l’aise. Car l’époque était aussi aux interdits, aux tabous sexuels, aux multiples péchés, dont le plus grave semblait celui de la chair et du plaisir !

Même si nous étions quatre frères, je me suis senti plutôt seul. C’était dû entre autres à la différence d’âge avec les plus âgés et avec le plus jeune. Seul aussi parce que j’ai toujours été sensible, crédule, naïf. Beaucoup de sensations m’imprégnaient plus fort que les autres. Personne n’y prenait garde. Je faisais des cauchemars. Je me terrais dans mon lit, la tête sous l’oreiller – une habitude dont je n’ai jamais pu me défaire – pour avoir l’impression d’être invisible, protégé, hors d’atteinte. Je criais parfois. J’avais facilement de la fièvre. Au cours de ces crises, j’essayais en vain, comme on me l’avait raconté dans la Bible, de passer comme le chameau par le chas d’une aiguille ou bien je croyais que j’allais être exécuté, comme dans le grand livre rouge et or sur la guerre, « Nos Héros », feuilleté dans la bibliothèque (Je suis né pendant la guerre de Quarante).

Lorsque j’avais peur la nuit, j’allais dans la chambre voisine, celle des parents, et je me glissais sous les couvertures de son côté. Jamais ou rarement je ne faisais le tour du lit pour être près de ma mère. Elle a toujours été plus sévère que mon père, qui pouvait l’être, certes, mais maniait aussi l’humour, le second degré, l’ironie; ce qui changeait tout ! J’ignore combien de temps, j’ai pu me blottir contre lui en pyjama. Je crois me souvenir qu’un jour il me l’a interdit sous le prétexte que j’étais devenu un grand; ce qui, au fond, ne m’est jamais arrivé ! Nous sommes toujours des enfants, même si nous plaçons sur nos vies le masque de la maturité.

En Ardenne, où nous allions tous les étés...

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