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18 juin 2014 : Normandie Niemen et l’Otan

Publié le 19 juin 2014 par Fbaillot

normandie niemen

Comme chaque année, nous nous retrouvons autour du monument aux morts de la commune pour commémorer l'appel du 18 juin 1940.

A cette occasion, Michel Carlier a évoqué, ce mercredi 18 juin 2014, au nom de l'association de l'Union nationale des Combattants, l'escadrille Normandie-Niemen

A l’appel du général De Gaulle, des Français, forment, sur le territoire national, les premiers réseaux de résistance. D’autres gagnent l’Angleterre ou l’Afrique du Nord pour continuer la lutte. A la fin de 1940, la Grande-Bretagne constitue la plus importante base politique et militaire des forces aériennes, navales et terrestres « libres ».

Rapidement, De Gaulle se préoccupe d’engager des forces sur les théâtres d’opérations. Ses interventions auprès des Alliés pour les inciter à poursuivre la lutte sont nombreuses et complexes. C’est particulièrement le cas quand il œuvre au rapprochement des forces françaises libres qu’il dirige, avec l’URSS de Staline. Les Alliés envoient en URSS de l’équipement, du combustible, des vivres ; quant à la France, terrassée, elle n’a rien d’autre à offrir que ses hommes.

Ce sera un grand moment de bravoure, pour ceux qui ont accordé leur confiance au général : l’URSS accepte de reconnaître le comité national de la France libre. La France a un nouvel allié. Le général Petit, désigné par De Gaulle, devra élaborer les modalités de l’intervention française aux côtés des Soviétiques. Le choix n’est pas simple. Des éléments de l’armée sont disponibles au Moyen-Orient mais l’acheminement vers l’URSS pose de nombreux problèmes.

Un événement vient modifier le projet : entre Vichy et l’URSS les relations sont rompues. Les préparatifs auront donc finalement lieu à Londres entre les représentants soviétiques et le général Valin nommé par De Gaulle.

On décide d’envoyer, dans un premier temps, une escadrille, le groupe de chasse n°3 du nom de Normandie, composé de 58 pilotes et mécaniciens. Les Soviétiques fournissent 14 appareils, le fameux YAK russe et autorisent les Français à  peindre leurs couleurs sur le nez de l’avion. La  détermination de ces hommes à rejoindre les zones de combat, la prise de risques toujours plus forte et les prouesses multipliées forcent  l’admiration des autres pilotes. Les combats s’intensifient et très vite, de jeunes pilotes rejoignent les effectifs jusqu’à former 3 escadrilles comprenant 97 pilotes et mécanos.

Lors des attaques au-dessus du fleuve Niemen, leur participation est remarquée ; même l’ennemi repère les cocardes sur les appareils. Le comportement exemplaire de ces jeunes pilotes vaudra aux escadrilles, sur autorisation de Staline, l’appellation de « Normandie-Niemen ». Encore aujourd’hui, l’Histoire cite cette appellation Normandie –Niemen  dés le début de 1941, alors que la décision n’intervient que beaucoup plus tard. Pour l’Histoire on retient Normandie –Niemen. Le palmarès de ces pilotes, qui, dès les premières heures de « l’appel », ont rejoint le général, est prestigieux : 4354 heures en mission de guerre, 273 victoires homologuées et 37 probables, 5239 sorties, 869 combats aériens. Ils ont pris part à la bataille de Koursk, à la libération d’Orel, de Briansk, de Smolensk. Ils sont présents lors de la libération de la Biélorussie et de la Lithuanie ; de janvier à mai 1945, ils participent à l’invasion de la Prusse orientale et à la chute du siège de Koenigsberg qui constitue pratiquement la dernière opération de l’escadrille Normandie-Niemen. En effet, 4 semaines plus tard, la guerre est terminée.

Je voudrais évoquer maintenant un de ces hommes qui a fait partie des escadrilles « Normandie-Niemen » en tant que pilote sur un YAK  et qui a survécu à la guerre. Il s’agit de Roland de la POYPE. Il n’a pas cessé, toute sa vie durant de rendre hommage à ses compagnons de chasse. Quand il entend « l’appel », il quitte la France sur un bateau polonais à partir de Saint-Jean de Luz et rejoint De Gaulle, le 24 juin 1940. Il signe alors un engagement dans les forces aériennes. Quand, plus tard, il apprend qu’on recherche des pilotes pour la Russie, il se porte volontaire. Pendant son séjour sur le sol soviétique, il réalise 1200 heures de vol et abat 15 appareils. Pour ces faits, il sera cité 10 fois à l’ordre de l’armée et 2 fois à l’ordre de l’aviation. A la fin du conflit, Staline l’autorise ainsi que ses camarades à rentrer avec leurs appareils. C’est ainsi, qu’après presque 5 ans d’absence, de la POYPE pose son YAK sur la piste du Bourget, le 20 juin 1945.

Il racontera qu’un de ses souvenirs les plus poignants reste les arrivées des jeunes pilotes qui se sont succédé pour reformer les escadrilles. Certains n’avaient que quelques heures de vol et presque aucune expérience du combat aérien mais ils y allaient pour la France parce qu’ils s’y étaient engagés.

De la POYPE  est décédé le 23 octobre 2012, « compagnon de la libération », « grand croix de la légion d’honneur », mais il a surtout été élevé à la plus haute distinction honorifique qui représente le degré suprême en Russie, à savoir sa nomination en tant que « héros de l’Union Soviétique ». C’est ce qui explique qu’une délégation russe et une délégation représentant les cœurs de l’Armée Rouge étaient présentes à ses obsèques ; ses compagnons d’arme ainsi qu’un détachement de l’armée de l’air française y assistaient également. Les honneurs militaires lui ont été rendus par un détachement de la base aérienne 123 d’Orléans, en présence des membres du régiment de chasse 2/30 Normandie Niemen. Pour l’ensemble des Français, sa mort est presque passée inaperçue ; il est pourtant si utile et légitime de se rappeler, à ces occasions, qui étaient ces hommes dont faisait partie Roland de la POYPE et de leur exprimer notre gratitude : il est pourtant si facile avec son cœur, de dire : «  merci les garçons, reposez en paix ». Simplement, tout simplement !

Dans un square du quartier moscovite de Lefortovo, parmi les fleurs, s’élèvent deux statues de bronze qui représentent deux pilotes en marche, un russe et un français.  Ce monument est dédié aux aviateurs  de l’escadron Normandie-Niemen dont 42 ne sont jamais rentrés.

Non  loin de là, dans le cimetière de Wedensk, reposent Bruno de FALETANS, pilote français et Astakhov Serguei MIKHAILOVITCH son copilote russe morts ensemble en 1944 en Biélorussie dans le crash de leur appareil, un YAK de l’escadrille Normandie-Niemen.

Il faut aussi rendre hommage à Maurice de SEYNES et à Vladimir BIELOZOUB. Ce dernier, coincé derrière le siège de son pilote, sans parachute, est mort avec  ce même pilote qui n’a pas donné suite aux injonctions de sauter quand, le 15 juillet 1943, l’habitacle a été envahi par la fumée car sauter aurait été abandonné son mécano russe. Ils sont enterrés côte à côte dans la terre de Doubrovka. Des enfants sont allés déposer un bouquet champêtre sur la tombe des deux amis.

De nombreux hommages ont été rendus à cette escadrille : en 1969, la poste émettra un timbre grand format, le numéro 1606, en l’honneur de l’escadrille Normandie-Niemen ; on peut y voir deux pilotes, un russe et un français, qui se serrent la main. Le 25 août 2011,  le premier rafale aux couleurs du 2 /30 Normandie-Niemen, décollait de la base aérienne 118 de Mont de Marsan. Cet appareil fait partie du 4ème escadron (descendant de la valeureuse escadrille de chasse) officiellement recréé en 2011.

Quant au fameux YAK, il en reste un seul spécimen qui, après restauration, se trouve au musée de l’air du Bourget.

Je voudrais terminer, en évoquant à nouveau Roland de la POYPE et à travers lui tous ceux qui se sont vaillamment illustrés lors du dernier conflit mondial. Le 23 octobre 2012, pendant la cérémonie de ses obsèques, ses camarades ont pu lui dire une dernière fois :  «Dasvidania tovaritch» .

Remercions également tous ces garçons qui reposent aujourd’hui en terre  russe. «Spasiba, hourra !!» Merci aux autorités de continuer aujourd’hui, dans les écoles  d’apprendre  aux plus jeunes qui étaient ces Français de l’escadrille Normandie –Niemen . Respects messieurs, à vous et à tous ceux qui comme vous avez mis votre vie entre parenthèses,  un certain jour de juin 1940, quand notre pays avait besoin de vous. Merci.

Voici ce que j'ai déclaré à mon tour :

de gaulle

Quelques semaines après les cérémonies marquant le soixante-dixième anniversaire du débarquement en Normandie en juin 44, nous nous retrouvons ici, à Templemars pour commémorer comme nous le faisons chaque année l’appel du général De Gaulle en juin 40.

A l'époque Charles De Gaulle est un jeune général inconnu du public. Il a simplement compris qu'il faut entrer en lutte contre l'envahisseur, mais aussi qu'il faut se donner à Londres les moyens de recomposer un état-major et un véritable appareil d'État, capables de stimuler les énergies, de coordonner les réseaux de résistance, de nouer des liens avec ce qu'il reste des militaires qui ne se sont pas rallié au maréchal Pétain, des responsables politiques qui ne se sont pas réfugiés dans la collaboration, le désespoir ou l'abandon, et des représentants des pays qui vont renverser avec nous le régime nazi.

Cet appel à la BBC suit la déclaration de capitulation du maréchal Pétain au micro de Radio Paris, le 17 juin. C'est le début de la guerre des ondes, et c'est un peu l'entrée de notre pays dans l'ère contemporaine, l'utilisation de ce tout nouveau média qu'est alors la radio. La BBC est écoutée par quelques heureux élus, qui vont faire fonctionner le bouche-à-oreille et en décupler la force.

Entre le 18 juin et le 31 décembre 1940, le général parlera 26 fois à la radio, étendant son audience, construisant petit à petit son autorité. C'est seulement au mois d'août, lorsque les accords avec Churchill reconnaissent un statut personnel des Forces françaises libres et le ralliement de divers territoire de l'Afrique française, qu'un regain de départs aura lieu. L'exil à Londres, loin de ses attaches, n'est pas simple pour la poignée de fidèles plutôt jeunes, majoritairement de milieux modestes, qui doit organiser un séjour loin de sa culture et de ses racines dans un contexte rempli d'incertitudes, alors que notre nation est envahie.

Il faudra attendre mai 42, deux ans après la défaite, pour voir à la une du journal clandestin « Libération » la photo de cet homme dont les Français ignorent encore le visage et lire un peu plus tard à la une de « Combat » ce titre « un seul chef : De Gaulle ».

La suite nous la connaissons : l'amplification de la lutte contre le nazisme à l'intérieur et à l'extérieur de notre pays, la découverte de ce projet abject, l'unification des pays alliés pour mettre cette dictature à terre.

Gardons à l'esprit la détermination de ce jeune général qui a su faire partager sa conviction que la nation pouvait se relever de l'anéantissement.

Entre juin 40 et la mort du père de la Ve République en novembre 80 se sont écoulées 40 années au cours desquelles le visage de notre pays a été profondément bouleversé. Le général De Gaulle a été le symbole de la lutte contre l’envahisseur nazi, mais il a ensuite engagé la Constitution de la Ve République en 1958, il a initié la décolonisation en Algérie et en Afrique francophone, il a affirmé l’indépendance de la France face aux deux blocs en quittant l’Otan, il a lancé l’idée de la décentralisation politique, administrative, culturelle, même si ce débat a été à l’origine de sa retraite politique en 1969.

Nous devons beaucoup de choses au général De Gaulle, et pas seulement de ces années de guerres. Il faut le dire et le redire à nos enfants et petits-enfants. C’est pour cela que nous sommes là ce soir.


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