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Cameroun : les dangers qui planent sur le futur président de la republique

Publié le 07 août 2014 par Menye Alain

le sphinxPar Gabriel Makang pour le Sphinx Hebdo

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president
Le nouveau président élu ou choisi vient de prendre ses fonctions. Il est nationaliste, aime son pays pour lequel il a une grande vision. Tout de suite, il se met au travail. Il commence par former un gouvernement en qui comprend les plus grandes compétences disponibles et réaffirme sa vision exposée lors de la campagne à la Nation.

Il entreprend des réformes sur le plan politique, social et économique dans le but de faire de son pays un véritable havre de prospérité, de liberté, de justice, et d’égalités d’opportunités. Il ne tient aucun propos xénophobe et désire travailler avec toutes les nations.

Tout penserait à faire croire, qu’il sera applaudi non seulement à l’intérieur, mais aussi sur le plan international. Il sera certainement applaudi à l’intérieur, compte tenu de la configuration actuelle des relations internationales mais c’est le contraire qui risque de se produire chez les prédateurs, il est plus à craindre qu’il sera très vite mis sur la liste des leaders à renverser.

évidemment, il recevra des félicitations officielles de circonstances de part et d’autres, non seulement pour son accession au pouvoir, mais aussi pour ses réformes.  Elles ne seront qu’officielles car par-dessous, les forces qui contrôlent ou veulent s’accaparer la richesse du pays vont se mettre en œuvre pour neutraliser ce dangereux émancipateur. Ceci, pour une raison simple : le bien-être du peuple est en conflit avec les intérêts des prédateurs.

En tant que leader qui aime son peuple, il voudra remettre à celui-ci le contrôle de ses richesses en réglementant par exemple l’exploitation du bois ou en nationalisant l’eau et l’électricité. Non seulement, les bras séculiers des multinationales, à savoir le FMI et la Banque Mondiale dont les politiques d’ajustement structurels nous ont mené à la privatisation lui tomberont dessus, l’accusant de mener une politique économique « irresponsable », mais aussi les cercles privés qui dans certaines capitales européennes tirent une rente de l’exploitation des richesses telles que le bois ou le diamant vont se joindre à la campagne de dénigrement.

C’est à peu près ce qui est arrivé à Hugo Chavez dont le seul tort était d’avoir voulu redistribuer auprès des populations pauvres de son pays le gain du pétrole jusque-là ne bénéficiant qu’à l’élite vénézuélienne et aux compagnies américaines.

Le futur président même s’il décide de préserver certains intérêts de puissants groupes financiers pour « éviter les problèmes » ne sera pas à l’abri  de manœuvres de déstabilisations ; l’exemple de Laurent Gbagbo est là pour nous édifier. Laurent Gbagbo qui demandait à un célèbre journaliste parisien, pourquoi les responsables politiques français lui préféraient-ils Ouattara, a eu cette réponse : Parce qu’il nous ressemble ! Il suffira juste de faire différemment des autres chefs d’Etat africains c’est-à-dire ne pas contribuer aux campagnes électorales des politiciens français ou de ne pas courir à Paris dans une attitude servile à la moindre convocation pour se mettre dans la liste noire, tellement Paris considère l’Afrique francophone comme sa propriété.

Ce président représenterait un danger bien plus grand que celui de priver quelques multinationales de leur gain au Cameroun. Il présenterait le très sérieux risque de démentir aux yeux du monde le paradigme selon lequel la pauvreté, les guerres ou la misère ne sont qu’une fatalité africaine. Un pays africain peut se développer et donner un monde qui en a grand besoin, un exemple d’intégrité, d’amour entre citoyens, de compassion, de travail et de justice s’il avait à sa tête un leader visionnaire, courageux et patriotique. Ce genre de réussite fera certainement des émules (dont l’Occident ne veut pas) parmi d’autres chefs d’Etats africains qui essayeront de suivre sa voie. C’est bien pour cela que l’on a renversé Thomas Sankara qui menaçait de faire tomber l’Empire français en Afrique par l’espoir et l’inspiration qu’il avait créé au sein de populations lassées du statu-quo.

C’est aussi parce que Cuba a voulu s’émanciper de la tutelle américaine que certains éléments du gouvernement des Etats-Unis se sont toujours activés pour faire échouer sa révolution en soumettant ce pays à un embargo économique et financier qui dure depuis bientôt 50 ans.  Les puissances capitalistes ne veulent pas que Cuba arrive à démontrer qu’un Etat peut se prendre en charge et offrir à ses populations une bonne qualité de vie sans s’endetter auprès du FMI et de la Banque Mondiale et surtout en adoptant une politique non capitaliste.

Que pensez-vous, qu’il arriverait à un président africain qui a en lui du Sankara, Chavez ou Castro ? On essaiera bien sûr de le neutraliser

Ils ne commencent pas par la violence. Si ce président est énigmatique et inconnu de ces cercles, on va lui envoyer d’abord un président africain franc africain pour l’évaluer et éventuellement le « travailler ». Si cela ne marche pas, il recevra une invitation de l’Elysée pour une visite officielle en France dont l’objectif sera de découvrir ses intentions, recevoir des garanties de sa part sur le maintien du statu-quo ou alors de le mettre en garde contre tout changement fondamental. Au cours de cette visite parisienne, le Grand Maître de la Franc-maçonnerie française ou anglaise (s’il est anglophone) va demander une audience et essayer de le recruter dans la secte.

Il lui expliquera qu’on ne peut diriger un pays sans une affiliation spirituelle, ce qui est vrai en soi. Mais il se gardera bien de lui dire que les sectes dans lesquelles on l’invite servent le monde des ténèbres. Un autre avantage lui dira-t-il à faire partie des sectes pernicieuses, c’est que les autres chefs d’Etat africains, ne seront plus simplement des confrères, mais des « frères de lumière » sur lesquels il pourra compter en cas de coup dur. Etant donné que les hommes politiques français et occidentaux en général sont membres de ces sociétés secrètes, il pourra aussi compter sur leur protection pour pérenniser son pouvoir.

Ces sociétés secrètes qui ne sont qu’un aspect de l’embrigadement dans lequel on essaye de mettre les chefs d’Etat africains travaillent de connivence avec leurs gouvernements. S’il accepte de rejoindre ces sectes, les patates seront cuites et toute possibilité d’appliquer son programme de développement étouffé dans l’œuf car dans le cadre de ces sectes, il ne peut désobéir aux instructions du maître qui défend les intérêts de la puissance coloniale.

Très peu d’hommes politiques africains, qui en général considèrent l’admission dans une secte comme un privilège d’appartenir à un club d’Elite, résistent  à ces offres. La classe politique africaine est d’ailleurs composée pour la plupart de « sectaires », faisant des combats entre pouvoir et opposition, un affrontement entre chapelles différentes des mêmes ordres sataniques.

Puis sorti de nulle part, une multinationale installée au Cameroun, va lui offrir des actions dans son capital, de l’argent viré dans un compte bancaire en Suisse et peut-être même un appartement à Paris. Evidemment tous ces cadeaux ont pour but de le rendre redevable, donc prisonnier. En effet, plus tard, s’il lui venait un sursaut de nationalisme pendant son mandat, ces richesses « cachées en Occident » seront révélées dans un journal pour l’embarrasser et le rendre impopulaire auprès de son peuple, sans oublier la menace d’une poursuite judiciaire pour « bien mal acquis ».

Une fois corrompu, il perdra sa popularité et ne devra compter que sur le trucage des élections et l’aide des experts occidentaux pour rester au pouvoir. Et c’est à ce moment que la fuite en avant, pour éviter des poursuites judiciaires en cas de perte de pouvoir, commence. Et c’est exactement le genre de situation dans lesquels les prédateurs coincent les leaders africains, car un politicien qui a des choses à se reprocher est vulnérable, donc manipulable.

Lorsque ces méthodes « douces » échouent, alors les prédateurs pourraient passer à des intimidations. Ici les scénarios varient : Ils pourraient utiliser les institutions financières internationales pour rendre les conditions de vie difficiles et créer un malaise économique qui pourrait déboucher sur des troubles sociaux ou alors faciliter une tentative de renversement ou d’assassinat que l’on fera si besoin est, échouer juste pour donner un avertissement à cette tête brûlée. Parfois, on finance simplement une opposition solide qui gardera le leader sur la sellette comme au Zimbabwe. Et finalement, lorsque toutes ces méthodes échouent, on lui crée une rébellion qui va affaiblir le régime en drainant toutes ses ressources et l’empêcher de mettre en application son plan de développement  comme cela s’est fait en Angola avec l’Unita et en Côte d’Ivoire en 2002.

En général, les prédateurs n’ont pas besoin d’arriver aux méthodes sanglantes car la plupart d’hommes politiques africains tombent dans les manœuvres de corruption et d’enrichissement personnel ou cèdent à la peur.

Nous ne sommes pas en train de suggérer qu’il ne soit pas possible de développer notre pays. Nous voulons simplement montrer les différents pièges auxquels le futur président devra faire face.

L’une des choses qui protégera le futur président c’est de voir ces acteurs tels qu’ils sont vraiment. Voilà la conclusion à laquelle le président Laurent Gbagbo est arrivé et comment il les qualifie dans son livre Pour la Vérité et la Justice….des responsables politiques soi-disant respectables ou les représentants d’une grande puissance ne sont en réalité que des escrocs de petite envergure…… Tant que les hommes politiques africains continuent de voir les politiciens occidentaux comme plus brillants, plus intègres ou plus avancés dans la démocratie ou supérieurs de quelque manière que ce soit, il y a de fortes chances qu’ils tombent dans l’un ou l’autre de ces pièges.

Gabriel Makang pour le Sphinx Hebdo


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