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Luce Guilbaud | Amandine Marembert | Renouée

Publié le 18 septembre 2014 par Angèle Paoli
« Poésies d’un jour

[L’HIVER ENGOURDIT LA PAROLE]

L’hiver engourdit la parole
il trace sous le gel
un nouveau réseau de nerfs à vif
les bûcherons sont là
veillant à élargir la peur
élaguant la seule échelle
qui permettrait d’atteindre le ciel

et toi
tu rapportes de tes chevauchées
des essaims de paroles
des rires de landes perdues
et tes mains fraîches
d’avoir touché la croisée des vents.

Luce Guilbaud, « Renouée », Le Cœur antérieur, édition revue et corrigée [Le Dé bleu, 1998. Première édition], in Amandine Marembert/Luce Guilbaud, Renouées, Éditions du Petit Pois, Collection Correspondances, 2014, page 87. Monotypes de Luce Guilbaud. Préface de Marie Huot.


[LE FROID DIVISE]

le froid divise
hier il a neigé en août
sur des mots
blanchis à la craie
mais le feu se partage
cette année juillet
sera une paille
qui réchauffe

[…]

je suis celle que l’on fait sécher entre deux pages
celle que l’on épingle sur le mur les ailes écartelées

mais je n’ai pas perdu tout mon bleu
tu le vivifies avec des mots de mer
tu discernes
ce qui bruit dans les plis
des mots à double tranchant
tu dis méfie-toi
des mots inconnus
qui bordent la plaie

ouverte comme ces groseilles
calcinées
déchiquetées par le bec des merles

avec toi
ce qui guérit c’est le sourire
dans le grain de la pierre

chauffée au soleil
qui fait disparaître
les lézardes

tu me transmets
la façon d’apprivoiser la peur
qui va et vient par les sentiers battus

tu masses mon cœur courbaturé
par des mots qui ont frappé
trop fort

tu constates
encore une fois
qu’aimer entre femmes
est si simple

c’est ainsi
que je remonte la brûlure qui me traverse
encore

Amandine Marembert, Renouée in Amandine Marembert/Luce Guilbaud, id. supra, pp. 25-27-28-29.


[CE SILENCE]

Ce silence
parce qu’il couvre la page
je le comble de mots
de froissements de questions
je l’interroge encore
jusqu’aux veines résignées
je parle lèvres closes
ce qui ne peut se dire
de la bouche perdue
entre l’air et le souffle
ce langage qui m’habite
relève mes paupières
trouble mes mains
et dans la foule je cherche l’autre
qui dégagera les mots de la langue.


Luce Guilbaud, « Renouée », Le Cœur antérieur, édition revue et corrigée [Le Dé bleu, 1998. Première édition], in Amandine Marembert/Luce Guilbaud, id. supra, page 77.

Renouées



LUCE GUILBAUD

Luce Guilbaud

Image, G.AdC

■ Luce Guilbaud
sur Terres de femmes

→ [il y a eu des pluies] (extrait de Nuit l’habitable)
→ [les ombres envahissent] (extrait de Pas encore et déjà)
→ Danielle Fournier | Luce Guilbaud, Iris (note de lecture d’AP)
→ Danielle Fournier | Luce Guilbaud, Iris (extrait)
→ Danielle Fournier | Luce Guilbaud [Dis-moi plutôt ce qui nous réunit](autre extrait d’Iris)
→ Luce Guilbaud ou la traversée de l’intime (chronique de Marie-Hélène Prouteau)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Le corps penche

■ Voir aussi ▼

→ (sur le site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Luce Guilbaud
→ (sur le site de la Maison des écrivains) une fiche bio-bibliographique sur Luce Guibaud

AMANDINE MAREMBERT
Amandine Marembert

D.R. Ph. Michel Durigneux
Source


■ Voir aussi ▼

→ (sur le site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Amandine Marembert
→ (sur Terre à ciel) une page sur Amandine Marembert
éditions du Petit Pois


■ Voir encore ▼

→ (sur le site des Éditions du Petit Pois) une page sur Renouées



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