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Ceux qui tiennent le cap

Publié le 17 octobre 2014 par Jlk

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Pour A.

 

Celui qui tombe ce matin sur cette page de Torugo qu’il recopie illico : « Force gens de nos jours, volontiers agents de change et souvent notaires, disent et répètent : la poésie s’en va. C’est à peu près comme si l’on disait : il n’y a plus de roses, le printenmps a rendu l’âme, le soleil a perdu l’habitude de se lever, parcourez tous les prés de la terre, vous n’y trouverez pas un papillon, il n’y a plus de clair de lune, et le rossignol ne chante plus, le lion ne rugit plus, l’aigle ne plane plus, les Alpes et les Pyrénées s’en sont allées, il n’y a plus de belles jeunes filles et de beaux jeunes hommes, personne ne songe plus aux tombes, la mère n’aime plus son enfant, le ciel est éteint, le cœur humain est mort. S’il était permis de mêler le contingent à l’éternel, ce serait plutôt le contraire qui serait vrai. Jamais les facultésde l’âme humaine, fouillée et enrichie par le creusement mystérieux des révolutions, n’ont été plus profondes et plus hautes. Et attendez un peu de temps, laissez se réaliser cette imminence du salut social, l’enseignement gratuit et obligatoire, que faut-il ? un quart de siècle, et représentez-vous l’incalculable somme de développement intellectuel que contient ce seul mot : tout le monde sait lire. La multiplication des lecteurs, c’est la multiplication des pains. Le jour où le Christ a créé ce symbole, il a entrevu l’imprimerie. Son miracle, c’est ce prodige. Voici un livre. J’en nourrirai cinq mille âmes, cent mille âmes, un million d’âmes, toute l’humanité. Dans Christ faisant éclore les pains, il y a Gutenberg faisant éclore les livres. Un semeur annonce l’autre. Qu’est-ce que le genre humain depuis l’origine des siècles ? C’est un liseur. Il a longtemps épelé, il épelle encore ; bientôt il lira » / Celle qui ce matin entend le merle comme jamais / Ceux qui ont appris à l’Université buissonnière que les hommes océans existent et que ce n’est pas du pipeau : «  Il y a des hommes océans en effet. Ces ondes, ce flux et ce reflux, ce va-et-vient terrible, ce bruit de tous les souffles, ces noirceurs et ces transparences, ces végétations propres au gouffre, cette démagogie des nuées en plein ouragan, ces aigles dans l’écume, ces merveilleux levers d’astres répercutés dans on ne sait quel mystérieux tumulte par des millions de cimes lumineuses, têtes confuses de l’innombrable, ces grandes foudres errantes qui semblent guetter,ces sanglots énormes, ces monstres entrevus, ces nuits de ténèbres coupées de rugissements, ces furies, ces frénésies, ces tourmentes, ces roches, ces naufrages, ces flottes qui se heurtent, ces tonnerres humains mêlés aux tonnerres divins, ce sang dans l’abîme ; puis ces grâces, ces douceurs, ces fêtes, ces gaies voiles blanches, ces bateaux de pêche, ces chants dans le fracas, ces ports splendides, ces fumées de la terre, ces villes à l’horizon, ce bleu profond de l’eau et du ciel, cette âcreté utile, cette amertume qui fait l’assainissement de l’univers, cet âpre sel sans lequel tout pourrirait ; ces colères et ces apaisements, ce tout dans un, cet inattendu dans l’immuable, ce vaste prodige de la monotonie inépuisablement variée, ce niveau après ce bouleversement, ces enfers et ces paradis  de l’immensité éternellement émue, cet infini, cet insondable, tout cela peut être dans un esprit, et alors cet esprit s’appelle génie, et vous avez Eschyle, vous avez Isaïe, vous avez Juvénal, vous avez Dante, vous avez Michel-Ange, vous avez Shakespeare, et c’est la même chose de regarder ces âmes ou de regarder l’océan » / Celui qui se rappelle son saisissement à la vue du premier idéogramme (vers sept ans) qui l’a décidé plus tard (vers douze ans) à entreprendre ses études de la langue chinoise / Celle qui de son vieil apparement de Brooklyn Heights voit changer les lumières sans distinguer les objets éclairés tandis que son jeune compagnon lui fait la conversation pleine de belles choses et de bonnes gens / Ceux qui évoquent la vie des gens et par exemple la mort récente de l’excellent Monsieur belge qui a traduit les Entretiens de Confucius / Celui qui a chez lui 3000 disques de reggae qui l’aident à tenir le rythme de ses phrases / Celle qui se nettoie de la saleté du monde en écoutant la rumeur du vent au dessus de Jane’s Carrousel / Ceux qui estiment que le génie du foyer se mesure à la transparence des vitres donnant sur la forêt et le lac et les montagnes là-bas qui n’en pensent pas moins / Celui qui aime celle qui n’aime pas que ceux qu’elle aime ne l’aiment pas / Celle qui à l’instant pense à toi mais c’est à l’autre bout du monde donc ça fait il y a dix heures de ça / Ceux qui ont appris à se mieux connaître en voyageant ensemble mais aussi en se séparant quelque temps chacun son tour / Celui qui avait un ami cher à Montpellier et en a maintenant deux comme quoi les villes de gauche favorisent le progrès / Celle qui se met tout devant au défilé de mode des poètes tendance / Ceux qui estiment avec Torugo  qu’ »il est temps que les hommes de l’action prennent place derrière et les hommes de l’idée devant »,etc. 


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