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Néandertal s'invite à la FIAC

Publié le 04 novembre 2014 par Rolandbosquet

fiac

   La Foire Internationale d’Art Contemporain de 2014 a battu son plein. Il n’est pas de chaîne de télévision qui n’ait, d’une manière ou d’une autre, signalé l’évènement. À l’instar des 75000 visiteurs répertoriés, les plus hautes autorités de l’État ont déambulé au milieu des "œuvres" des créateurs les plus à l’avant-garde du progrès d’aujourd’hui. François Pinault et Laurent Dumas ont rempli leur cabas à ras bord. Le Neandertal qui gravait un "hashtag", il y a 39000 ans, sur une paroi de la grotte de Gorham près de Gibraltar doit se retourner dans sa tombe. Combien de mammouths aurait-il pu acquérir avec les chèques de nos deux collectionneurs ? Mais notre homme avait-il conscience de "faire de l’art" ? En avait-il même l’intention ? Selon les archéologues les plus avertis qui ont ausculté en long, en large et en profondeur, soit en 3D comme on dit maintenant, les lignes creusées dans la pierre, il lui aurait fallu près d’une heure et demie d’efforts pour parvenir au résultat que nous pouvons contempler. Au risque de râper la paume de sa main, de se luxer le poignet ou, pire encore, de provoquer un panaris qui le ferait souffrir plusieurs lunes durant. Rien que pour tous ces efforts, on serait tenté d’affirmer sans ambages que c’est de l’art. Mais la qualité d’une œuvre ne se mesure pas à la quantité d’huile de coude dépensée pour sa réalisation. En fait, peut-être ne voulait-il tout simplement que signaler à ses compagnons qu’il avait exploré la grotte de fond en comble, qu’il n’y avait pas trouvé le moindre morceau de viande sur pied à se mettre sous la dent mais qu’il avait découvert quelques deux cent cinquante objets de pierre de caractère typiquement moustérien dont il avait dressé un inventaire exhaustif. Les hachures du sommet du message signifiant par ailleurs qu’il ne manquerait pas d’en faire état comme convenu lors du colloque d’automne à la grotte de Chauvet. Pour les sapiens-sapiens que nous sommes, si habiles à observer les étoiles les plus lointaines comme les neutrinos les plus insignifiants, il est difficile d’imaginer que de studieux raouts aient pu réunir des sommités intellectuelles et scientifiques à ces époques reculées. On n’y connaissait pas encore ni Marcel Proust ni Michel Houellebecq ni même Maxime Chattam ou Bernard-Henri Levy. Mais était-ce réellement un handicap pour l’auteur des gravures ? Combien, parmi les artistes exposés au Grand Palais, les ont-ils lus ? Faut-il même les avoir lus pour être un créateur d’Art Contemporain ? Autant de questions que notre graveur d’antan ne s’est probablement pas posées. Quoi qu’il en soit, il s’avère que l’on peut aujourd’hui encore admirer son travail. Le pourra-t-on dans 40000 ans pour celui des Mario Airò, Mircea Cantor et autres Michael Riedel ? En attendant, le monde des arts et celui autres poursuivent leur marche joyeuse vers un avenir radieux.

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