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D'univers en univers

Publié le 02 décembre 2014 par Rolandbosquet

univers

      Un vol de grues retardataires traverse le ciel en direction de l’Espagne et du Maghreb. Le vacarme de leurs appels emplit l’air immobile. Loin au-dessus d’elles clignotent les feux de signalisation des avions. Et très loin, mais vraiment très loin au-dessus d’eux scintillent les étoiles. La grande ourse semble chercher sa tanière pour l’hiver qui approche. J’ai lu quelque part que je devrais reconnaître au premier coup d’œil Cassiopée et Orion. J’en suis bien incapable. Je me contente de m’émerveiller une fois de plus. Tout cela paraît en effet en bon ordre de marche. À force de calculs et de patientes observations, la plupart des cosmologistes avancent l’hypothèse que notre univers ne serait parti de rien ou presque, comme n’importe quel self-made-man. Juste une petite explosion qui aurait dégénéré. D’où venaient les deux ou trois premiers éléments qui, en se contractant, auraient fait sauter le couvercle de la marmite ? Ils ne l’ont pas encore expliqué. Ils s’inquiètent surtout, comme René de Obaldia et ses branches de sassafras, non de savoir d’où vient ce vent primordial mais de savoir où il va. Et à ce jour, ils n’en savent pas grand-chose non plus. D’autres pensent qu’en fait, ces quelques éléments n’étaient que des naufragés d’un précédent univers qui dérivaient au fil du temps et de l’espace comme de vulgaires bouchons de Mouton Rothschild sur les rives de la Gironde. Parvenu au bout du bout, les derniers atomes de deutérium, hélium4 et lithuim7 se seraient blottis les uns contre les autres pour se rassurer.  Ils auraient ainsi dégagé tant de chaleur qu’ils en auraient explosé. Et c’est reparti pour un tour se serait même écrié l’un d’eux en se dispersant au hasard. Le bruit de fond que tous les observatoires enregistrent ne serait que l’écho de cette exclamation désabusée. D’autres se sont aperçus que ce ciel qui nous paraît débordant de soleils est en réalité truffé de nombreux trous noirs qui avalent tout ce qui passe à leur portée comme de gigantesques Gargantuas. Notre univers ne serait-il qu’un banal morceau de gruyère ? Non, car, lorsque le monstre est rassasié, au lieu de souffrir d’une indigestion comme tout un chacun, il passe par toutes les couleurs de l’arc en ciel avant de pâlir au point de devenir blanc comme neige et d’exploser littéralement. Donnant naissance à son tour à un nouvel univers vierge de toute tache avec son cortège d’étoiles et de planètes plus ou moins hospitalières. Il ne serait même pas exclu que sur l’une d’elles, au bout d’un certain nombre de milliards d’années et à la faveur d’un été indien particulièrement chaud, deux êtres se rencontrassent dans une clairière accueillante. Ils parlent de choses et d’autres comme du dernier livre de Bernard-Henri Levy ou du prochain de Michel Houellebecq. Le soir tombe. L’un des deux a une petite faim et croque dans une pomme. Et … La théorie est séduisante. Elle n’en est qu’à ses balbutiements. Quoiqu’il en soit, en attendant une véritable réponse, le monde poursuit joyeusement sa course vers un avenir qu’il espère radieux.

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