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Gao Xingjian Le goût de l'encre - Michel Draguet

Publié le 07 janvier 2015 par Pestoune
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Gao Xingjian   Le goût de l'encre  -  Michel Draguet« L’artiste qui veut (…) conserver son indépendance artistique doit revenir à l’individu, aux sensations, aux sentiments esthétiques personnels. Si ce n’est pas là le seul moyen de se sauver, il permet au moins de rester debout. Le défi de l’artiste à la société est en définitive un défi individuel. Même si ce défi à la société, à la politique, au pouvoir, aux courants et à l’idéologie de son temps est voué à l’échec, c’est finalement une affirmation de son art, une attitude  d’auto reconnaissance

Gao Xingjian   Le goût de l'encre  -  Michel Draguet

Cet artiste aux multiples talents poète, écrivain (ayant reçu le prix Nobel de littérature en 2000), photographe, peintre, a bénéficié d’une éducation libérale, dans sa Chine natale, sensibilisé à la culture tant traditionnelle que moderne. Comment pour cet homme ne pas mal vivre le totalitarisme d’état, l’annihilation de la culture que Mao Zedong veut imposer à son pays. En effet l’intellectuel est perçu comme un frein à la ferveur révolutionnaire de la révolution culturelle chinoise. Il doit être brisé, enfermé, rééduqué.  Au sortir de tout ça, tous les penseurs, artistes, soit tous les intellectuels ont la nécessité de recomposer leur identité profonde. C’est dans ce contrôle que Gao Xingjian fait son apparition sur la scène littéraire chinoise. Gao est un traducteur de métier et la littérature chinoise contemporaine a besoin de se confronter aux nouveaux modèles  venant d’occident. Le rôle des traducteurs devient indispensable et déterminant en offrant l’accès à un univers littéraire interdit et donc inaccessible. Gao inventorie, analyse les techniques employés par les romanciers occidentaux modernes et les publie dans son « Premier essai sur l’art du roman moderne ». Ce qui va permettre aux écrivains chinois de se reconstruire en dépassant l’aliénation imposée par la Révolution Culturelle. Il en résulte des violentes attaques contre notre artiste, l’obligeant à fuir son pays. Qu’il ait été mal compris dans sa démarche, au fond importe peu. Il a eu le mérite d’ouvrir un débat, de redonner aux intellectuels le goût de se libérer, de s’exprimer, de créer.

Gao Xingjian   Le goût de l'encre  -  Michel Draguet

Mais Gao a poursuivi un cheminement personnel. Il alterne les moyens d’expressions passant de l’un à l’autre entre peinture et écriture, il expérimente sa propre modernité se dégageant de toutes doctrines. « Aujourd’hui je n’ai pas de doctrine. Et un homme sans doctrine ressemble davantage à un homme. »

Gao Xingjian   Le goût de l'encre  -  Michel Draguet

Mais pour notre artiste, la modernité ne signifie pas  de passer  de l’Orient à l’Occident en renonçant à son identité. Et c’est grâce à cette confrontation des cultures qu’il a enfin trouvé sa propre identité culturelle et artistique. Et c’est dans l’encre qu’il trouvera son moyen d’expression ; « La voie de l’encre » réunira la tradition et la modernité mais surtout elle l’aidera à se trouver lui, l’artiste, le créateur.

Gao Xingjian   Le goût de l'encre  -  Michel Draguet

 « L’ombre fait rêver. Elle évoque des visions. Enfant, j’aimais regarder les ombres au plafond, sur les murs. Chaque ombre est chargée de mystère et d’aventure. Par la suite, j’ai réalisé beaucoup de photographies à partir d’ombres. C’est un plus grand défi pour le photographe de capter les ombres que de saisir les objets. L’ombre a toujours été un mystère pour le peintre. Le photographe peut en offrir une nouvelle approche, plus sensible et plus ambiguë. (…) la substance de l’ombre rejoint celle de l’encre. L’ombre fait disparaitre les détails. Pourtant, elle reste inépuisable.  On ne peut l’achever. On ne peut aller au bout de l’ombre. C’est sans doute pourquoi elle m’attire avec une telle force. Pour moi, il faut se détacher de l’objet au bénéfice de l’ombre. L’objet devenu inutile, passer  l’ombre. Ceci impose une révision fondamentale de l’acte de peindre. Un autre langage se déploie à partir des visions libérées de l’objet, mais pas nécessairement de la représentation. Alors qu’en Chine, on n’a vu que la ligne, je veux trouver l’ombre pour penser la peinture à partir de sa négativité. Un trait noir et un peu de magie permettent de révéler l’ombre au-delà de ce que la photographie pourrait traduire du réel. »

Gao Xingjian   Le goût de l'encre  -  Michel Draguet

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