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Charlie Hebdo akbar!

Publié le 07 janvier 2015 par Legraoully @legraoully

Charlie Hebdo akbar!

Ce qui frappe chez Michel Houellebecq, c’est moins l’écrivain que le poivrot. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle. Aussi,  quand certains médias et certains politiques, qui n’ont rien de mieux à faire en attendant que le prince Albert présente ses marmots à la populace de son rocher, se mettent en peine de trier les propos d’ivrogne et les quelques fulgurances de lucidité du bon Michel comme d’aucuns lisent l’avenir dans les flaques de vomi à la sortie des bars, on se dit que bof. En plus, on ne sait toujours rien de la qualité intrinsèque du bouquin, ce qui est quand même le plus important.

En parcourant les interviews de Houellebecq, on note toutefois une connerie de haut vol, sans plus d’importance qu’un réveillon UMP/FN, mais qui a pris un sens tragique ce matin après le massacre perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo. L’écrivain note donc un retour du « fait religieux« , diagnostique la fin de la « parenthèse des Lumières« , et constate que « l’athéisme est triste » , contrairement à la religion et au sentiment d’appartenance au troupeau divin.

Que les extrémistes de toutes les chapelles pètent le feu de Dieu, grâce aux coups de canifs dans le contrat laïc concédés par Sarkozy, c’est un fait indéniable. Que les musulmans de France et d’ailleurs soient pris en tenaille entre les racistes (je n’utiliserai pas le terme islamophobie parce que si je défends la liberté d’exercer son culte, je me tamponne de l’islam comme de tous les autres cultes) et les fondamentalistes, impossible de le nier. En revanche, estimer que l’athéisme est triste, c’est un non-sens. Le nihilisme de plateau-télé, c’est le fond de commerce de Houellebecq, on ne peut pas vraiment lui reprocher de ne pas voir la nuance.

Mais l’athéisme n’est pas triste, il est absurde et tragique. Absurde comme le définissait Albert Camus, qui voulait qu’on imagine Sisyphe heureux. Tragique comme le pensaient les Grecs, à entendre comme la conscience que nous sommes mortels, finis, et qu’après une vie vécue du mieux qu’il est possible, on retourne à la terre faire pousser la rose qui ne dure que ce que durent les roses, le champignon traqué par le gastronome, et même l’asticot chafouin qui est la preuve ultime de l’inexistence de Dieu.

L’athéisme, et ses corollaires absurde et tragique, c’est aussi une chose dont Houellebecq et les terroristes sont absolument dépourvus: l’humour. A la célèbre question desprogienne devenue un poncif rabâché à chaque fois qu’une vanne va un petit peu trop loin, c’est encore Desproges qui a le mieux répondu: c’est un devoir de rire du malheur, de la maladie, de la mort, du chagrin, pour supporter la petitesse de nos contemporains et de la brièveté de la vie, qui pourtant est un gouffre plus béant que l’intelligence de Nadine Morano (comme quoi il n’y a pas que Houellebecq et la bible qui savent écrire des paradoxes à la mords-moi le nœud). A chaque fois qu’on met une plume dans le cul d’un prophète, à chaque fois qu’on prouve qu’on peut faire rentrer un sapin de Noël de la place Vendôme dans les voies du seigneur, à chaque fois qu’on manie le sacrilège et l’outrage contre toutes les autorités auto-proclamées, on respire un peu mieux. C’est moins reposant que d’attendre que ton Dieu (ou son représentant) te dise ce que tu dois faire de ton cul, c’est même souvent épuisant.

Mais quand Diderot, Alphonse Allais, les Monty Python, Woody Allen ou Fellag manient l’ironie vengeresse, aussi gentiment désespérée que profondément vitaliste, on vit un peu mieux et on se sent un peu plus libre. C’est aussi ce que faisait Charlie Hebdo chaque semaine. J’espère que c’est ce que continuera à faire Charlie Hebdo, même sans Charb, Wolinski, Tignous, Cabu et Cavanna qui a réussi à y échapper en mourant avant, le vieux salaud. C’est encore plus crevant que traîner sa caillasse comme Sisyphe, et en plus tu risque d’y laisser ta peau, alors que le héros camusien a l’éternité devant lui. C’est profondément absurde et tragique, comme le sont presque toujours la vie et la mort, même s’il y a des morts réjouissantes ou rigolotes.

Nul doute que les baltringues qui ont buté les dessinateurs et une bonne partie de l’équipe de Charlie vont faire une belle publicité à « Soumission » et au FN. Je les imagine bien plein de mouches comme dans les dessins de Tignous.

Que Maurice et Patapon leur chient à la gueule pour les siècles des siècles. Inch’Allah.

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