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Daumier, Voltaire.. et Charlie !

Publié le 17 janvier 2015 par Fbaillot

Daumier, Voltaire.. et Charlie !

Voici ce que j'ai déclaré le 16 janvier 2015, à l'occasion de la traditionnelle cérémonie des voeux de Templemars

Comme vous tous ici, j’ai été particulièrement choqué par les événements de la semaine dernière contre le magazine satirique Charlie Hebdo, puis contre un commerce kasher.

Il nous aurait été bien difficile de ne pas donner ce soir une large place à ces événements, et à tout ce qui s’est déroulé depuis.

On s’en est pris d’abord à une équipe de journalistes et de caricaturistes qui cultivait l’impertinence, voire l’irrévérence. On s’en est pris ensuite à des policiers, à des femmes et des hommes qui au quotidien sont nos “gardiens de la paix”. On s’en est pris enfin aux clients d’un supermarché kasher, et à travers eux à la communauté juive de France.

Ces agressions ont provoqué une immense et collective émotion et depuis nous interrogent : sommes-nous en guerre, et si c’est le cas, contre qui ?

Beaucoup de choses ont déjà été dites, et écrites, au point d’ailleurs que certains ont du mal à s’y retrouver. Il va nous falloir du temps pour comprendre, et pour extirper les racines de ce mal qui nous ronge.

Je voudrais ajouter à ce concert ma modeste voix.

  • Il est indispensable d’accepter le droit à la critique. Pour qu’une démocratie vive, les démocrates doivent accepter de vivre avec des personnes qui ont des points de vue diamétralement opposés aux leurs. Je n’ai pas toujours accroché aux caricatures de Charlie, elles m’ont même parfois agacé. Mais la satire, c’est un peu de notre esprit français. Nous sommes les héritiers de Honoré Daumier, ce caricaturiste du XIXe siècle que nous continuons d’admirer pour sa férocité à croquer les puissants de son époque. Le Canard enchaîné, Charlie, Siné hebdo sont des journaux qui ont une vraie place dans nos kiosques et qui représentent une partie de l’exception française. J’en profite pour vous remettre en mémoire la phrase originale de Voltaire. Vous savez ou vous ne savez pas qu’on attribue à ce philosophe des Lumières une phrase qu’il n’a en fait ni prononcée, encore moins écrite “Je ne suis pas d’accord avec vos idées, mais je me battrai pour que vous puissiez continuer à le dire”. Il s’agit d’une citation  apocryphe. Voici l’originale :  « J’aimais l’auteur du livre de l’Esprit (Helvétius). Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes. »

  • J’ai été comme tout le monde incroyablement impressionné par les réactions qui se sont multipliées depuis ces terribles événements, dans notre pays et dans le monde entier. Voir à Lille, à Paris et dans toute la France ces rassemblements interminables, voir sur un même rang quelques uns des plus grands dirigeants de ce monde, aux côtés de la foule, y compris des responsables pas forcément tendres avec leurs opposants, voir ensemble sur le perron de l’Elysée les anciens présidents de la République française et leurs anciens premiers ministres, villipendés tant et plus dans les pages des journaux satiriques, sont pour moi autant de signes que nous vivons des moments importants de notre histoire, que notre pays regorge de ressources démocratiques insoupçonnées, et que quand on touche à ses valeurs sacrées, le peuple se lève et abandonne ses divergences.

  • Je pense comme le premier ministre de la France que nous sommes en guerre, mais surtout pas en guerre contre une religion ou une autre. Les terroristes qui ont commis ces actes inqualifiables et ceux qui les ont formés, armés, financés sont nos ennemis. Mais nous devons sans relâche refuser l’amalgame, les raccourcis simplificateurs, les jugements à l’emporte pièce. Un musulman n’est pas un islamiste, il en est même très souvent à l’opposé. Les juifs, les chrétiens, les musulmans partagent beaucoup plus d’accords que de désaccords. C’est la raison pour laquelle nous devons promouvoir la laïcité, qui seule permet à chacun de choisir son mode de pensée, sa croyance, sa religion, et garantit la neutralité de l’autorité publique à l’égard des religions quelles qu’elles soient.

  • Les policiers, les militaires qui nous ont protégé de ces fous, au prix de leur vie pour trois d’entre eux, et qui ont permis que des millions de personnes défilent dans nos rues sans incidents méritent notre plus profond respect. Nous avons la chance de vivre dans un pays défendu, Nous avons parmi les policiers et les gendarmes des experts en matière de lutte contre le terrorisme dont la compétence est reconnue partout dans le monde et nous devons remercier ceux qui assument cette charge particulièrement lourde, y compris dans notre proximité, même si pour l’heure nous ne sommes pas directement concernés par ces horreurs.

  • Nous avons un immense devoir d’éducation, de pédagogie, pour expliquer à nos enfants ce qui fait que des millions de personnes se sont déplacées pour que notre modèle français fait de tolérance, de respect, de culture reste vivant. Cette responsabilité est certes en premier lieu celle de l’État, mais nous ne pouvons pas nous contenter de nous réfugier derrière les plus hautes autorités. Chacun à sa place a son degré de responsabilité pour que tels événements dramatiques ne puissent se reproduire. Nous élus locaux, nous devons réfléchir à ce que nous pouvons proposer pour que renaisse l’esprit civique, la solidarité, mais les éducateurs quels qu’ils soient, les responsables associatifs, les parents, tous nous devons nous sentir interpellés par les failles qui ont permis de produire dans notre pays de tels monstres.

Quelques mots à présent à propos de notre commune.

Nous allons vivre une année 2015 particulièrement importante.

Dans quelques jours nous devrions être en capacité de vous présenter les grandes lignes de l’extension du centre ville que nous préparons depuis… de longues années. Une petite centaine de logements, certains en accession, d’autres en location, dont certains pour les plus modestes, des logements plus spécifiquement dédiés aux plus âgés d’entre nous. Les premiers travaux de voirie devraient débuter dans les prochaines semaines. Vous le savez, un logement construit c’est une solution pour des demandes de logement qui datent parfois de plusieurs années, c’est la possibilité pour nos enfants de trouver un premier toit à proximité, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, c’est la garantie du maintien d’un service public de proximité de qualité, c’est deux emplois préservés dans le bâtiment.

Il ne vous a pas échappé que depuis le 1er janvier, notre commune est membre non plus de la communauté urbaine de Lille, mais de la métropole européenne de Lille. Au-delà des changements de vocabulaire, les effets de cette transformation vont se ressentir dans les mois et les années qui viennent, conjugués au désengagement de l’État dans de nombreux domaines. La répartition des tâches au sein de l’écheveau des collectivités locales est en train de beaucoup bousculer les mœurs  en matière administrative. Nous en verrons petit à petit des retombées concrètes dans notre vie quotidienne, et il va falloir s’y habituer. Modification des procédures de permis de construire, application des nouveaux rythmes scolaires, mise en conformité des bâtiments accueillant du public aux normes d’accessibilité, renforcement des contraintes liées à la préservation de la ressource en eau, j’arrête là cet inventaire à la Prévert, mais je pourrais continuer encore un certain temps. L’articulation entre l’Etat, les différentes collectivités locales, et les responsabilités qu’elles assument est en train d’évoluer. Notre préoccupation essentielle, c’est que cela n’entraîne pas de désagrément dans le quotidien des usagers.

Vous le savez, cette réforme qui touche l’ensemble des collectivités publiques conjuguées aux effets de la crise économique que traverse notre pays et ses voisins n’est pas sans conséquences sur nos moyens financiers. Templemars n’est sans doute pas la commune la plus à plaindre, et l’anticipation, la gestion raisonnable que nous avons appliquées depuis de nombreuses années nous permet aujourd’hui de conserver une petite marge de manœuvre. Mais hier comme aujourd’hui, le maître-mot, le mot d’ordre de notre gestion quotidienne des affaires de la commune, c’est et ce sera de pister toutes les possibilités d’économie d’échelle, de chasse aux gaspillages que nous pourrons trouver. Ce n’est pas toujours une tâche agréable mais c’est plus que jamais une nécessité, et nous devons continuer à y consacrer du temps et de l’attention. Nous devons aussi encore plus que nous l’avons fait chercher de nouvelles ressources dans la mutualisation avec nos voisins. C’est une habitude que nous avons depuis longtemps, qui nous a permis par exemple de travailler ensemble sur l’insertion et l’emploi, sur la prévention de la délinquance, sur l’aide aux plus âgés d’entre nous, sur l’enseignement de la musique, et la mise en réseau de nos médiathèques plus récemment. Mais nous sommes persuadés qu’il faut poursuivre et amplifier ce mouvement.

2015, c’est aussi une année assez particulière à la mairie : Alain Bedu, notre Directeur général des services depuis près de 25 ans, que vous avez entendu avant moi, va faire valoir ses droits à une retraite bien méritée. Ceux qui le connaissent, et ils sont nombreux ici savent qu’il ne cultive vraiment pas les honneurs, et je sais qu’il n’aime pas qu’on parle de lui. Il est encore là pour quelques temps, mais je tenais ce soir à lui rendre hommage, pour la dernière cérémonie des voeux à laquelle il participe en tant que fonctionnaire en activité. Je peux vous faire quelques confidences à son propos. Après quelques palabres, il m’a avoué qu’il allait consacrer le début de sa vie de retraité à un régime dans lequel l’observation de la nature, la consommation de légumes variés, des navets, des carottes, des artichauts tiendraient une large place.

Et puis Josiane Gawelik, son adjointe, va elle aussi faire valoir ses droits à la retraite. Pendant de longues années, elle a fait tourner la boutique, organisé la continuité du service public, fait appliquer les règles administratives en tous genres dont une mairie est la garante, mis de l’huile dans les rouages pour que les bâtiments soient entretenus, balayés, que les manifestations diverses et variées que nous organisons tout au long des années soient menées à bon port, les élections, les recensements organisés avec minutie, sérieux, professionnalisme. Elle va dans quelques semaines profiter de la tranquillité familiale, aux côtés de son mari qui l’attend. Nous aurons d’autres occasions de fêter ces départs qui vont changer notre quotidien, mais je crois que toute la population de la commune et tous nos partenaires tiennent tout particulièrement ce soir à honorer ces deux acteurs incontournables de la vie municipale.

Je voudrais terminer ce soir mon propos par ces quelques vers écrits en 1943 par Joseph Kessel et Maurice Druon

Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.

Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place.

Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.

Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…

Vous aurez reconnu ces vers du Chant des Partisans, qui prennent un surcroît de sens dans cette période troublée. Il est indispensable que la vie continue, que nous surmontions la peur pour ne pas céder aux extrémismes d’où qu’ils viennent.

Chères Templemaroises, chers Templemarois, je souhaite à chacun d’entre vous une année sereine !


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