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« Charlie » et moi. Chapitre 6 : 2003, « Canicule ! »

Publié le 29 janvier 2015 par Legraoully @legraoully

Charlie Hebdo - Canicule

C’est pas pour le plaisir de dire du mal (après tout, je fais aussi partie du lot) mais tout de même, on ne peut pas dire que ma génération brille par sa clairvoyance. Tenez, en 2003, alors que l’année scolaire touchait à sa fin, on se tapait un printemps plutôt maussade ; rien d’étonnant à ça, il ne faut pas trop attendre du printemps sur notre bonne vieille pointe Finistère en général et dans notre chère cité du Ponant en particulier : ça n’a pas empêché mes camarades et moi-même de miser à la quasi-unanimité sur un été pourri, pluvieux et venteux – notre erreur ne nous a pas servi de leçon, on a fait la même erreur en 2013.

Je parle de notre erreur car, à notre grande surprise, vers la mi-juillet, il s’est mis à faire bon. Très bon. Trop bon ! Il faisait de plus en plus chaud, j’étais en vacances en Sarthe avec ma famille, je ne pouvais même plus fermer ma tente sans étouffer, il n’y avait pas un souffle, on pouvait à peine bouger, même à l’ombre ; mes parents n’avaient jamais vu ça, en tout cas pas pendant si longtemps ! À part prendre trois douches et boire vingt litres d’eau par jour, pas facile de s’occuper dans de telles circonstances ; heureusement, je continuais à lire Charlie chaque semaine, tant et si bien que le souvenir le plus marquant que m’aura laissé la canicule de 2003 sera cette joyeuse « une » de Wolinski où un homme et une femme font des cochonneries dans un frigo ; la femme, au moment où l’homme atteint l’orgasme, proteste : « Déjà fini ? Je commençais à peine à me rafraîchir ! » À l’époque, âge ingrat oblige, j’étais surtout sensible au côté paillard du dessin : ce n’est que des années plus tard que j’ai enfin compris que ce que la femme redemande, ce n’est pas du temps supplémentaire dans le frigidaire – c’est vous dire à quelle vitesse je me suis mis à enfin comprendre les femmes, mais Wolinski n’a pas été beaucoup plus rapide, nous dit-on… Dans le même numéro, Michel Polac, au détour d’une ligne de sa chronique littéraire, pestait contre les présentateurs météo qui exultaient sur ce « temps magnifique » qui décimait les vieux et désespérait les agriculteurs : je me souviens qu’il écrivait quelque chose comme « quand le dernier humain crèvera sur cette terre brûlée, ces imbéciles continueront à chanter ʺhello le soleil brille, brille, brilleʺ ». Et oui, Charlie hebdo, c’était vraiment beaucoup d’acide, quitte à faire froid (sic.) dans le dos du lecteur de temps à autre : au moins Polac avait-il le mérite de rappeler que cette chaleur intenable était la preuve qu’il y avait un vrai problème de réchauffement climatique ! Vu à quel point nos dirigeants ont été empressés pour prendre des mesures contre ce grave problème, tout porte à croire que Charlie hebdo n’est pas un journal très lu ! N’en déplaise à Cédric Boyon, tout le monde n’est pas Charlie et moi, ça ne m’arrange pas du tout !

La semaine suivante, Luz nous proposait une couverture avec Raffarin tenant dans ses mains, l’air cynique, une couronne mortuaire portant l’inscription « À ses vieux électeurs la droite reconnaissante », ce qui résumait assez bien la gestion par le gouvernement de l’époque de cette catastrophe sanitaire, gestion qu’on n’hésitait pas à qualifier de calamiteuse, à tel point qu’il n’est pas déplacé de dire que Hollande aurait peut-être fait mieux ! C’est d’ailleurs cette année-là qu’un certain docteur Pelloux a commencé à faire parler de lui : il allait devenir ensuite, comme on le sait, un collaborateur régulier du journal, mais en août 2003, il n’y avait pas urgence (ah ! ah ! ah !) car si la canicule a tué beaucoup de personnes âgées, elle a heureusement épargné les anciens de Charlie, à commencer par Cabu, qui s’était fendu, en collaboration avec Mougey, d’un reportage dessiné sur le bordel qui régnait aux urgences, et surtout Cavanna qui ne put s’empêcher de nous faire part, avec ce style tendre et vachard qui n’appartenait qu’à lui, de son soulagement de sentir enfin arriver la fraîcheur ; sans avoir son talent, j’étais raccord avec lui : pour une fois, j’étais content qu’il pleuve sur l’été, c’était une vraie délivrance après tous ces jours de sécheresse…

Ce fut mon premier été avec Charlie : pour la première fois, j’avais passé les vacances en compagnie d’autres personnes que mes parents et leurs amis. Je n’exagère pas en disant que Siné, Oncle Bernard, Willem, Antonio Fischetti, Jul et tous les autres faisaient désormais partie de ma vie au même titre que mes parents : en rentrant au lycée, j’en étais déjà à un an de fidélité.

À suivre…

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