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Le Billet Amer #14

Publié le 26 mars 2015 par Observatoiredumensonge

Ce qui ne veut pas dire que nous approuvons.

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   Le Billet Amer #14 

Par L’Aigre Doux

L’Etat islamique frappe fort et juste. L’attaque du Musée du Bardo à Tunis, voisin de l’Assemblée Nationale, au- delà de la cruauté et de la barbarie habituelles des attentats djihadistes, est forte en symbole. Cette tuerie, alors que le Parlement voisin légiférait sur un projet de loi anti-terroriste, est un signal de provocation extrême envoyé tous azimuts. Chaque attaque, celles de Paris, de Bruxelles, et précédemment de Toulouse, expédient des messages d’intolérance sociale, religieuse, démocratique, signés en lettres de sang, constitutifs d’une idéologie dont la radicalité exerce une fascination morbide. Preuve, s’il en était encore besoin, d’une stratégie élaborée.

La Tunisie est le seul des pays ayant subi le si mal nommé « printemps arabe » dont elle fut l’initiatrice, à en être sortie par le haut. Les Tunisiens, malgré Ben Ali, ont toujours évolué dans une société ouverte, relativement libre de mœurs, où le statut de la femme notamment n’a jamais subi les rigueurs de l’islamisme radical. C’est sans doute cela qui les a sauvegardés de la tentative avortée du parti islamiste Ennahdha, porté au pouvoir au lendemain de la révolution, dont la politique d’islamisation s’est fracassée sur l’opposition de la rue. La plus grande victoire en la matière réside sans doute dans la solution démocratique de sortie de crise qui s’est imposée. A ces divers titres, la Tunisie cumulait tous les critères pour attirer les coups des islamistes.

Plus loin, en Egypte, il a fallu l’intervention de l’Armée pour bouter les Frères Musulmans hors du pouvoir. Ne parlons pas de la Lybie où Bernard-Henry Levy ne se risque plus et de la Syrie qui a failli connaitre un drame identique suite à l’aveuglement des Américains et des Européens. Quant à la Turquie, au Pakistan, à l’Irak, à l’Afghanistan et à nombre d’états africains, les islamistes ont encore de belles perspectives en vue.

L’infernal chaos, dont les puissances occidentales sont à la fois responsables et coupables, règne désormais sur un vaste espace géographique que la coalition internationale a le plus grand mal à contenir. Une réalité qui la contraindra un jour à aller réellement sur le terrain.

Si vous avez aimé les guerres du Vietnam, d’Afghanistan et d’Irak, vous allez adorer celle-là.

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Soirée électorale classique : sur les plateaux de télévision ou dans les studios des grandes radios nationales, l’habituel flot de langue de bois, caractéristique essentielle du débat politique depuis sa médiatisation outrancière, où l’on peut expliquer tout et son contraire sans risque d’être pris en flagrant délit d’enfumage. Les acteurs des différentes formations jouent, sans excès d’enthousiasme, un rôle de composition convenu. L’un, à peine sa tirade terminée, se lève, s’excuse et s’en va débiter sur une autre chaîne le message convenu, remplacé dans la seconde qui suit par l’autre à peine échappé d’un plateau voisin. Suivant le positionnement politique où le résultat obtenu, le discours est minimaliste : «  Nous avons perdu mais pas autant qu’on le craignait » ou « Ils ont gagné mais moins qu’ils l’espéraient ». C’est à celui qui amalgame le mieux les chiffres et assimile le plus habilement les scores des voisins idéologiques que revient la palme.

Ces élections sonnent faux dans toutes les dimensions. La campagne d’abord où à aucun moment, les enjeux locaux n’ont été évoqués. Heureusement qu’il y avait le Front National à stigmatiser. Qui connait d’ailleurs les compétences de la collectivité départementale ? Dans la participation ensuite, à peine un électeur sur 2, sans compter le pourcentage de bulletins blancs, a fait le déplacement. Dans le non-dit enfin de tous les partis et de leurs leaders, engagés d’ores et déjà dans la bataille présidentielle de 2017. Comme des cyclistes sur la piste d’un vélodrome pendant l’épreuve de vitesse, ils font du sur-place, s’observent, guerre des nerfs où le premier qui craque et démarre intempestivement est certain de perdre le sprint final.

Il y aura un second tour dimanche prochain dans cette même ambiance avec tout de même quelques solides certitudes. Les socialistes qui avaient investi une grande majorité des collectivités locales au cours des dernières années vont connaitre leur deuxième grand reflux avec la perte de très nombreux départements, après la débâcle des municipales de l’an dernier et avant la troisième couche de décembre lors des élections régionales. Avec au bout du compte le défaut du nerf de la guerre, le pouvoir et l’argent, que procure la gestion de ces institutions. En faux-semblant, la droite et le centre vont y revenir en force grâce à une configuration issue des résultats du premier tour qui les met en position de toucher le jackpot.

Et le Front National ? Gageons qu’une fois de plus, pendant toute cette semaine, on parlera beaucoup plus de lui que des programmes de gestion des futures équipes dirigeantes.

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« Ni-ni ». Cette formule si controversée a été inventée par François Mitterrand à propos des nationalisations de certains secteurs de l’économie faisant partie des 110 propositions de son projet pour la France lors de l’élection présidentielle de 1981. Le remplacement à Matignon de Pierre Maurois par Laurent Fabius en 1984 illustrait, avec ce « Ni-ni », le fameux virage bord sur bord, imposé par les réalités économiques réfractaires aux rêveries idéologiques du programme commun de la Gauche sur lequel il avait été élu. Alexi Tsipras, 30 ans plus tôt…et peut-être un peu aussi le « Moi, Président » de 2012. Exit, en la circonstance, les communistes dont l’erreur fatale d’alliance avec le « florentin » de l’Elysée, les faisaient entrer dans le couloir de la mort politique dont ils ne sont jamais ressortis.

Nicolas Sarkozy remet l’image au goût du jour. Son « Ni-ni » à destination des électeurs de droite, les invite à ne favoriser au second tour des élections départementales ni le candidat de gauche, ni celui du Front national dans les cantons où ils sont en compétition. Un positionnement dont les conséquences seront désastreuses pour les socialistes, accentuant encore l’ampleur de leur échec du premier tour. En effet, malgré les voix discordantes qui s’élèvent de ci, de là, dans les rangs de l’UMP ou des partis centristes alliés, cette consigne sera enfreinte surtout en faveur du Front National ainsi que l’a révélé l’élection législative partielle du Doubs.

Le Président de l’UMP, connaissant la sensibilité de ses troupes, n’avait pas le choix. Depuis 30 ans, ce piège subtil et infernal, édifié par François Mitterrand, encore lui, a fonctionné à plein. Jamais les partis de droite, de Giscard à Sarkozy, en passant par Chirac, n’ont réussi à évacuer cette patate chaude qui leur brûle les doigts avec des intensités variables suivant la conjoncture. C’est devenu désormais chaud-bouillant, nombre de leurs électeurs, ainsi d’ailleurs que ceux de gauche, ayant rejoint le camp de Marine Le Pen ou étant tentés de le faire.

Les socialistes n’ont jamais connu ces états d’âme, s’alliant sans complexe avec le parti communiste le plus stalinien d’Europe où les gauchistes, héritiers de ce grand démocrate, chantre de la révolution culturelle, que fut Mao Tsé Toung.

Curieusement, ni les uns, ni les autres, au-delà de l’anathème, n’osent s’interroger sur les raisons profondes de cette désaffection pour les partis dits de gouvernement. Pourtant, le premier médecin venu sait que si l’on ne s’attaque pas aux causes réelles de la maladie, on ne peut durablement soigner ses effets. Reste alors l’alternative d’anesthésier le patient.

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Un des avions les plus surs, l’A 320, une filiale de la compagnie allemande Lufthansa mondialement réputée pour son exigence en matière de sécurité, un commandant de bord expérimenté comptant 10 années de pratique sur ce type d’appareil, des conditions climatiques normales, un moyen trajet de Barcelone à Düsseldorf, à peine plus de deux heures , le temps qu’il nous faut pour aller de Nouméa à Brisbane ou à Sydney sur les lignes de notre compagnie locale, Air Calédonie International (Aircalin) avec le même A 320 et au bout du compte un crash pour l’heure inexpliqué et la mort de 150 personnes.

Après chaque catastrophe aérienne, les mêmes questions se posent : comment dans un contexte aussi sécurisé, tant technique qu’humain, de tels drames peuvent-ils se produire ? Pourquoi l’expérience tirée de tous les précédents accidents est-elle insuffisante pour prévenir de telles tragédies ? La réponse n’est jamais simple, la carence mécanique étant plus facile à démontrer et à corriger que celle, humaine, toujours imprévisible et aléatoire. Le problème reste posé de cette étroite collaboration entre l’intelligence et la technologie, si performante dans tous les domaines jusqu’à ce que…La recherche du maillon faible est souvent ardue, d’autant que la défaillance de l’un peut provoquer celle de l’autre.

Cette équation complexe sur laquelle repose toute l’organisation de notre monde garde de ce fait sa part d’incertitude, le risque zéro restant un objectif virtuel impossible à atteindre. Ce chiffre infime après la virgule relativise dans les statistiques le danger encouru sur les voies aériennes et donne au passager plus de chances de gagner le gros lot au loto que de malchances de périr au cours d’un vol.

Une réalité sèche qui se veut égoïstement et cyniquement rassurante mais pèse cependant de peu de poids pour les familles endeuillées et pour les souffrances endurées par les victimes pendant les neuf épouvantables minutes de chute de leur avion en perdition. R.I.P.

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Après l’émotion collective, l’actualité politique reprend le dessus. Manuel Valls a relancé sa campagne électorale interrompue pendant 24 heures pour cause de crash de l’A320. Certains ont reproché à Nicolas Sarkozy de n’avoir pas fait de même. Petit détail qui a son importance, l’un est Premier Ministre en exercice, l’autre n’assume aucune responsabilité institutionnelle. Là réside la différence qui pose une question jamais réglée à ce jour, celle de la frontière toujours incertaine entre l’action publique conduite par les représentants de l’Etat et l’action militante qu’ils mènent dans le cadre de leur engagement politique.

Cet empiètement a de tout temps existé, à droite comme à gauche, chaque camp quand il se trouve dans l’opposition dénonçant la confusion entre les deux genres reprochée à celui qui exerce le pouvoir. La distinction est difficile à faire. Le Président de la République dans ses déplacements officiels travaille bien évidemment à la construction de son image qui lui permettra de séduire les électeurs lors de la prochaine présidentielle et en attendant, de soutenir lors des scrutins intermédiaires, ses candidats en lice présents autour de lui. On se souvient des contestations soulevées contre Nicolas Sarkozy pour ses réunions publiques de Chef d’Etat, programmées à quelques semaines des échéances de 2012.

Ce débat récurrent inutile alimente le fort rejet des citoyens envers la classe politique. Un sentiment que n’ont pas contribué à atténuer les anathèmes et les stigmatisations qui resteront le seul marqueur visible de ces élections départementales où, du moins au niveau national, nul n’a parlé des enjeux territoriaux réels de ce scrutin. Car il s’agit d’élire les représentants d’un canton, la plus petite circonscription dans notre mille-feuille institutionnel, celle de la proximité quotidienne avec le citoyen.

La politisation extrême de cette échéance, voulue par tous les mouvements, a totalement occulté sa finalité. Les électeurs, dans leur grande majorité, ont voté, comme on les incitait à le faire, pour l’UMP, le Front National où le Parti Socialiste. Bien malin celui d’entre eux qui sait ce que son candidat propose pour améliorer la vie de tous les jours dans son canton.

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L’Aigre Doux


aigre

*** Attention ce texte est une TRIBUNE LIBRE qui n’engage que son auteur ***

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