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De quoi pourrais-je avoir envie ?

Publié le 08 mars 2015 par Bobo Mademoiselle @bobo_mlle

De quoi pourrais-je avoir envie ?Bon alors évidemment, si tu as toujours eu envie d'être neurochirurgien et que tu as fait des études d'ébéniste, loin de moi l'idée de te décourager, ami lecteur, mais j'aimerais juste te signifier que la route sera longue et qu'il faudra t'armer de patience.

Cela étant, il n'est jamais trop tard pour bien faire. Regarde moi : des années de maths et de finance qui me préparaient à être un requin de plus à la City m'ont conduite à travailler dans l'art, après un détour par l'univers merveilleux de la lingerie. Ce serait un peu comme aller de Paris à Rome en faisant un crochet par San Francisco : ce n'est certes pas le trajet le plus direct mais, chemin faisant, on est quand même content de découvrir toute sorte de paysages. Et qui sait si, au détour d'une de ces contrées qu'on aura visitées, on ne rapportera pas quelque chose dans ses bagages qui nous sera utile une fois arrivé à destination.

Bref. Pourquoi se borner à une expérience quand le monde est si vaste et plein de possibilités, je te le demande. Là où la situation se corse, c'est quand, au fil de tes expériences, tu as l'impression d'avoir déjà parcouru la moitié du globe. Et maintenant où vais-je, te dis-je dans un sanglot long ? La question se fait encore plus angoissante quand - Ô rage - tu t'aperçois n'avoir aucune vocation et aucun talent particuliers.

Par vocation, j'entends un désir qui t'envahit depuis ta plus tendre enfance, animé le plus souvent par un besoin de venir en aide à ton prochain : tu es altruiste, tu veux soigner, éduquer, défendre, libérer des flammes le tout-venant, tu feras donc tout pour devenir respectivement médecin, enseignant, avocat ou pompier et si telle est ta vocation et que tu la poursuis avec ferveur alors il y a peu de chance que tu ailles dans le mur.

Quant aux talents, je ne rentrerais pas dans les détails de ceux que chacun possède et dont il se targue à la première occasion (pour ma part, je sais résoudre un Rubik's Cube en 37 secondes et je m'en félicite. Nous aurons l'occasion d'y revenir)(ami lecteur, je vois d'un coup ton esprit malin s'illuminer maintenant que tu viens de remarquer le petit détail qui revient illustrer chacun de mes billets et je m'en réjouis). Ici, je ne tiendrais compte que des talents pouvant se convertir en monnaie sonnante et trébuchante, un talent qui te permettrait aussi de manger et qui ne te servirait pas que d'exutoire ou d'un bon moyen pour crâner devant les copains (j'ai bien tenté de me présenter aux Championnats Internationaux de Rubik's Cube, mais crois-le ou non, si tu ne sais pas le faire aussi avec les pieds les yeux fermés, inutile d'espérer gagner le moindre prix).

Sans vocation ni talent donc, que peut-on faire ?
Eh bien on tâtonne. On prend un chemin, on bifurque, et puis on s'aperçoit qu'on s'est encore trompé alors on tourne à droite, en espérant que, cette fois, ce soit la bonne route. Il est bien sûr impossible de rebrousser chemin (c'est une perte de temps, mieux vaut continuer d'avancer avant que la nuit ne tombe). Il est en revanche possible - et je m'adresse surtout à mes amis lecteurs hommes - de demander son chemin : qui sait si certaines indications ne s'avéreront pas précieuses.

Ca semble jouable, donc, à deux détails près : le premier est la capacité de la société dans laquelle nous vivons (notre entourage, les entreprises, les codes qui régissent le marché de l'emploi) à accepter ce tâtonnement. Chercher sa voie est souvent perçu comme un acte dilettante. Malheureusement, celui qui cherche est souvent amalgamé avec celui qui ne trouve pas. J'en ai fait la terrible expérience et le seul moyen de se sortir de ce mauvais pas est de redoubler de conviction lors de chaque changement de cap (ce qui est, en réalité, un processus totalement naturel dans le cadre d'une reconversion : au moment de se lancer dans un nouveau chemin, la détermination est si grande qu'elle prend le pas sur le moindre doute qui se mettrait en travers de la route). Par ailleurs, il est toujours utile de rappeler que, venant d'un chemin " improbable " par rapport à ceux qui se trouvent sur celui que tu t'apprêtes à emprunter, tu as une valeur ajoutée inestimable : tu viens d'un monde qu'ils ne connaissent pas, tu es capable d'en comprendre les codes tout en t'adaptant à ton nouvel environnement. Tu es un peu le Christophe Colomb de l'entreprise, tout juste revenu de terres inconnues et heureux de raconter ses trouvailles : voilà un atout de taille, gardons-le en mémoire.

Le second détail ne dépend que de toi : quel est ce chemin sur lequel tu dois t'engager ? Dans quoi as-tu maintenant envie de t'investir avec force enthousiasme et détermination ? N'attends pas de moi une réponse toute trouvée, ma situation est déjà suffisamment confuse. Je suis, pour ma part, en train de procéder par élimination : j'ai dressé un tableau à double entrée (j'ai fait des maths, on ne se refait pas) dans lequel j'ai mis mes envies en lignes et mes compétences en colonnes. Il doit bien y avoir une case dans laquelle mes envies et mes compétences se conjuguent.

Je viens de m'apercevoir qu'il faudra que je renonce définitivement au chant lyrique et, crois-moi, voilà de quoi me contrarier pour le reste de la semaine.


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