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Savoir s’entourer

Publié le 02 avril 2015 par Bobo Mademoiselle @bobo_mlle

Savoir s’entourerAmi lecteur, je t'ai déjà parlé des moments de flottement, ces moments pendant lesquels tu sais qu'une décision s'impose mais que tu n'arrives pas à la prendre pour une foultitude de raisons légitimes : tu es trop épuisé pour y songer, tu ne sais pas par quel bout prendre le problème, tu as tout simplement peur de l'affronter ou ce que tu entends autour de toi - " c'est la crise ", " tu as de la chance d'avoir un travail (et quel travail !) ", et j'en passe - te rend presque honteux d'oser imaginer prendre le risque de tout plaquer. Ca peut être aussi toutes ces raisons à la fois mais intéressons-nous, si tu le veux bien, à la dernière : comment sortir de son mutisme ? Comment exprimer son désir de changement , apparemment si avant-gardiste, pour le rendre concret ? Eh bien j'ai la réponse : on peut le dire n'importe comment (et même dans le désordre, si les idées sont confuses) mais pas à n'importe qui.

Ne nous voilons pas la face, ce n'est pas en s'isolant sottement et en vivant son mal-être dans l'intimité de sa chambre à coucher que tout ira mieux, comme par magie. Rien de tel qu'un échange fructueux avec des personnes stimulantes pour te remettre les idées en place ou en faire naître de nouvelles, comprendre ce dont tu es capable, te mesurer par cette relation aux autres et, de ce fait, débroussailler un chantier qui semble à première vue infranchissable. Ami lecteur, un mot clé dissimulé dans la phrase précédente n'aura pas échappé à ton esprit rusé : il s'agit du mot " stimulant ". Il est, en effet, évident que ce n'est pas en s'ouvrant au tout-venant que tu obtiendras les effets escomptés et, crois moi, j'en ai fait les frais.

J'ai pris soin d'éviter les empêcheurs de tourner en rond. J'ai tenté l'ermitage mais l'ennui a fini par me gagner. C'est alors que j'ai décidé d'exprimer mes doutes à droite, à gauche, sans filtre et sans écrémage préalable de mon carnet d'adresses. C'était sans compter sur des fléaux insoupçonnés : on ne m'y reprendra plus.

Il y a celle qui, déjà il y a huit ans, n'avait pas compris mon premier changement de vie et ne voit en ce nouveau virage que la lubie destructrice d'une personne instable. " Jamais deux sans trois, tu m'appelleras dans huit ans quand tu seras enfin fixée. " Pour elle, vouloir tester diverses expériences s'apparente presque à de la folie, une forme de bipolarité qui ferait changer d'idée cycliquement, à chaque décennie. Un jugement particulièrement dangereux quand il s'adresse à quelqu'un en situation de fragilité, étreint de doutes chaque matin. A éviter donc : les réfractaires, ceux dont les leitmotivs sont " on ne change pas une équipe qui gagne " ou " si ça a marché comme ça jusqu'à maintenant pourquoi ne pas continuer " ou encore ceux qui mangent systématiquement la même chose tous les matins au petit-déjeuner.

Et puis il y a celui qui dit qu'il ne peut pas comprendre parce qu'il n'a pas été élevé comme ça. Il vient d'une famille où on ne prend pas de risque, on travaille de 9h à 18h, on fait attention de ne pas froisser, on ménage la chèvre, le chou et tout le potager. Il est paternaliste, donneur de leçons et ne voit tout simplement pas l'intérêt de tout révolutionner. C'est vrai, à quoi bon ? La vie pourrait être si simple si elle était vécue avec légèreté, sans se poser de questions. J'ai bien été tentée d'essayer. En vain. Elles sont revenues au galop (les questions) encore plus nombreuses et plus assourdissantes qu'avant car à celles que je me posais déjà s'en sont ajoutées d'autres (mais pourquoi une vie légère me parait, à moi, si lourde ? mes projets sont-ils si déraisonnables pour que quelqu'un - si bien sous tout rapport - ne les comprenne ?). La situation était pourtant suffisamment confuse sans qu'on en rajoute. A éviter donc : les fils et filles de fonctionnaires, ceux qui, quand ils sont en vacances, vont à la plage aux horaires de bureau (de 9h à 18h), ceux qui sont de l'avis de la majorité, ceux qui sont probablement malheureux dans leur quotidien mais qui n'osent pas se l'avouer.

Heureusement, ami lecteur, le chemin est semé de personnes bienveillantes qui sauront trouver les mots justes ou tout simplement tendre l'oreille quand tu en auras besoin. A toi, et à ton flair de limier, de les identifier pour t'en entourer (la bonne nouvelle est qu'ils sont minoritaires et que c'est aussi à ça qu'on les reconnait). Pour ma part, dans cette phase de construction, j'ai deux piliers qui participent (sans s'en apercevoir) au maintien de mon équilibre branlant. Je les ai reconnues à leur capacité à parler sans transition de littérature italienne du XVIIème, de chansons de variété française et des dernières séries américaines sorties sur Netflix ; capacité qui les rend aptes, quand je leur annonce mon envie soudaine de me recycler dans l'élevage de lapins béliers en baie de somme, à faire le tour complet du projet. Avec pragmatisme et sérieux, sans jamais rien ôter à ma motivation, elles le décortiquent pour mieux le comprendre et à fortiori m'aider à mieux le comprendre. Elles ne donnent pas leur avis, elles ne se projettent pas : elles s'intéressent, c'est différent.

Pour leur curiosité, leur culture, leur fantaisie et pour la confiance qu'elles m'ont accordée, elles font partie de ces gens dont il faut s'entourer. Chacune à sa façon, qui avec vivacité et créativité (et accessoirement une blanquette de veau hors pair), qui avec douceur et enthousiasme (et un optimisme à tout épreuve), aura plaisir à écouter le récit de mes dernières élucubrations que, pour l'occasion, je déformerai, amplifierai et mettrai en scène : le pari est donc réussi car il n'y a rien de plus utile que de se créer un personnage quand le moment est venu de se réinventer.


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