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La maladie du flic mal aime

Publié le 28 mars 2015 par Gipsypaladini @GipsyPaladini

La courte mémoire des gens : un don ou une malédiction ?

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Le lendemain de la fusillade à Charlie Hebdo, je prenais l’avion pour le Brésil. C’est de là-bas que j’ai suivi le raz-de-marée médiatique et le soulèvement international des foules qui en a découlé. Bon Dieu, ce que mon cœur a pu s’emporter, s’élargir pour s’imbiber de toute cette compassion, cette vague d’amour universelle, cette solidarité qui me paraissait sans fin. Ainsi donc l’humanité avait finalement conscience de son existence non pas individuelle mais universelle, de sa fragilité et on comprenait enfin que notre survie ne dépendait que de notre union, notre acceptation les uns des autres. Je suivais les manifestations à la télé, en larmes : les camions de CRS qui défilaient sous les applaudissements de la foule, les gens qui acclamaient les flics de toutes les unités qui initialement prévus pour la protection se retrouvaient à parader, tout ahuris ;  on leur tapait dans les mains, on les embrassait, on les idolâtrait, même eux n’en revenaient pas. Sur son mur Facebook, le GIGN remerciait les messages de soutien «  on ne peut pas répondre à tous, et on ne sait pas trop quoi vous dire, vous comprenez, on n’est pas habitué ». Je m’étais alors dit, enfin nos forces de l’ordre étaient récompensées pour ce qu’elles faisaient à longueur d’années. Enfin elles recueillaient le respect qu’elles méritaient.

Ce qui avait fait rire un de mes amis de la BAC. « Les gens ont la mémoire courte, dans deux jours, c’est oublié ». Mon cœur naïf encore tout excité par cette odeur de pacifisme n’y avait pas cru. Or une semaine plus tard, la société avait repris ses habitudes, Je suis Charlie s’affichait encore sur les murs FB de quelques nostalgiques mais on en parlait plus trop, les reproches usuels sur les forces de l’ordre fleurissaient de nouveau sur les lèvres des gens, les journaux ne leur faisaient plus la vie belle et on les ignorait à nouveau dans la rue. Un moment de célébrité qui avait duré un peu plus que les quinze minutes de l’expression, ce qui ne faisait que meurtrir davantage ceux qui croyaient que les choses pouvaient vraiment changer.

Ce qui nous amène au suicide ces derniers jours d’un policier dans le 7e arrondissement. 55 policiers et une vingtaine de gendarmes se sont suicidés en 2014. La cause première d’une telle action ? On le devinera aisément : le manque de reconnaissance. Imaginez, vous aidez une vieille dame à traverser la rue, vous laissez passer une voiture sur la route, vous rendez la monnaie à un client… et ces personnes ne vous disent pas merci. Que ressentez-vous ? Maintenant imaginez des gens dont la violence est le pain quotidien. Qui, pour vous et moi, s’enfoncent dans les méandres  vicieux de la société. Qui voient des choses que nous ne voyons que dans nos pires cauchemars. Qui respirent l’air infect de l’injustice, de l’impuissance, qui traitent avec la lie de la société, des êtres qui n’ont d’humain souvent que l’apparence, qui affrontent la délinquance de plein front, qui frôlent la mort ou pour les plus infortunés la rencontrent bien avant l’heure, et tout ça, tout ça, pour que nous, les gentils petits citoyens parfaits que nous pensons être, puissions dormir peinards dans nos plumards… Et que pour ce service rendu à la société, au lieu d’un grand merci, on vous crachait au visage, vous traînait dans la boue et vous rouait de coups ?

Avec Charlie Hebdo, j’ai réalisé qu’on était capables de tellement d’amour, de compassion, quel dommage que ce soit les drames qui réveillent ces sentiments… Combien de drames devrons-nous encore subir pour qu’une bonne fois pour toute nous nous soucions de notre prochain, prenions soin les uns des autres et reconnaissions enfin nos membres des forces de l’ordre pour la place qu’elles tiennent dans la société ?

De mon côté, rien que pour la vie de merde que certains de vous vivez, les horreurs que quotidiennement vous voyez, le vice que vous devez côtoyer, l’injustice que chaque jour vous subissez, je vous remercie.

Parce que nous, face à tout ça, les yeux, on peut les fermer. Pas vous.

Je n’ai donc qu’un seul mot.

Respect !


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