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Le mystère de la transparence endormie

Publié le 24 avril 2015 par Rolandbosquet

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        Ciel est légèrement voilé au-dessus de mon courtil mais le soleil l’irradie malgré tout d’une chaude lumière de bon aloi. Comme d’habitude en pareille circonstance, les doigts du jardinier frétillent d’impatience : sortir enfin les géraniums de leur serre pour illuminer les jardinières de leurs majestueuses inflorescences. Or, si l’on reconnaît facilement le paysan dans un couloir de métro à la lenteur de son pas, c’est parce qu’il avance toujours avec circonspection. Il sait depuis la nuit des temps qu’il convient de ne jamais se découvrir d’un fil lorsque s’avance l’aguichante Aphrodite. La tentation serait grande en effet de s’adonner avec frénésie à maintes plantations, repiquages et autres billevesées campagnardes. Ce serait compter sans la lune qui veille dans l’ombre de la nuit. Elle ne sera noire qu’en mi-mai et, d’ici là, les fameux Saints Mamert, Pancrace et Gervais sont parfaitement capables de convoquer quelque vilaine gelée blanche qui ruinerait toutes les espérances. C’est pourquoi il est recommandé d’éviter tout semi et plus encore la moindre greffe. Quelques graines parviendraient peut-être à lever mais la sève du porte-greffe n’atteindrait pas même le plus robuste des greffons qui s’étiolerait bientôt avant que de mourir maladroitement d’inanition. En un mot, la plus grande parcimonie de travail est préconisée au jardinier aussi entreprenant soit-il. C’est pourquoi le vieux bougon a décidé de consacrer sa matinée à poursuivre sa lecture du "Cosmos" de Michel Onfray en réécoutant une fois encore Schubert, Schumann et Brahms dans les mythiques interprétations de Sviatoslav Richter. On ne saurait trouver meilleures raisons de procrastiner sans regrets. D’ailleurs, n’est-ce pas ce à quoi s’adonnent sans vergogne la plupart de nos dirigeants ? Tel ministre se bat à coup de déclarations fracassantes et de proclamations sensationnelles pour faire voter par les députés une loi absolument indispensable selon lui au répertoire législatif et au bon fonctionnement de notre grand pays. On l’aperçoit sur tous les plateaux de télévision. On le croise au milieu des colonnes de tous les quotidiens, mensuels et hebdomadaires. On entend sa voix ferme et suppliante à la fois sur toutes les radios. Les Ministres eux-mêmes, avec à leur tête le premier d’entre eux, prennent la peine de se réunir en Conseil et donnent leur aval. Les commentateurs jabotent. Les professionnels s’indignent. Les concurrents jubilent. Les députés finissent par voter dans l’espoir d’en finir une fois pour toutes avec ce tout tintamarre. Ils auront gain de cause. Nul n’entendra plus parler de la loi relative aux comptes des Comités d’Entreprise votée au printemps de l’an passé. Mais les beaux jours revenant, une douce tiédeur emplissant l’air d’un suave parfum printanier, nos braves fonctionnaires ont enfin ressorti le dossier de la pile_ à moins que le hasard seul ne soit le véritable responsable de cette pause dans la procrastination administrative. Quoi qu’il en soit, les décrets d’application viennent enfin de paraître au Journal Officiel. Le mystère demeure cependant quant au si long sommeil de cette loi relative à la transparence. Et pendant ce temps-là, le monde a poursuivi sans relâche sa marche triomphante sur les chemins de son futur.

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