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La perfection existe-t-elle en littérature ?

Publié le 04 mai 2015 par Lucie Léanne @lucieleanne75

Je suis une perfectionniste maladive,  c’est-à-dire qu’en plus d’être dérangée, j’entends toujours le fou littéraire qui me parle, et qui lorsque j’écris, me dit : « Vise la perfection sinon à quoi bon ? »
C’est vrai : à quoi bon manger la galette des rois si on n’a pas la fève ?

Le style parfaitstyle parfait

Souvent je reste trois, quatre jours sur une phrase parce qu’un mot, (nom, adjectif…) sonne faux et que je ne trouve pas le bon. Impossible d’avancer dans ces cas-là. Je réfléchis, m’acharne, me torture puis abandonne, épuisée sans avoir écrit une belle phrase, la phrase juste, propre à la littérature : l’esthétisme.
Atteindre le Beau, la perfection est une illusion, dit-on. Donc  le style parfait en littérature, n’existe pas ? Pas pour l’écrivain déjanté.

Techniques d’écriture

Ne le dites à personne mais je suis née avec un appareil photo numérique dans le cerveau; aucun médecin ne l’a jamais remarqué. Il se déclenche dès que je commence un nouveau roman.

A chaque nouveau roman, il y a un travail préparatoire qui se fait.

Première étape : l’observation

Je me promène dans Paris, marche pendant des heures en regardant les gens, les magasins, les enfants qui jouent, les chiens, les arbres…Un détail soudain retient mon attention, quelque chose d’infime que moi seule, vois : un visage aux contours flous, presque évaporés, une feuille morte baignée de lumière, un bout du ciel qui vire au violet. Ces images, je les enregistre, vole çà et là des fragments d’une beauté fugace.

Cette méthode parait simple ; en fait elle exige beaucoup d’entrainement car il faut être uniquement dans le moment présent, donc très concentrée. Au début, je ne tenais même pas cinq minutes.

Quelquefois un passant vient me déranger, me demande si j’ai du feu. Je ne me déconcentre pas, réponds automatiquement : « Grand dieu ! Fumer tue ! Essayez la coke,  elle est excellente dans ce quartier. »

Deuxième étape : le développement

De retour chez moi, je m’allonge sur le lit, branche mon baladeur ; il contient tout style de musique : classique, rock, trip-hop, bandes originales de film etc… Je cherche un morceau qui dégagera une émotion particulière et s’accordera avec les images « photographiées » auparavant. Quand j’ai trouvé le morceau, souvent de la musique
classique, Chopin, Debussy, Satie… ou du rock, je ferme
les yeux puis l’écoute en boucle. Des images défilent alors devant moi à vive allure, se mêlent à la musique ; parmi des explosions de couleurs, je revois la feuille morte par terre baignée de lumière, le visage aux contours évaporés, le ciel violet…puis d’autres images surgissent, en cascade, par dizaine.
Au bout d’un quart d’heure, j’enlève les écouteurs, vidée mais prête à écrire.

Troisième étape : l’odorat

Lorsque je peine à décrire une situation stylistiquement parlant (personnage, sentiment, paysage…), j’utilise des échantillons de parfums. Sur une vingtaine, j’en choisi quatre au hasard, les sens un par un, et ce plusieurs fois, jusqu’à trouver la senteur qui se rapprochera le plus de la situation en question, qui la révèlera.

A l’aide de ces techniques d’écriture, je suis sûre d’atteindre un jour la perfection.
Mon roman La Frontière en est une approche.

Et le fou littéraire dans ma tête, que devient-il durant le travail préparatoire ? Bizarrement je ne l’entends pas, (sûrement en R.T.T.). Il réapparait quand je commence véritablement à écrire.


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