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Voyages, voyages

Publié le 22 mai 2015 par Rolandbosquet

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       La soirée s’annonce sans surprise entre le "Cosmos" de Michel Onfray et les sonates pour piano de Mozart lorsque l’on frappe à ma porte. « Nous sommes un peu perdus. Est-ce qu’on pourrait stationner à l’entrée de votre chemin ? » M’avançant d’un pas, je peux admirer un superbe camping-car dont le moteur ronronne paisiblement en attendant son maître. Non seulement je donne bien sûr mon autorisation mais j’invite le voyageur et sa dame à ma table. Ils ont probablement emmagasiné une belle provision de souvenirs au cours de leurs pérégrinations et se réjouiront peut-être de les partager autour d’un repas fût-il frugal et d’une bonne bouteille de vin. Robert et Henriette se révèlent intarissables. Ils ont acheté leur véhicule avec la prime de retraite de Robert et ils ont d’abord sagement voyagé en France pendant les vacances d’Henriette. Puis, quand celle-ci a pris sa retraite à son tour, leurs périples ont pris de l’ampleur. Ils ont visité les cousins d’Henriette à Varsovie et ceux de Robert à Séville. Ils se sont extasiés devant la baie de Nice, compté les tankers dans celle de Naples, parcouru la route des vins en Alsace et celle du cidre en Normandie, se sont baignés à Saint-Jean-de-Luz et ont retrouvé des "copains" à Marrakech. Ils se dirigent aujourd’hui chez un ancien collègue de travail à la retraite en Périgord. « En août, on a décidé de faire la Belgique et la Hollande, en septembre une croisière en Méditerranée et en octobre un séjour en thalassothérapie en Bretagne ! » « Vous devez faire de nombreuses rencontres, contempler de remarquables paysages, visiter des châteaux, des cathédrales… ! » « Avec notre roulotte, comme dit Robert, on s’arrête où on veut, quand on veut et aussi longtemps qu’on veut. On est libres, quoi. Et vous savez, on est beaucoup à pratiquer !». Quand tous ces gens trouvent-ils donc le temps de vivre paisiblement dans leur petit pavillon de banlieue ? De planter quelques fleurs, d’orner les rebords de leurs fenêtres de jardinières de géraniums ou, simplement, de caresser leur chat et de veiller sur les orchidées de madame ? « Votre famille... ? » Ils ont trois grands enfants et une ribambelle de petits-enfants. « Ils sont adorables ! » « Oui mais bruyants ! » Avant de partir ainsi sur les routes, ils les gardaient souvent. Les jours de grève de l’Éducation Nationale et les jours de grève des cantines scolaires, lorsque l’un d’entre eux était malade et, à cet âge, ils souffrent toujours de quelque chose, la varicelle, la rougeole, les oreillons…, lorsque leurs parents voulaient aller au cinéma, sortir chez des amis, que sais-je ? Les raisons ne manquent aux parents pour confier leur progéniture aux grands-parents qui ont bien le temps, eux, et sont toujours disponibles ! « Alors, dès qu’on peut, on part ! » « On voit moins les petits, c’est vrai, mais vous savez, ils courent partout, pleurent souvent, n’aiment pas les petits pois aujourd’hui et les haricots le lendemain, mais réclament une glace à la fraise, un gâteau ou un bonbon tous les jours. » En un mot, les jeunes enfants sont plutôt encombrants ! À croire que si les séniors sont aussi nombreux à effectuer de longs et fréquents voyages en camping-car, à participer à des croisières en Méditerranée ou à subir des séjours en thalassothérapie, ce n’est pas seulement pour "voir du pays" et s’évader d’un petit quotidien qui les ennuie mais peut-être et surtout pour échapper aux les terribles chérubins de leurs propres enfants.

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