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Faire preuve de philosophie (et d’humour, toujours)

Publié le 22 mai 2015 par Bobo Mademoiselle @bobo_mlle

Faire preuve de philosophie (et d’humour, toujours)Bon. On ne peut pas gagner à tous les coups. Et avant-hier je n'ai pas gagné une seule fois. Une journée à jeter à la poubelle en somme. Mais j'aime bien ça, moi, les journées où tout va mal finalement. A la différence des journées de bonheur, qui sont toujours entachées par la simple idée qu'elles ne dureront jamais éternellement, pendant les journées où rien ne va plus, je pense " éclaircie ", " marge de progression ", " juste retour des choses ". C'est ce que j'ai appelé la théorie du point destin.

Mais un point destin, qu'est ce que c'est, me diras-tu, impatient que tu es d'en accumuler toi aussi. Le point destin n'est rien d'autre que cette monnaie d'échange que t'offre le destin contre chaque petit souci du quotidien. On ne peut pas jouer de malchance tout le temps. En tous cas c'est pour ne pas voir la vie sous cet angle (et c'est aussi à la suite d'un cambriolage, d'un incendie, d'un dégât des eaux et d'une invasion de termites dans la même année et le même appartement de 13 mètres carrés) que j'ai décidé d'élaborer cette simple théorie (c'était ça ou j'attendais patiemment les eaux de la Seine changées en sang et la mort des troupeaux). Je me console donc de chaque mauvaise nouvelle en me disant qu'elle amènera forcément, tôt ou tard, son lot de contreparties positives.

Depuis quelques mois, la date de ma démission approchant, ma cagnotte de points destin avait atteint une vitesse de remplissage de croisière (l'angoisse du départ peut engendrer toutes sortes de petits tracas : des boutons d'acné, des plaques d'eczéma, des mots prononcés sans penser à leurs conséquences)(sans compter l'ongle que je me suis cassé en rangeant mon bureau ou le tour de rein que je me suis fait en portant des cartons). Maintenant que je suis sans emploi, j'ai décidé de faire de la conquête de points destin un job à part entière. J'ai donc arrêté de courir après les bus, je n'ai plus aucun réflexe quand il s'agit de rattraper un objet fragile sur le point de tomber, je ne râle plus en cherchant mes clés au fond de mon sac. Point par point, j'accumule et le bonheur je l'attends au tournant. Ami lecteur, avec ma journée d'avant-hier, j'ai touché le jackpot de points destin. Tant est si bien que je me donne dix jours pour faire la connaissance du dernier descendant des Guggenheim (je te rappelle que je vais prendre l'air du côté de New York, c'est donc totalement envisageable), l'épouser et m'installer avec lui dans un penthouse de l'Upper East Side.

Car en effet, avant-hier ma cagnotte a atteint un pic. Si mon stock de points destin était côté au CAC 40, mes actionnaires auraient doublé leur mise en moins de 24h. Alors, chers actionnaires, comme je trouve que la plaisanterie a assez duré, suivez ce conseil : VENDEZ TOUT. Il ne fait aucun doute que le cours du point destin a atteint son niveau le plus haut (en tous cas j'espère). Halte à la spéculation sur ma perte, c'est le moment de laisser ces points destin se convertir en moments de liesse (un ou deux, même courts).

Mais que s'est il passé avant-hier, te demandes-tu, trépignant et hésitant à passer un ordre d'achat en bourse toutes affaires cessantes ? Alors déjà, il a plu et je ne suis pas étanche. Mais comme rien ne m'obligeait à sortir de chez moi, ce n'était finalement pas si grave. Sauf qu'il se trouve que mes fenêtres non plus ne sont pas étanches. Rien d'insoluble, un coup de mastic et le tour est joué. Certes. Je me réveille donc en ronchonnant dans un appartement humide et, dans la lumière blafarde de ma cuisine, je prépare un café (qui débordera évidemment de ma cafetière) et une tartine de confiture (qui tombera évidemment côté confiture sur le parquet) puis me rabats sur un Pim's (qui tombera tout entier dans mon mug - en éclaboussant évidemment mon T shirt - et qui se désintégrera à l'intérieur du café (double peine : le Pim's est immangeable et j'ai horreur du café sucré)). Rien de tragique, en somme, mais nous aurions pu en rester là (selon ma théorie du point de destin, je trouverai sans aucun doute un billet de 50 dollars en débarquant à JFK).

Au cours de la journée se sont ajoutées d'autres petites et grandes contrariétés : un déjeuner annulé pour la troisième fois, une facture de gaz hors norme, une invasion de fourmis ailées et un petit ver rampant sur une feuille de mon basilic. Je tente de rester calme, de faire preuve de philosophie et de patience (je trouverai un new-yorkais pour m'inviter à diner dans un restaurant étoilé sur un rooftop de Manhattan).

Et puis il y a eu le coup de téléphone. " Ouiiiii, bonjour Mademoiselle, nous vous appelons suite à vos différents entretiens dans nos bureaux. Bon, alors autant vous le dire, j'ai pas de bonnes nouvelles ". Sans déconner ? Ami lecteur, je mettrai fin brutalement à l'un des derniers #TeasingDeOuf que je t'ai fait subir (n'en déplaise à certains de mes fidèles lecteurs en mal d'énigmes) : le dernier entretien d'embauche que j'ai passé n'a rien donné. Nous reviendrons sur les motifs de cette déconfiture et l'entretien en lui-même prochainement car ce n'est pas ça qui importe aujourd'hui. Non, ce qui importe aujourd'hui c'est : mais qu'est ce que je vais bien pouvoir me mettre pour dîner avec l'héritier Guggenheim au sommet de la Trump Tower ?


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