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Hemigamie. Ch1, p9 (fin)

Publié le 18 juin 2015 par Robertdorazi @robertdorazi

Un jour j'ai pris en stop un daim qui avait sûrement été percuté par un crétin dans son bolide de crétin. Le pauvre animal était mal en point, mais je lui ai parlé comme je n'avais jamais parlé à qui que ce soit auparavant. Aucune femme, et encore moins un homme, ne m'avait écouté comme ça, avec autant d'attention. Je sais ce que vous pensez, que ça aurait été la même chose avec un chien ou un perroquet mort. Ce n'est pas vrai. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais le daim m'a écouté avec ses yeux de biche au bord des larmes. Et il a compris ce que j'essayais de lui dire alors que moi-même je ne savais pas comment le dire.

Quand je suis arrivé à Grenoble, quatre heures plus tard, je me suis arrêté devant une clinique vétérinaire. Là-bas on m'a juste dit que ce n'était pas un daim mais un chevreuil et qu'il était crevé. J'ai demandé ce que je devais faire, on m'a répondu que je pouvais l'emmener chez moi et le déguster en tournedos ou aller prévenir les gendarmes qui le dégusteraient probablement en tournedos.

Je n'avais pas le temps, alors j'ai menti en disant que j'irais à la gendarmerie. Au lieu de ça je suis reparti et j'ai jeté le chevreuil à la lisière d'un bois. Ça m'avait fait beaucoup de bien de lui parler, mais il avait quand même bien salopé mon siège passager avec son sang et sa merde. C'est le dernier chevreuil agonisant que j'ai pris dans ma cabine. En fait, à partir de ce moment là, je n'ai chargé que des hommes, des femmes ou des animaux bien vivants. En tous cas ils étaient vivants en montant. J'y ai perdu en écoute, ce que j'y ai gagné en propreté du siège !


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